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Itinérance et répression : le maire et la Ville de Québec sont « dans le déni »

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La Ville de Québec et le maire Bruno Marchand montrent qu'ils sont « dans le déni » en refusant de reconnaître les effets négatifs de la répression des personnes en situation d'itinérance. Le statu quo est pourtant « intenable », selon le Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ).

Malgré les nombreux avertissements du milieu communautaire, le premier magistrat de la capitale ne bronche pas.

Bruno Marchand continue de défendre la politique de tolérance zéro sur les campements des personnes en situation d'itinérance. La Ville de Québec maintient également les ménages des espaces publics sous surveillance policière, forçant le déplacement des personnes qui s'y trouvent.

Le maire Bruno Marchand, de profil

Le maire Bruno Marchand doit reconnaître les effets de ses politiques sur les personnes en situation d'itinérance, selon le RAIIQ. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Malgré des discussions avec la Ville ces derniers mois, le RAIIQ n'a pas vu les changements espérés. Au contraire, il y a plutôt eu un resserrement des pratiques, une diminution de la tolérance dans les espaces publics et une intolérance grandissante, soutient sa coordonnatrice, Mary-Lee Plante.

La position du maire est toute aussi inébranlable, déplore-t-elle. La ligne est très dure, on ne sent pas de volonté de changer son fusil d'épaule.

L'itinérance est de plus en plus visible, mais ce qu'on remarque aussi, c'est une dégradation de l'état des personnes, une plus grande désaffiliation. Les pratiques de la Ville contribuent à cette désaffiliation et à la dégradation de leurs conditions de vie.

Un rapport entre les mains de la Ville

Qui plus est, la Ville et les élus ne peuvent plaider l'ignorance, selon le Regroupement. L'organisme a produit un rapport l'an dernier, lequel visait précisément à vérifier les impacts des corvées de ménage et des déplacements forcés sur les personnes vivant dans la rue.

L'idée était d'appuyer les observations terrain de ce qui nous est rapporté. On voulait démontrer que ce n'est pas juste des anecdotes, explique Mme Plante.

Le rapport arrive à des constats similaires à ceux rapportés par Radio-Canada cette semaine.

Certaines pratiques — notamment la saisie ou la destruction de biens, l’imprévisibilité des opérations [de nettoyage] et le recours systématique à une présence policière — peuvent engendrer des conséquences importantes en matière de santé, de sécurité, d’accès aux services, peut-on y lire.

Une dame en entrevue sur un trottoir. Au loin, une personne marche et des autos sont stationnées.

Mary-Lee Plante et le RAIIQ demandent au maire de Québec de reconnaître que les politiques répressives ne fonctionnent pas. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

On y rapporte que les personnes en situation d'itinérance sont presque systématiquement déplacées des lieux publics en amont des ménages, avec peu de temps pour réagir et récupérer leurs effets personnels.

À la lumière de ces observations, on ne peut plus être dans le déni, tranche Mary-Lee Plante, qui estime que les droits des personnes en situation d'itinérance sont bafoués. En mode collaboration, elle demande à la Ville, aux élus et à la police de Québec de s'asseoir avec le milieu communautaire.

Les personnes ne vont pas disparaître

Sa collègue Frédérique Rivest abonde dans le même sens. Elle rappelle d'emblée que les statistiques montrent une augmentation marquée de l'itinérance dans la province et à Québec. C'est une situation que la Ville ne peut pas ignorer, il y a plus de personnes dans les espaces publics.

Selon Mme Rivest, le serrement de vis imposé depuis le printemps dans la capitale semble être une réaction à cette augmentation de la population itinérante.

À son avis, il est impossible de cacher cette réalité malgré toutes les mesures répressives qui pourraient être utilisées. Les déplacer, ça ne fait pas disparaître les personnes. On les précarise et on enlève le peu de sécurité qu'elles ont, plaide l'organisatrice communautaire du RAIIQ.

À son tour, elle réclame une rencontre avec les autorités municipales.

La réponse qui est offerte par la Ville de Québec ne répond aux besoins de personne, ni aux personnes logées ni aux personnes en situation d'itinérance.

Frédérique Rivest, du RAIIQ

Frédérique Rivest, du RAIIQ

Photo : Radio-Canada

Enjeux de cohabitation

Le RAIIQ veut être clair. Notre posture n'est pas de demander l'arrêt des ménages au centre-ville. Tout citoyen a droit d'avoir accès à des espaces publics propres, précise Mary-Lee Plante. L'idée est de les encadrer, de les rendre prévisibles et d'éviter les conséquences mentionnées dans le rapport.

L'organisme est également conscient des tensions qui peuvent exister, en particulier dans le quartier Saint-Roch, où la majorité des personnes en situation d'itinérance et des organismes sont concentrés. On reconnaît qu'il y a des enjeux de cohabitation, que la population peut être confrontée, ajoute Mme Plante.

Ses intervenantes espèrent donc une collaboration entre toutes les parties pour en arriver à des voies de passage, mais toujours dans le respect des droits des personnes en situation d'itinérance, des citoyens à part entière.

L'organisme comprend enfin que la Ville de Québec n'a pas tous les leviers nécessaires pour s'attaquer aux causes de l'itinérance. Le RAIIQ estime cependant qu'elle ne peut pas toujours renvoyer la balle. Selon Mme Plante, elle peut faire sa part en adoptant une approche plus respectueuse et en comblant les besoins de base des personnes, comme l'accès à l'eau et des installations sanitaires.

Tel que le mentionnait le RAIIQ dans son rapport envoyé à la Ville, les mesures réclamées par le Regroupement ne seront pas une solution de fond à la crise. On espère plutôt arriver à un ensemble de mesures urgentes et transitoires, destinées à réduire les préjudices immédiats.

Des solutions ne seront toutefois trouvées que si l'administration en place en assume le leadership. Selon le, RAIIQ, l'orientation va venir du maire.

Le Service de police de la Ville de Québec et la Ville n'avaient pas répondu à nos demandes au moment d'écrire ces lignes. Le cabinet du maire prévoit réagir mardi, en marge du conseil municipal.

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