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Itinérance : « Les jeunes dans la rue ne sont pas des échecs »

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De plus en plus de jeunes au Canada se retrouvent à la rue dès le passage à l’âge adulte, alertent des intervenants du milieu communautaire. L’itinérance jeunesse résulte souvent, selon eux, de traumatismes non résolus et de ruptures précoces, notamment la sortie des services de protection de la jeunesse, ce qui laisse ces jeunes adultes sans outils pour accéder à l’autonomie.

Ces constats trouvent un écho dans le témoignage de Marie McGregor Pitawanakwat, autrice anishinaabe ayant elle-même vécu le sans-abrisme.

Les jeunes dans la rue ne sont pas des échecs ; ce sont des survivants dans un système qui ne les a pas préparés.

On ne leur donne pas les outils pour naviguer dans la vie adulte, alors ils doivent inventer leurs propres stratégies de survie, souligne celle qui est originaire de Wikwemikong.

Une transition brutale vers l’âge adulte

Cécile Arbaud, la directrice générale de l'organisation Dans la rue, met l’accent sur ce phénomène structurel massif qui commence souvent avant 25 ans. L’experte en prévention de l'itinérance insiste sur le rôle déterminant de la fin de la prise en charge des jeunes par l’État à la majorité.

Portrait de Cécile Arbaud.

Cécile Arbaud, coautrice du livre Mettre fin à l’itinérance au Canada, plaide pour une prévention précoce afin d’éviter que les jeunes basculent vers la rue.

Photo : Gracieuseté Dans la rue.

Une personne sur deux au Canada en situation d’itinérance a vécu cela avant 25 ans. Cela inclut des jeunes de moins de 25 ans et des personnes pour qui l’itinérance se poursuit, déclare-t-elle.

Au Québec, un jeune sur trois qui va sortir à 18 ans de la protection de la jeunesse va vivre de l’itinérance dans les trois ans qui suivent, ajoute Mme Arbaud.

Portrait de Raymond Landry dans un parc.

Raymond Landry, coordonnateur du Réseau des sans-abri du Grand Sudbury, observe une hausse marquée de l’itinérance chez les jeunes sortant des services de protection.

Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin

Raymond Landry, coordonnateur du Réseau des sans-abri au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, confirme que la réalité sur le terrain est flagrante.

Les jeunes qu'on voit dans les rues ressortent de situations très difficiles dans leurs familles. [...] Ils cherchent déjà la rue pour s’en sortir, observe-t-il.

Santé mentale et manque de logements : le double défi

De son côté, Paul Jalbert, directeur de l'Association canadienne pour la santé mentale de Timmins-Cochrane, souligne le manque flagrant de logements accessibles. Il rappelle aussi que l’itinérance chronique est fortement liée aux traumatismes.

On reconnaît qu’une très grande proportion — jusqu’à neuf personnes sur dix — des individus en situation d’itinérance chronique éprouvent aussi des difficultés en santé mentale.

Portrait de Paul Jalbert, dans un corridor.

Paul Jalbert alerte sur le lien entre itinérance, santé mentale et pénurie de logements dans le Nord de l’Ontario.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Au-delà des constats sur le logement et la santé mentale, Paul Jalbert évoque aussi le regard et le malaise grandissant de la population face à la situation.

Il y a un sentiment de frustration de la part du public face au manque de capacité [...] pour s’attaquer à la question, explique-t-il.

Il précise que la communauté observe un niveau de souffrance incroyable et que cela a un impact sur le quotidien.

Changer le regard sur les campements de sans-abri

Marie McGregor Pitawanakwat, expulsée de sa maison familiale sur son territoire ancestral, a vécu plusieurs années dans une minimaison construite de ses mains.

Pour elle, l’itinérance ne peut être réduite à une simple absence de toit. Elle invite à changer radicalement le regard porté sur les campements.

Quiconque installe une tente exerce le meilleur de son autonomie, de son indépendance et de son autosuffisance, affirme-t-elle.

Portrait de Marie McGregor Pitawanakwat.

Marie McGregor Pitawanakwat, autrice anishinaabe, apporte une perspective autochtone à la crise de l’itinérance au Canada dans l’ouvrage collectif Mettre fin à l’itinérance au Canada.

Photo : Offerte par Marie McGregor Pitawanakwat.

Elle explique que les campements deviennent des espaces de solidarité où une communauté essentielle à la survie se recrée. La rue devient supportable quand on retrouve un semblant de communauté — un endroit où l’on peut compter sur quelqu’un.

Itinérance : les besoins spécifiques des moins de 25 ans

Les intervenants soulignent que l’itinérance jeunesse exige une stratégie différente de celle des adultes, car les jeunes sont en plein développement cognitif et émotionnel.

Les jeunes ne veulent pas s’identifier comme des vieux adultes en situation d’itinérance, remarque Cécile Arbaud.

Il faut [les] accompagner aussi [en rapport à la ] santé mentale, la scolarité qui n'est pas terminée, le manque d'expérience en logement.

Raymond Landry souligne de son côté qu’être adolescent dans la rue est très différent d’être adulte dans la rue et ajoute que les jeunes de 16 à 18 ans tombent souvent dans une faille du système en Ontario, faute de revenus fixes.

Ils ne [sont pas admissibles au programme] Ontario au travail. Il faut des programmes spécialisés pour les loger, les aider et les accompagner, précise-t-il.

Investir dans la prévention : une solution économique rentable

L’investissement dans la prévention est la solution la plus économique à long terme, selon les experts.

Intervenir de façon la plus précoce possible, c’est-à-dire avant que les jeunes se trouvent en situation d’itinérance, insiste Cécile Arbaud.

On parle de 1,3 cent par chaque dollar du PIB du Nord de l’Ontario. C’est faisable, mais on doit agir tout de suite pour changer la trajectoire de ce qui va se produire dans les prochains dix ans, estime Paul Jalbert.

Il y aura un coût si on ne fait rien, et ce coût sera encore plus élevé que ce qu’il faudrait pour résoudre la situation, ajoute-t-il.

Marie McGregor Pitawanakwat rappelle enfin que les solutions doivent inclure les premiers concernés.

Personne ne sait mieux ce dont ils ont besoin qu’eux-mêmes. [...] La façon de savoir de quoi ces jeunes ont besoin, c’est de leur demander directement, conclut-elle.

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