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Au cours des dernières années, Nicolas Hien a d’abord investi dans le domaine de la technologie avant de se tourner vers son autre passion, le sport. Depuis, celui qui est père de deux filles s’est donné comme mission de faire grandir le sport féminin, à sa façon.
Ce Québécois, né à Montréal, a grandi dans le monde du soccer. Il a d’abord été joueur avant de devenir entraîneur et de s'impliquer dans divers clubs montréalais.
Il occupe aujourd’hui le poste de chef des technologies de l’information pour Dollarama, en plus de s’occuper des opérations internationales de l’entreprise. Il passe donc son temps entre Montréal, l’Australie et le Panama.
Parallèlement, il a commencé, il y a quelques années, à investir dans divers projets, particulièrement dans l’univers de la technologie.
Ma philosophie d'investissement est de seulement investir dans les trucs que je connais. Ce que je connais, c'est la tech et le sport. J'ai commencé à beaucoup investir dans la tech. Mais, il y a cinq ans, quand toute la vague de l'intelligence artificielle a commencé, ça devenait un peu plus compliqué de savoir quelle compagnie allait survivre à la vague, a-t-il expliqué, en entrevue à Radio-Canada Sports.
C’est à ce moment qu’il a changé son fusil d’épaule et qu’il s'est mis à investir dans le sport, mais surtout, dans le sport féminin. Une décision entièrement cohérente avec sa réalité et ses valeurs.
J’ai deux filles : Emmy, qui a 15 ans, et Anna, qui a 18 ans. Anna est super sportive, elle fait du triathlon et vient de s'inscrire à un demi Ironman. Ma plus jeune a beaucoup joué au soccer quand elle était jeune.
J’ai rapidement réalisé qu’il y a d'énormes différences entre la gestion du sport masculin et féminin. J’ai vu des occasions au niveau financier, mais aussi, des occasions d'améliorer les conditions dans le foot féminin, a-t-il souligné.
Il a d’abord collaboré avec un fonds d'investissement privé américain afin de lancer une équipe féminine de soccer à Brooklyn qui allait évoluer dans la USLW, aux États-Unis. Cette expérience a été révélatrice pour lui.
Par la suite, il a eu l’occasion de participer au rachat du Donna Roma, un club de deuxième division italienne. Un investissement qui lui a permis de saisir encore davantage l’ampleur du chantier.
Quand on a visité les installations après le rachat du club, tu as l'impression que c'est le tiers-monde, alors que c'est un club de deuxième division qui compétitionne à un assez bon niveau. Tu te dis que ce n'est pas possible, a-t-il raconté.
Nicolas Hien a ensuite été contacté par Jean-François Crevier et Isabèle Chevalier afin d’investir dans le projet des Roses de Montréal.

Nicolas Hien est l'un des investisseurs des Roses de Montréal.
Photo : Gracieuseté Nicolas Hien
C’était un superbe projet, à 100 % dans ma thèse d'investissement, 100 % dans la ville et dans l'environnement que je connais. Pour moi, c'était un super bon fit, donc j'ai investi et j'ai été assez actif pour soutenir l'équipe.
Il s'est aussi engagé dans le projet du club féminin de Campobasso, en Italie. Pendant ce temps, depuis près de deux ans, il analysait le marché espagnol dans l’espoir de trouver une occasion d’investissement.
Deux scénarios étaient envisageables. Il pouvait opter pour le penchant féminin d’un club masculin déjà existant, ou encore bâtir une équipe féminine indépendante.
Avec mes autres projets, on développait le masculin et le féminin en même temps. Le défi, c'est que, si tu fais un investissement où 90 % de la valeur vient du masculin, personne ne va mettre des efforts sur le féminin. Le foot féminin y est considéré comme un citoyen de seconde classe au niveau des infrastructures. L’avantage, cependant, est que les coûts du sport féminin sont absorbés en partie par le masculin, a-t-il mentionné.
Il s’est alors mis à la recherche d’un club indépendant qui aurait ses propres infrastructures, un peu comme ce qu’ont fait les Roses. Il a finalement trouvé un troisième scénario, un modèle rarement vu.
Nous sommes arrivés à la conclusion qu'on peut avoir le meilleur des deux mondes en créant une plateforme de sport pour partager les coûts avec d'autres équipes sans concurrence.
Il s’est retrouvé à Zaragoza, en Espagne, où le club de basketball féminin est l’un des meilleurs en Europe. Il a fait l’acquisition du club de soccer de la ville, qui a été rattaché à l’équipe de basketball. L’équipe se retrouve aujourd’hui en troisième division espagnole, mais les aspirations des dirigeants sont grandes.
Ça nous permet de partager la finance, le légal, etc., tout en donnant à l'équipe féminine son propre focus et ses propres infrastructures.
Ce n’est pas un modèle que j’ai souvent vu. On l’a implanté à Zaragoza et on regarde d'autres villes ayant un profil similaire. On veut des villes avec un club établi, une concurrence limitée pour l'entertainment familial et un fort potentiel de développement, a-t-il indiqué.
