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Que reste-t-il de la gauche des pères fondateurs de l’État hébreu ? En ce mois de décembre, Ron Cahlili sert les derniers cafés à ses clients du jour dans son établissement à Tel-Aviv, puis allume une cigarette avant d’entamer un long monologue. "Il n’y a plus de gauche en Israël. La gauche est partie", dit-il. Cet ancien journaliste raconte avoir ouvert son établissement seulement deux mois après les attaques terroristes du 7-Octobre."C’était ma réponse à la guerre. J’ai décidé d’ouvrir une tour de Babel."
Un espace de liberté, de débat et d’échange, où l’on peut encore parler de tout."Tu peux évoquer des sujets importants comme le génocide et tout ce que tu ne peux plus dire dans les médias, insiste Ron Cahlili. Il y a encore un an et demi, je travaillais dans la presse. Que voulez-vous que je fasse maintenant ? Parler encore des victimes du 7-Octobre, parler des héros ? Jusqu’à quand ? Nous avons tué des milliers et des milliers de personnes. Encore combien de temps va-t-on devoir parler du 7-Octobre ? Un discours, il en a conscience, que son gouvernement qualifierait d'antisémite. "Absolument, reconnaît-il. Je suis un traître. Toute la gauche, nous sommes des traîtres."
Dans sa précédente vie professionnelle, Ron Cahlil a rencontré le sulfureux ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. "C’était un des personnages que j’ai interviewés dans un de mes documentaires, explique-t-il. Il était enfant et il enseignait à d’autres enfants la manière dont il fallait se battre contre les Arabes." Jamais, à ce moment-là, il n’aurait imaginé que ce gamin, déjà violent et raciste, aurait un jour une influence sur la destinée du pays. "Il y a encore cinq ans, reprend Ron Cahlili, jusqu’à ce que ce gouvernement arrive au pouvoir, on parlait de ces gens comme des fous, des religieux. Ils s’appellent eux-mêmes les nouveaux juifs. Excusez-moi ! Moi, je suis un sous-juif ?"
Beaucoup d’Israéliens de gauche ont quitté, pour certains temporairement, le pays. Ron Cahlili, lui, ne partira pas parce qu’il aime son pays et ne supporte tout simplement pas, dit-il, d’être loin de chez lui plus d’un mois.


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