Pauline Chanoit, experte en art des XIXe et XXe siècles à Chanoit Expertise et auprès de l’Hôtel des ventes de Drouot, nous explique les méthodes des spécialistes pour repérer les fausses œuvres de célèbres artistes.

Propos recueillis par Juliette Mitoyen - Aujourd'hui à 06:30 - Temps de lecture :

Pour démêler les vrai du faux, les experts en art disposent d’un arsenal de méthodes. Photo d’illustration Sipa/Pascal Deloche Pour démêler les vrai du faux, les experts en art disposent d’un arsenal de méthodes. Photo d’illustration Sipa/Pascal Deloche

Comment reconnaît-on un faux tableau d’un artiste célèbre ?

« C’est avant tout l’œil, l’expérience et l’instinct qui parlent. Quand on a vu beaucoup de tableaux d’un même artiste, une logique s’opère et on arrive rapidement à sentir le faux. C’est comme un musicien qui connaît une partition par cœur et qui entend si une musique sonne juste. Sauf que nous, on voit si les couleurs, la technique, la composition ressemblent à l’artiste, et on arrive à démêler le vrai du faux. Parfois après un examen matériel. »

Comment se déroule cet examen ?

« On regarde si le papier, la toile ou le panneau utilisés correspondent à l’artiste. Parfois, vous savez que tel artiste se rendait chez tel marchand de toile ou de panneau, donc on vérifie qu’il y a la marque du vendeur. On peut aussi consulter des restaurateurs, ou utiliser des lampes ultraviolettes : lorsqu’elles laissent apparaître des éléments sombres sur le tableau, c’est signe qu’il a connu des retouches, donc qu’on peut être face à un faux. Il existe aussi d’autres méthodes scientifiques plus récentes, mais qui coûtent cher, comme les prélèvements de pigments. Mais elles fonctionnent : un célèbre faussaire, Beltracchi, faisait attention à utiliser des pigments anciens pour les tableaux qu’il copiait. Mais il a été démasqué car, une seule fois, il a utilisé du blanc de titane. Or, ce pigment est plus récent que l’époque à laquelle était daté le tableau qu’il tentait de copier. Mais il a négocié sa peine de prison en dénonçant les faux qui étaient rentrés dans les musées ! »

Pauline Chanoit. Photo Anne Eveillard

Pauline Chanoit. Photo Anne Eveillard

Et lorsque vous ne connaissez pas l’artiste sur le bout des doigts, ou qu’il est moins connu ?

« Alors on fait un plus gros travail en amont, en regardant les catalogues, en se renseignant sur le peintre. On peut aussi se tourner vers des spécialistes d’un seul et même artiste - ils sont nombreux - à qui l’on peut soumettre une œuvre pour avoir leur avis. Ou vers la famille, les ayants droit, qui connaissent bien l’œuvre de leur ancêtre. »

« Je pense qu’il est exagéré de dire qu’il y a un tiers d’œuvres fausses dans les musées »

Le nombre de fausses œuvres en circulation a-t-il tendance à augmenter ou baisser ?

« C’est difficile à dire, car j’en vois tout le temps ! Toutes les semaines, des gens nous soumettent des faux Corot, des faux Picasso… Rien qu’aujourd’hui, j’avais une copie de Renoir dans les mains ! Le phénomène a toujours existé, mais les nouveaux moyens techniques et scientifiques actuels permettent de faire le tri. Le fait que les ventes aux enchères soient publiées en ligne aide aussi au nettoyage car les faussaires ont plus peur de se faire repérer par les spécialistes, la famille. Mais on en voit quand même beaucoup circuler. »

Sait-on si beaucoup de faux sont actuellement exposés dans les musées français ?

« C’est très dur à évaluer. Je pense qu’il est exagéré de dire qu’il y a un tiers d’œuvres fausses dans les musées, comme on peut parfois l’entendre. Mais c’est vrai que de temps en temps, on se rend compte grâce à l’avancée des moyens techniques qu’une œuvre d’un célèbre artiste était fausse - comme le Modigliani de Nancy. Mais ça reste très rare. »

Articles les plus lusCulture - Loisirs