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La guerre infondée et extraordinairement mal menée de Donald Trump contre l’Iran a des effets négatifs pour les États-Unis, leur prestige et leurs finances. Avec une saignée immédiate, pour le trésor américain, de 25 milliards de dollars officiellement, et probablement de 50 milliards, partis en fumée dans une équipée sans stratégie ni buts clairs, aux effets pervers gigantesques.
Et ce, avant même qu’on ait commencé à compter ses effets délétères, en espèces sonnantes et trébuchantes, pour l’économie mondiale. Dans le monde riche, le prix de l’essence à la pompe est l’illustration la plus criante de ces effets pervers, avec un détroit d’Ormuz désormais contrôlé par l’Iran, expédiant l’inflation dans les étoiles, ce dont le président américain se fiche éperdument.
Dans une déclaration extraordinaire, Trump a en effet avoué ceci le 12 mai : « Je ne pense pas à la situation financière des Américains. Je ne pense à personne. Je pense à une seule chose : nous ne pouvons pas laisser l’Iran se doter de l’arme nucléaire. C’est tout. »
Déclaration extraordinaire, dont seul ce président ne pensant qu’à lui-même (on le savait), totalement dépourvu de surmoi ou de mémoire historique, était capable.
Pour atteindre le prétendu objectif de neutraliser « l’Iran nucléaire » (ce que l’accord JCPOA de 2015, parrainé par les États-Unis de Barack Obama et d’autres pays occidentaux, faisait plutôt bien… jusqu’à ce que lui-même le sabote en 2018), objectif aujourd’hui inatteignable par sa propre faute, Donald Trump est prêt à appauvrir les Américains, les Européens et le monde entier. Le monde riche et le monde moins riche. En pétrole… mais aussi en nourriture.
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Au-delà du prix de l’essence à la pompe, la hausse des hydrocarbures entraîne une inflation automatique sur le chauffage, la climatisation, l’électricité (un gros quart de la production électrique mondiale est dérivé du pétrole et du gaz naturel, dans 150 pays sur 200), le transport et un nombre étonnant de produits dérivés du pétrole : plastiques, cosmétiques, peintures… chewing-gum !
Mais l’inflation dérivée du blocage du détroit d’Ormuz ne concerne pas uniquement les hydrocarbures. Elle frappe également des intrants indispensables à l’alimentation du monde : engrais et fertilisants, à base d’urée, d’ammoniac, de soufre. Près d’un tiers de la production mondiale d’engrais passe par ce goulot d’étranglement.
On se doute que Trump n’avait jamais entendu parler de tout ça avant d’appuyer sur le bouton des bombardements, et que personne ne l’aura prévenu, dans son brillant aréopage de conseillers.
Dès le mois de mars, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a lancé l’alarme, signalant que les difficultés d’acheminement du produit et la hausse des coûts pour le transporter rendraient les engrais beaucoup plus chers dans le monde entier, causant de l’inflation, mais aussi des pénuries. Aux États-Unis, au Québec, en Europe, les agriculteurs souffrent et fulminent.
Dans le monde riche, on constate déjà, depuis deux mois et en rythme mensuel, une inflation alimentaire de près de 2 %. Quelque chose comme 1000 $ de plus par année pour se nourrir. Mais il y a des pays où cela fait beaucoup plus mal qu’un ou deux points d’inflation.
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Selon le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU, une catastrophe s’annonce dans les pays les plus pauvres et les plus instables du monde, particulièrement dans les régions très dépendantes des importations, comme l’Afrique de l’Est.
En quelques mois à peine, entre janvier et juin, à cause de cette pénurie d’engrais (sujets, eux, à une inflation de près de 100 %), le nombre de personnes confrontées à un manque grave de nourriture pourrait passer de quelque 320 millions à près de 400 millions. Des pays comme la Somalie et le Soudan sont en première ligne.
L’effet est plus grave qu’en 2022, avec l’invasion russe de l’Ukraine qui avait affecté l’approvisionnement mondial en céréales et en engrais. À l’époque, une aide humanitaire d’urgence de 43 milliards de dollars avait été mobilisée par les gouvernements et les institutions multilatérales. Près de la moitié de cette aide, il y a quatre ans, était venue d’une organisation nommée USAID… qui n’existe plus aujourd’hui, ayant été sabordée par le gouvernement Trump. Un malheur ne vient jamais seul.
Cette crise alimentaire, en marge de la guerre en Iran et du blocage du détroit d’Ormuz, est aussi une crise de la mondialisation du marché de la nourriture. Cette mondialisation, liée à des pratiques comme la monoculture et la spécialisation régionale, a lié plus que jamais la production alimentaire aux énergies fossiles, pour cause de transport à grande échelle.
D’où vient la majeure partie de la semoule de blé consommée au Liban ou en Arabie saoudite ? De la Saskatchewan ! Selon la FAO, l’Afrique, autrefois grenier des puissances coloniales, importe aujourd’hui 85 % de son alimentation. Après l’indépendance, de nombreux pays ont abandonné la production de denrées alimentaires de base pour la consommation intérieure et se sont spécialisés dans les cultures d’exportation. Ils produisent ce qu’ils ne consomment pas (café, cacao, tabac) et consomment ce qu’ils ne produisent pas (blé, riz, maïs).
Un monde à l’envers, hypermondialisé… ce que vient nous rappeler, à sa façon, la funeste « excursion » trumpienne en Iran.
Pour joindre l’auteur : [email protected]


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