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Alors que le Manitoba affiche ses ambitions bilingues, l’accès réel aux soins en français repose encore largement sur un maillon fragile : les interprètes.
Dans les hôpitaux, ils sont souvent les seuls à pouvoir combler le fossé linguistique. Pourtant, leur présence demeure limitée et leur rôle, parfois sous-estimé.
Selon l'Office provincial de la santé du Manitoba Soins communs, 11 interprètes francophones sont actuellement en poste dans la province, sur un total de 106 interprètes couvrant 38 langues. Au cours de la dernière année, plus de 49 000 interventions linguistiques ont été réalisées.
Sur le terrain, le constat est clair : les besoins dépassent l’offre. Il y a définitivement un manque, affirme Salwa Meddri, la gestionnaire du Réseau en Immigration Francophone du Manitoba.
Au sein du RIF MB, les conseillers se retrouvent régulièrement à jouer eux-mêmes le rôle d’interprètes pour accompagner les nouveaux arrivants. Une situation loin d’être idéale. Souvent, ce sont les enfants ou les proches qui traduisent. Et là, l’information devient approximative, explique-t-elle. Dans des domaines sensibles comme la santé, les conséquences peuvent être lourdes.
Pas de formation locale
Contrairement à une idée répandue, l’interprétation ne s’improvise pas. C’est une profession avec des normes, une éthique et des compétences spécifiques , rappelle Renée Desjardins, professeure en Traductologie à l’Université de Saint-Boniface. L’agrément garantit notamment la précision des échanges et le respect du cadre professionnel.

Renée Desjardins, professeure en Traductologie à l’Université de Saint-Boniface. (Photo d'archive)
Photo : Radio-Canada / Magalie Chinchilla Chaput
Or, il se trouve que le Manitoba ne dispose d’aucune formation complète en interprétation. Les aspirants interprètes doivent se former ailleurs au pays ou suivre des formations ponctuelles, proposées par Soins communs.
Un frein au développement de la profession. C’est un enjeu de formation, mais aussi de sensibilisation, souligne la professeure. Selon elle, on présume encore trop souvent que tous les Manitobains maîtrisent suffisamment l’anglais, ce qui relègue l’interprétation au second plan.
Un métier trop précaire
Sur le terrain, cette réalité se traduit aussi par une précarité du métier. Je ne suis pas sûr que quelqu'un peut gagner sa vie à faire de l'interprétation médicale, du moins pas au Manitoba, explique Jeff Staflund, interprète auprès de l'Association des traducteurs, terminologues et interprètes du Manitoba.
Payés à l’heure, soumis aux annulations et à une demande irrégulière, plusieurs peinent à trouver une stabilité financière ou un emploi à temps plein. Résultat: malgré des besoins croissants, la profession peine à attirer.
Dans le domaine de la santé, les interprètes sont essentiels… mais ne suffisent pas. Ils ne peuvent pas être la solution complète, insiste Derrek Bentley, président de la Société de la francophonie manitobaine. Selon lui, l’objectif doit aller plus loin : offrir directement des services en français, sans intermédiaire. Dans un monde idéal, on n’aurait pas besoin d’interprètes, avance-t-il, tout en reconnaissant leur rôle crucial à court terme.
Alors que la province réfléchit à renforcer son bilinguisme, une question demeure : peut-on réellement garantir un accès équitable aux soins sans investir davantage dans ce maillon essentiel? Car derrière chaque échange mal compris, ce sont parfois des droits, des décisions et des vies qui sont en jeu.


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