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Dans un entretien accordé au site britannique The Register, Catherine Jestin, vice‑présidente exécutive du numérique chez Airbus, annonce que le géant de l’aéronautique français s’apprête à lancer un appel d’offres majeur. L’objectif ? Migrer ses charges de travail critiques vers un cloud européen souverain. Cette transition devra cependant relever des défis immenses.
Les transitions numériques sont loin d’être un long fleuve tranquille chez Airbus, et les changements virent au casse-tête lorsqu’il est question de souveraineté numérique.
En novembre 2025, nous vous relations déjà les difficultés du groupe aéronautique français à migrer la totalité de ses activités hors de l’écosystème Microsoft. L’objectif avait pourtant été fixé dès 2018 par l’ancienne direction, qui souhaitait alors adopter la suite Google et les méthodes de travail d’une entreprise « plus collaborative ».
7 ans après ce cap, Catherine Jestin, vice‑présidente exécutive du numérique chez Airbus, avait expliqué au site The Register les raisons qui avaient empêché le géant de l’aéronautique de migrer l’ensemble de ses outils. Les raisons évoquées relevaient en partie de contraintes réglementaires : les documents classifiés de défense ne pouvaient pas être stockés sur le cloud de Google, si bien que les équipes concernées continuent encore aujourd’hui d’utiliser les logiciels Microsoft sur site (on‑premise).

La dirigeante ne semble toutefois pas vouloir s’en tenir à ce statu quo. Le 19 décembre 2025, elle a annoncé qu’un appel d’offres majeur serait prochainement lancé pour migrer les charges de travail critiques d’Airbus vers un cloud européen souverain.
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Catherine Jestin estime cependant n’avoir que 80 % de chances contre 20 de trouver un fournisseur réellement adéquat pour répondre à ces exigences.
Le Cloud Act au cœur du problème ?
« J’ai besoin d’un cloud souverain car certaines informations sont extrêmement sensibles d’un point de vue national et européen », explique Catherine Jestin.
Les raisons sont clairement affichées, et les craintes sont compréhensibles pour un groupe impliqué dans des programmes militaires, comme le SCAF.
En juin 2025, Anton Carniaux, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France, admettait devant une commission d’enquête du Sénat qu’il ne pouvait pas garantir que des données confiées à Microsoft ne seraient jamais transmises au gouvernement américain en cas d’injonction judiciaire.
En toile de fond de cette déclaration se trouve le Cloud Act, une loi de 2018, qui permet au gouvernement américain d’obtenir des données numériques détenues par des entreprises technologiques basées aux États-Unis, que ces données soient stockées sur des serveurs situés aux États-Unis ou à l’étranger.
Cette loi obligerait ces entreprises à se conformer à la demande, par le biais d’un mandat ou d’une assignation.
Dans ce contexte, la question de savoir quel acteur sera réellement capable de garantir une souveraineté totale, tout en assurant un haut niveau de cybersécurité et une transition fluide vers un cloud souverain, reste entièrement ouverte pour Airbus.
Une réponse avant l’été ?
L’appel d’offres sera lancé début janvier et, selon The Register, une décision est attendue avant l’été. Le contrat, dont la valeur est estimée à plus de 50 millions d’euros, s’inscrira sur le long terme (jusqu’à 10 ans). Les systèmes ERP, d’exécution de la production, de CRM et la gestion du cycle de vie des produits devront ainsi être transférés.
En plus d’assurer une souveraineté totale, le prochain partenaire d’Airbus, s’il y en a un, devra également éviter tout blocage technique et garantir un niveau de performance équivalent à celui de Microsoft avec ses outils.
Pour Airbus, il s’agit d’éviter une nouvelle transition partielle comme celle opérée entre Microsoft et Google, qui a laissé certains services dans une situation hybride difficile à gérer. En novembre, Catherine Jestin reconnaissait d’ailleurs que le département financier d’Airbus n’avait jamais pu se passer d’Excel, Google Sheets n’étant pas en mesure de gérer les immenses fichiers traités par ce service, certaines feuilles comptant plus de 20 millions de cellules.
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