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Life 13/06/2026 11:00 Actualisé le 13/06/2026 11:33
L’émétophobie rend la vie quotidienne très compliquée. Sur les réseaux sociaux, la parole se libère peu à peu sur le sujet.

d3sign / Getty Images
L’émétophobie est un véritable calvaire pour les personnes concernées (photo d’illustration).
« Ma vie a été un combat. Il n’y a pas eu un jour où je n’ai pas eu peur de vomir. » Alice, Parisienne de 27 ans, se rappelle très précisément le moment où elle est devenue émétophobe. Du jour au lendemain, elle a développé une peur panique de vomir et de voir les autres rendre leur repas.
« J’avais 7 ans et j’étais en vacances à la montagne en vacances avec mes parents. Nous étions dans un restaurant où il y avait beaucoup d’odeurs. J’ai eu une montée d’angoisse et je me suis sentie nauséeuse », raconte-t-elle au HuffPost.
« Je n’ai pas vomi ce jour-là. J’ai eu peur que cela arrive le lendemain, mais ce n’est pas venu non plus. Et cette peur s’est reportée de jour en jour. Le fait que ça n’arrive pas m’a terrorisée », se remémore Alice. De retour de vacances, celle qui n’était pourtant pas d’un tempérament anxieux est en proie à des angoisses, et met plusieurs jours à accepter de retourner à l’école.
« J’ai commencé à avoir peur de tout et développé toute une série de phobies associées à l’émétophobie : phobie scolaire, phobie des transports… En fait, on a peur de vomir partout, en particulier dans les espaces publics, et on va chercher en permanence les toilettes ou la sortie de secours dans le cas où on se sentirait mal », pointe Alice, qui a publié il y a quelques semaines un témoignage sur son compte TikTok, comme vous pouvez le voir ci-dessous :
« L’émétophobie organise votre vie »
Psychologue à Antibes, Amélie Boukhobza souligne que cette phobie apparaît souvent lors d’un événement traumatique en lien avec des nausées ou avec la présence de vomi. Surtout, elle constate des conséquences très négatives sur la vie quotidienne des personnes concernées.
En plus de conduire à une vigilance de tous les instants des signaux du corps, « l’émétophobie organise votre vie entière », explique-t-elle au HuffPost. « On ne va plus au restaurant de peur d’une intoxication alimentaire. On ne voyage plus par crainte du mal des transports. On ne va plus en soirée de peur que l’alcool rende des personnes malades. L’hiver est un enfer de peur de la gastro-entérite… », énumère Amélie Boukhobza. « Et on embarque avec soi tout son entourage qui joue le jeu de cette phobie. »
La thérapeute rappelle que ce trouble concerne quasi exclusivement des femmes, sans que la recherche ait identifié les raisons de ce déséquilibre. « Pour les femmes concernées, tomber enceinte est un sujet, avec la crainte des nausées, et avoir des enfants est parfois aussi compliqué. » Dans d’autres cas, la grossesse et le fait de donner naissance ont un effet bénéfique et font reculer la phobie, note Amélie Boukhobza.
« Comme si je n’avais pas eu d’enfance »
« C’est comme si je n’avais pas eu d’enfance, j’étais dans la peur en permanence. Ce qui m’a sauvé la vie, c’est la prescription d’antidépresseurs à l’âge de 15 ans », témoigne pour sa part Alice. Un peu plus d’une décennie plus tard, « je me considère encore comme émétophobe, même si ça va beaucoup mieux et j’ai appris à vivre avec », ajoute la jeune femme.
« Aujourd’hui la parole se libère, notamment grâce aux réseaux sociaux, poursuit Alice. J’ai moi-même eu envie de prendre la parole parce que j’aurais aimé avoir une sorte de communauté en ligne lorsque j’étais plus jeune. »
Car il n’est pas si simple d’en parler, souligne Amélie Boukhobza. « Je me suis aperçue que les personnes concernées se sentaient seules, n’en parlaient pas, et avaient souvent honte ». Depuis que l’histoire de l’une de ses patientes a enregistré près de 2 millions de vues sur son compte Instagram Confidences psy, comme vous pouvez le voir ci-dessous, elle travaille beaucoup sur l’émétophobie.
Face à l’afflux de demandes et à près de 700 patientes en liste d’attente, elle a conçu un kit (payant) avec des outils visant à permettre de mieux appréhender l’émétophobie. « J’explique ce que c’est qu’une phobie : le cerveau, quand il n’arrive pas à maîtriser l’anxiété, peut de manière inconsciente projeter son angoisse sur un objet extérieur – ici le vomi – de manière à la circonscrire », détaille la thérapeute.
« On va donc traiter ce fond d’anxiété et mettre en place des outils pour réguler les montées d’angoisse. » Et d’ajouter : « L’idée est de reprendre un peu de pouvoir sur soi, plutôt que de laisser une phobie de diriger sa vie. »


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