Nicolas Hien a notamment convaincu l’ancien sprinteur Bruny Surin, l’ancien joueur de football Étienne Boulay et la directrice du Stade olympique, Annie Larouche, de sauter dans l’aventure espagnole avec lui.
Un pont avec le Québec
En faisant l’acquisition d’un club en Espagne, Nicolas Hien s’est aussi donné comme défi d’offrir une porte d’entrée vers l’Europe à des joueuses québécoises. Quelques mois à peine après le début du projet, cette association donne déjà des résultats.
Lara Casazgian, une joueuse de 24 ans, a signé un contrat avec l’équipe. L’an dernier, elle jouait pour le club de Donna Roma, un projet géré en grande partie par le Québécois Marco Masucci.
La Montréalaise Magali Gagné, qui vient de finir son parcours universitaire dans la NCAA, à Pittsburgh, fera quant à elle ses débuts chez les professionnelles, à Zaragoza.
Aujourd’hui, Nicolas Hien est uniquement engagé avec le Roses et le club de Zaragoza. Pour ce qui est de Brooklyn, le principal intéressé parle maintenant d’un investissement très passif géré par le fonds privé.
Avec les Roses, c'est devenu passif aussi. Je parle avec Marinette Pichon, JF (Crevier) et Isa (Chevalier) de façon hebdomadaire, mais je ne suis pas dans le day-to-day. Avec Zaragoza, on vient de mettre en place la structure de gestion au niveau du conseil d’administration, et je gère en quelque sorte la structure d'intégration avec le basketball.
J'ai toujours du mal à rester sur le banc, a-t-il reconnu. Je suis impliqué dans la définition de la feuille de route stratégique et je m'assure de l'exécution.
Un investissement rentable
Bien que les investissements qu’il fait dans le sport féminin sont alignés avec ses valeurs, Nicolas Hien voit dans ces projets de réelles occasions d’affaires. Il se réfère notamment à un récent rapport publié par la firme Deloitte (nouvelle fenêtre)qui avance que les revenus mondiaux du sport féminin devraient atteindre au moins 3 milliards de dollars américains (environ 4,2 G$ CA) en 2026, soit une hausse de 340 % en 4 ans.
C'est super intéressant, mais très challengeant, parce qu'on regarde une base de revenus sans parler de la rentabilité. Les coûts augmentent plus vite que les revenus. C'est un défi business hyper intéressant. Comment gérer une croissance rentable? C'est ce que j'ai fait toute ma vie. Il faut que ça devienne rentable à un moment donné pour que la croissance soit pérenne pour les investisseurs, a-t-il indiqué.
La stratégie d'un club sportif est hyper simple : il faut générer des revenus, minimiser les coûts et avoir une équipe compétitive sur le terrain au coût minimum. Le succès vient de l'exécution et de l'alignement, a-t-il ajouté.
L’objectif est de regarder au-delà des modèles traditionnels. La billetterie, les commanditaires, la restauration ou les produits dérivés ne sont que certaines des façons de générer des revenus.
Ce n'est pas mutuellement exclusif. Tu peux investir dans quelque chose en quoi tu crois tout en créant un écosystème économique rentable. L'idée est de construire un écosystème autour de l'équipe où chaque activité crée de la valeur.
À Zaragoza, ils ont développé une entreprise parallèle de voyage, où l'académie qui compte 200 jeunes va participer à des tournois en Italie ou au Québec, par exemple. C'est le genre d'activité rentable qui alimente le club.
C'est pour ça qu'on a pris l'approche de plateforme avec le basket. Le basket réunit 8500 abonnés de saison et remplit la salle (10 000 personnes) tous les week-ends. Cette business est déjà rentable. Les pertes de l'équipe féminine de foot sont une goutte d'eau à côté, ce qui permet de la faire monter en puissance.
Si les Roses ont frappé un grand coup lors du lancement de l’équipe, la vente de billets pour les matchs présentés au Stade Boréale n’a pas nécessairement suivi. L’équipe a cependant fait un travail phénoménal pour obtenir du succès avec les fameuses activités dites parallèles, notamment, avec la vente de produits dérivés. Nicolas Hien croit cependant qu’il y a encore un travail colossal à faire afin de s’implanter dans la communauté.
La clé est de travailler l'écosystème et la base. La base de partisans de demain, ce sont les jeunes qui jouent dans les clubs aujourd'hui. Il faut se rapprocher de tous ces clubs de soccer mineur au Québec pour amener ces jeunes et leurs familles au stade. Le Stade Boréale fait 5000 places, c'est très réaliste de réussir à le remplir en développant cette proximité.
Si le parcours de Nicolas Hien est déjà impressionnant, le Québécois n’a pas l’intention de s’arrêter là.
À Zaragoza, l'objectif est d'amener l'équipe en Liga F, la première division féminine, et de compétitionner avec les meilleures. On veut raffiner notre modèle pour démontrer qu'on peut créer une croissance rentable dans le sport féminin.
Je ne suis pas dans la business pour obtenir des trophées. Je veux bâtir des clubs féminins véritablement rentables.


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