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Un policier coincé au sol, un bras autour du cou et un coup de feu fatal. L'agent Joshua Ryan a livré un récit détaillé de la lutte qui l'a mené à abattre le Franco-Ontarien Justin Bourassa en 2021.
Dans son témoignage à l'enquête du coroner sur la mort du Franco-Ontarien, l'agent Ryan explique que pour son quart de travail dans la nuit du 27 au 28 octobre, il était associé à son collègue Ryan Hendrick.
Les deux utilisaient un VUS conduit par M. Hendrick. Le duo avait déjà répondu à plusieurs appels cette nuit-là lorsqu’il a été alerté d’une apparente entrée par effraction au centre-ville.
Comme les communications radio sont parfois chaotiques, les deux agents n'ont pas pu avertir leurs collègues avant de se rendre dans le secteur.
C’est peu après qu’ils ont aperçu Justin Bourassa, qui a commencé à courir et dont la description semblait correspondre à celle qu’on leur avait donnée de l’un des suspects.
Mon instinct me disait qu’il essayait de fuir le secteur [où avait eu lieu l’entrée par effraction], relate M. Ryan.

L'arrestation de Justin Bourassa a eu lieu dans ce stationnement, à l'arrière d'un petit centre commercial du centre-ville de London. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Les deux agents ont donc abordé M. Bourassa, lui ont demandé de s’arrêter et lui ont expliqué ce sur quoi ils enquêtaient.
M. Ryan a ensuite dit à M. Bourassa qu’il allait le menotter, le fouiller, et qu’il allait le relâcher s’il n’était pas le suspect recherché.
L’agent souligne qu’il n’a pas consulté son collègue Ryan Hendrick dans cette décision étant donné le lien de confiance qui les unissait.
J’allais le menotter peu importe si M. Hendrick m’aidait ou pas, indique M. Ryan.
Les deux agents ont chacun pris le contrôle d’un bras de M. Bourassa.
C’est à ce moment que les choses ont changé de manière dramatique, poursuit M. Ryan, qui décrit une lutte dans laquelle les trois individus se sont tous retrouvés par terre, l’un par-dessus l’autre.
M. Bourassa avait le bras enroulé autour du cou de Ryan Hendrick à la manière d’un étranglement arrière, décrit M. Ryan.
Il dit avoir tenté de les séparer, mais sans succès. Or, il voyait son collègue s’étouffer, essayer de dire quelque chose, appeler à l’aide.
J’ai sorti mon arme à feu de son étui, j’ai tendu la main gauche pour la placer contre la joue et l’oreille gauches de Ryan [Hendrick], j’ai tendu la main droite pour viser ce que je pensais être le centre de gravité du corps de M. Bourassa et j’ai tiré.
Justin Bourassa a succombé à ses blessures.
Selon l'énoncé des faits, lu lundi, il n'y a aucune preuve qu'[il] était impliqué dans l'entrée par effraction rapportée.
Ma seule préoccupation était de mettre fin à la menace
Joshua Ryan a longuement été questionné sur sa démarche.
Il a expliqué qu'il avait envisagé de se servir de sa matraque pour tenter une désescalade de la situation, mais il aurait très certainement frappé [Ryan] Hendrick à la tête.
Un pistolet à impulsion électrique a l'effet de causer la contraction des muscles de la personne qui en est la cible, a souligné M. Ryan. L'utiliser aurait [donc] pu causer la mort de Ryan Hendrick.
Quant au poivre de Cayenne, l'agent, se basant entre autres sur ses expériences antérieures, craignait qu'il n'ait même pas d'impact sur M. Bourassa.
Il a donc eu recours à son arme à feu et a visé le haut du corps de M. Bourassa.
L'agent savait-il que cela risquait de tuer M. Bourassa?
Il y a un risque, oui, a-t-il répondu à la question que lui avait posée l'avocat du coroner, Phil Tsui.
Ma seule préoccupation était de mettre fin à la menace, a déclaré M. Ryan.

La police de London a bouclé une partie du trottoir de la rue Richmond, dans le cadre de l'enquête sur la mort par balle de Justin Bourassa, en octobre 2021.
Photo : Radio-Canada / Andrew Lupton
Joshua Ryan, constable à la police de London depuis 2011, a aussi décrit la formation qu’il a suivie, notamment au Collège de police de l’Ontario et au sein même du service de police de London. Il a aussi suivi d'autres cours, entre autres sur les techniques d'enquête et d'interrogation, dans le but d'évoluer dans sa carrière.
Il n’y a aucun cours que j’ai suivi qui aurait pu changer ma prise de décision [ce jour-là].
Ryan Hendrick doit lui aussi témoigner lors de l'enquête du coroner.
Il s'agit de leurs premiers témoignages publics dans ce dossier, qui a fait aussi l'objet d'un rapport de l'Unité des enquêtes spéciales (UES).
Joshua Ryan ne s'était toutefois pas soumis à une entrevue avec l'UES, et n'a pas fourni ses notes, ce qui lui est autorisé.
L'UES avait blanchi M. Ryan. Dans sa décision rendue en juin 2022, le directeur de l'agence, Joseph Martino, a écrit qu’il était convaincu que M. Ryan avait tiré sur M. Bourassa afin de protéger son collègue.
Un étranglement arrière, la pire position pour un policier
Mardi, au deuxième jour de l’enquête du coroner, deux agents impliqués dans la formation des policiers ont témoigné au sujet de l'usage de la force.
Mariano Benincasa, qui est instructeur au Collège de police de l’Ontario, ainsi que Kevin Easton, qui travaille à la police de London, ont indiqué que ni la matraque ni le poivre de Cayenne ou encore un pistolet à impulsion électrique n'étaient adaptés à une telle situation.
Un étranglement arrière est en fait la pire position dans laquelle peut se retrouver coincé un policier, selon Kevin Easton.
Au début de l’enquête, lundi, la mère de Justin Bourassa, Lorraine Sabourin Bourassa, a affirmé qu’elle espér[ait] que cette enquête déboucher[ait] sur de réels changements et permettr[ait] d’améliorer la sécurité afin qu’aucune autre famille n’ait à vivre cela.
À la fin de son interrogatoire de M. Ryan, mercredi, l'avocat Phil Tsui lui a demandé s'il avait quoi que ce soit à dire à la famille de M. Bourassa.
Probablement pas en ce moment, a-t-il répondu.
Ce n'était pas mon objectif de mettre fin à la vie de quelqu'un. Mais la tragédie ne s'arrête pas là. [...] Je vis constamment avec l'idée que quelque chose aurait pu se passer différemment. J'assume et je suis satisfait de ma prise de décision, mais étant donné l'effet direct que ça a eu sur ma famille, je n'ai aucun doute que la famille de [Ryan] Hendrick en souffre autant.


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