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Interview en 4-4-2 : Mihuma nous dévoile ses « Mauvaises Nouvelles »

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Un roman, huit personnages, un seul espoir : aimer dans les décombres du Vieux Continent.

Le Média en 4-4-2 : Mihuma, avant de plonger dans votre livre, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Qui êtes-vous, et quel est votre parcours qui vous a mené à l’écriture ?

Mihuma : Je suis un artiste Parisien de 43 ans, ancien membre de Réinfo Covid. Musicien autodidacte, j’ai également publié 5 albums et un e-livre musical. Mauvaises Nouvelles est mon deuxième livre. J’ai également co-fondé le Club du Corniquet, qui a pour vocation d’organiser des émissions, mais surtout des dîners-débats entre citoyens et intellectuels. La première Rencontre aura lieu le samedi 14 mars à Saint-Aygulf dans le Var en compagnie de Louis Fouché et Nicolas Vidal.

Le Média en 4-4-2 :Comment est née l’idée de ce roman dystopique ? Et que représente pour vous ce « Nouveau Tiers-Monde » (NTM) – est-ce une extrapolation de nos tendances sociales, une métaphore, ou autre chose ?

Mihuma : J’avais depuis longtemps l’idée d’écrire un livre « puzzle », où de nombreux personnages sans lien apparent s’entrechoquent au fil de l’histoire. Le premier confinement m’a laissé le temps de le faire. Le NTM est, à mon sens, le futur qui tend les bras à l’Occident si nous continuons de vivre dans le déni. Malheureusement, les récentes révélations autour de Jeffrey Epstein nous montre qu’il est peut-être déjà trop tard.

« Un pouvoir déshumanisé n’obéissant à aucune forme de principe rédigea des lois liberticides qui furent acceptées comme des Conditions Générales d’Utilisation ou des Cookies : sans lire, sans regarder, sans voir, sans faire attention. Le furent-elles par paresse intellectuelle, par faiblesse d’esprit ou par peur ? Il est un peu tard pour en disserter, vous ne pensez pas ? Laissez-moi verser quelques larmes de crocodile et affirmer ici que prendre le pouvoir sur un peuple qui ne lit plus est aussi aisé que braquer une banque dont les coffres seraient ouverts et le personnel accueillant…»
Extrait de « Mauvaises Nouvelles »

Le Média en 4-4-2 : Le livre est dédié « À nos yeux, qui n’entrevoient la lumière qu’à travers leurs si chères prunelles ». Cette épigraphe, comme les nombreux éléments poétiques (les « Pensées pour moi-même », les poèmes de la Favorite), semble placer la perception subjective et la beauté du langage au cœur d’un récit très sombre. Quel rôle joue la poésie et cette attention portée à la langue face à l’horreur que vous décrivez ?

Mihuma : Je pense que la poésie, avec l’humour, est l’une des rares choses qu’il est possible de produire même dans les temps les plus sombres. Ce sont deux choses qui me tiennent à cœur et que j’ai tenu à intégrer dans mon livre.

Le Média en 4-4-2 : La narration est fragmentée, entre la prostituée confinée, les souvenirs de la Captive, les monologues du Producteur… Pourquoi avoir choisi cette structure narrative non linéaire et cette polyphonie de voix, notamment des points de vue féminins introspectifs, pour explorer des thèmes comme la violence, le pouvoir et la résistance ?

Mihuma : Pour un peu de gymnastique intellectuelle ! Et également pour adapter le récit à un format « Netflixien », feuilletonner l’histoire afin de dévoiler au fur et à mesure.

Le Média en 4-4-2 : Vos personnages féminins (la narratrice, la Captive/ Avocate, la Favorite) subissent des violences extrêmes, notamment sexuelles. Comment avez-vous abordé l’écriture de ces scènes, en équilibre entre la nécessité de les montrer et le risque de redoubler la violence pour le lecteur ?

Mihuma : Le téléspectateur est habitué à la violence. Le lecteur un peu moins. Les personnages de mon roman évoluent dans un univers où les mères sont absentes. J’ai abordé ces scènes de façon cinématographique, avec beaucoup de distance. Il y a même tout un chapitre construit comme un plan-séquence.

Le Média en 4-4-2 : Malgré le trauma, des personnages comme la Favorite ou l’Avocate/Fée font preuve d’une résilience et d’une résistance frappantes, souvent par l’écriture, la poésie ou une forme de sororité. Comment avez-vous construit ces figures féminines ?

Mihuma : J’ai grandi dans un univers familial et social très féminin. J’ai pu constater la force et la résistance des femmes, là où beaucoup d’hommes fuient. J’ai puisé dans diverses philosophies telles que le Stoïcisme ou le Nihilisme afin de construire mes personnages qui sont des personnages abîmés dès le départ, tentant malgré tout de survivre. L’une souhaite vengeance et justice, mais est trop fragile psychologiquement. L’autre trouve refuge dans la poésie mais fait preuve de fatalisme.

Le Média en 4-4-2 : Voyez-vous dans la création artistique et intellectuelle une arme essentielle contre l’oppression ?

Mihuma : Absolument. Soljenitsyne, Gramsci ou encore Martin Luther King en sont de parfaits exemples.

Le Média en 4-4-2 : Le Régent et le Producteur sont des figures de tyrans, l’un charismatique et pervers, l’autre froidement cynique. S’inspirent-ils de mécanismes de pouvoir que vous observez dans notre réalité, ou sont-ils des archétypes poussés à l’extrême pour les besoins de la fable ?

