Face à un nombre record de défaillances d’entreprise, le régime de garantie des salaires (AGS) connaît un surcroît très important d’activité. Antonin Blanckaert, directeur général de cette association de service public, rappelle que le système français est l’un des plus protecteurs au monde.

Propos recueillis par Boris Ivanoff - Aujourd'hui à 08:30 - Temps de lecture :

Les prévisions estiment que les défaillances d’entreprise seront comprises entre 72 00 et 75 000 cette année. Photo d'illustration Sipa/Mourad Allili Les prévisions estiment que les défaillances d’entreprise seront comprises entre 72 00 et 75 000 cette année. Photo d'illustration Sipa/Mourad Allili
Les projections pour 2026 oscillent entre 72 000 et 75 000 défaillances d’entreprises (contre 68 500 en 2025). Cela représente quel surcroît d’activité pour l’AGS ?

« Le régime de garantie des salaires n’intervient bien sûr qu’en cas de créances salariales, autrement dit seulement lorsque l’entreprise placée en redressement ou en liquidation judiciaire a des salariés et ne peut plus les payer. Ce qui représente environ 40 % des défaillances d’entreprise, le reste étant principalement constitué d’entreprises sans salarié. En 2025 par exemple, nous avons accompagné près de 30 000 entreprises pour 250 000 salariés, pour un montant total de 2 233 milliards d’euros avancés. Des statistiques qui témoignent de l’ampleur des difficultés économiques rencontrées par les entreprises. Toutes proportions gardées, le surcroît d’activité de l’AGS suit donc la même courbe que le nombre de procédures collectives en France [en hausse constante depuis 2022, NDLR]. C’est le fonctionnement territorialisé de l’AGS - au travers de 15 centres régionaux – et ses 270 collaborateurs experts qui nous permettent d’absorber ce surplus d’activité. »

Mais financièrement, ça tient ? Le régime de garanti des salaires ne risque pas d’être dans le rouge ?

« Le financement de l’AGS s’appuie sur deux sources. Tout d’abord, sur des cotisations patronales, dont le taux est fixé par le Conseil d’administration de l’AGS. Depuis juillet 2024, ce taux est de 0,25 % de la masse salariale. Deuxième source de financement, les récupérations lorsque l’entreprise pour laquelle nous sommes intervenus retrouve sa capacité à rembourser et payer ses factures ou au moment de la liquidation à travers la rétrocession d’actifs. C’est cette solidarité interentreprises et le fait que nous sommes un créancier superprivilégié qui font que le système reste à l’équilibre, malgré la hausse du nombre de défaillances. »

Antonin Blanckaert. Photo AGS/Yves Samuel

Antonin Blanckaert. Photo AGS/Yves Samuel

Au détriment des autres créanciers parfois ?

« Le système de protection des salariés français est l’un des meilleurs au monde et cela vient en partie du fait que dans le droit français, à la différence de nos voisins, les créances salariales priment sur les autres. C’est aussi ce qui explique un plafond de la garantie des salaires fixé à 96 120 euros par salarié. Et légalement, l’AGS a cinq jours maximum pour verser les fonds au mandataire judiciaire, ensuite chargé de reverser les sommes dues aux salariés. En Allemagne par exemple, c’est 21 150 euros de plafond et le délai égal de versement est de trois mois… En Belgique, le plafond est de 30 500 euros et le délai peut courir jusqu’à… 10 mois. »

Ne craignez-vous pas que ce système protecteur le soit de moins en moins en cette période de campagne présidentielle très orientée sur la réduction des dépenses publiques et notamment sociales ?

« Deux exigences guident constamment notre action depuis plus de 50 ans : veiller à ce que les ressources mobilisées permettent d’offrir le meilleur service possible aux entreprises en difficulté et à leurs salariés et garantir l’équilibre financier du régime. Nos modalités d’intervention sont définies par la loi et c’est au législateur de décider s’il faut les faire évoluer le système. De l’autre côté, les organisations patronales financent et gèrent le système, elles peuvent évidemment être amenées à faire des propositions qu’il ne m’appartient pas, en tant que gestionnaire d’un service public, de commenter. »

Les chiffres de 2025

  • 2,2 milliards d’euros d’avances sur salaire versées à 250 000 salariés (contre 2,1 milliards en 2024), au titre de la garantie des salaires, financées en grande partie par les cotisations patronales.
  • Sur ces avances, l’AGS a récupéré 699 millions d’euros auprès des entreprises en difficulté, contre 607 millions en 2024.
  • 26 640 entreprises en difficulté accompagnées, dont 84 % de moins de 10 salariés et 38 % de plus de 10 ans
  • 20 % des interventions de l’AGS concernent l’industrie, 16,5 % le service aux entreprises (conseils, RH, développement numérique…), 15 % la construction et le commerce

Source : Observatoire Régime de garantie des salaires et Banque de France/2025.

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