Mihuma : Le Producteur est un personnage anti-fragile, ancré dans la pensée de Nassim Nicholas Taleb. Les difficultés le renforcent. Le Régent est l’exact opposé, fort avec les faibles, donc fragile par essence. Dans notre réalité, on pourrait les comparer à l’homme de l’ombre des « réseaux », qui dure parce que toujours prêt à changer de costume dès que le vent tourne, et à l’homme politique de base, idiot et retors, balayé et oublié à la moindre bourrasque.


Le Média en 4-4-2 : Votre dystopie intègre des références historiques et philosophiques précises (Marc Aurèle, Camus, la citation de Cohn-Bendit en exergue…). Pourquoi ces ancrages dans le réel ? Servent-ils à donner une profondeur historique aux horreurs du NTM, ou à interroger notre propre rapport à la pensée et à la culture ?

Mihuma : La majeure partie de l’histoire se déroule en une seule journée, que l’on pourrait dater autour de 2060. Ce futur est fictif, mais il trouve sa source dans ce que nous vivons et faisons depuis vingt ans. Chaque page de cette dystopie futuriste doit nous questionner sur ce que nous pensons, votons, choisissons… aujourd’hui.

Le Média en 4-4-2 : Les illustrations de Laurence Llorca ponctuent le texte de manière très forte. Comment s’est déroulée votre collaboration ? Cherchiez-vous à créer un dialogue spécifique entre le texte et l’image pour renforcer l’atmosphère ou la réflexion ?

Mihuma : Laurence est une amie pétrie de talent. Nous avons déjà collaboré à l’écriture de deux pièces de théâtre, j’étais certain que ses dessins sauraient dépeindre l’atmosphère du livre. Je la remercierai toujours de s’être prise au jeu.

Le Média en 4-4-2 : Le livre critique violemment le cynisme du pouvoir, la manipulation médiatique et la passivité des masses. Mauvaises Nouvelles est-il pour vous un miroir tendu à notre époque, un avertissement, ou d’abord une œuvre de fiction où explorer des obsessions personnelles ?

Mihuma : C’est un miroir tendu à notre époque, je n’aurais pas pu trouver meilleure formulation.

Le Média en 4-4-2 : Comment avez-vous vécu le processus d’écriture, surtout avec des thèmes aussi sensibles et une architecture narrative aussi ambitieuse ? Quels ont été les défis principaux ?

Mihuma : Le défi principal fut de réussir à proposer au lecteur une lecture agréable et rafraîchissante malgré une thématique sombre. Il y a de nombreux sauts dans le passé, mais ils sont nécessaires pour comprendre pourquoi, et surtout comment l’Europe de l’Ouest est tombée si bas.

Le Média en 4-4-2 : Après ce roman intense et politique, quels sont vos projets d’écriture ? Envisagez-vous de rester dans le registre de la dystopie, d’explorer d’autres genres, ou peut-être de développer certains aspects de l’univers du NTM ?

Mihuma : Le prochain roman sera encore dystopique, mais plus humoristique et vraiment pas politiquement correct ! Je travaille également sur l’organisation des Rencontres du Corniquet le 14 mars dans le Var, dîner-débat en compagnie de Nicolas Vidal et Louis Fouché, je termine l’enregistrement de mon sixième album, et nous continuons notre cycle d’interviews décalées de personnalités issues des médias alternatifs, à retrouver sur la chaîne YouTube du Club du Corniquet.

« Mauvaises nouvelles » de Mihuma est disponible chez Contre Propagande.

« Vous les avez connues ces âmes désespérées remerciant d’un sourire jaune la magnifique époque ayant érigé l’égalitarisme au rang de valeur absolue, permettant à « chacun.e » de donner son avis et de déverser sa bile dans les bouches d’égout de l’Histoire ?
Heil Twitter !

Il fallait être grand clerc pour estimer l’âme d’une ville du NTM. Toutes se ressemblaient, mais c’était justement en cela qu’il était impossible d’en sonder le cœur. Les quartiers étaient semblables aux personnes ; connectées mais séparées, croisant leurs corps mais pas leurs idées, chacun ajustant à sa guise sa politique de confidentialité.
À quel moment les gens étaient-ils devenus si tristes ?

La civilisation du Vieux Continent s’est perdue au carrefour de quelque lutte, au détour d’une idée. Ces cinquante dernières années, se sont succédés des visages ternes, incarnations successives de la sous-France qu’ils administrèrent avec un amateurisme méthodique confinant au génie pur. Au lieu de faire le pari de l’intelligence collective, cette pseudo-élite préféra l’infantilisation, la trique et la coercition, le tout saupoudré de moraline et bonne conscience. Les Obéissez ! C’est pour votre bien !furent martelés à un tel point qu’à force de vouloir le bien du peuple, les puissants finirent par l’avoir.

Les Occidentaux ne s’étaient pas rendus compte qu’ils avaient glissé dans le camp des méchants. Ils avaient grandi dans un schéma où l’Asie était leur usine et eux dans la famille du patron à faire mumuse avec des jouets en plastique Made in où-vous-savez. Mais un jour il y a eu grève. Et l’exploité s’est retourné contre l’exploitant. La Chine s’éveille… les Annales entendaient ce refrain depuis leur enfance. Or, elle était déjà sortie du lit et les retraités de
l’époque n’avaient rien vu. »
Extrait de « Mauvaises Nouvelles »

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