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Indissociable des activités du PàP de 1978 à 2014, directeur artistique du théâtre Denise-Pelletier jusqu’en 2025 et collaborateur de longue date du Centre des auteurs dramatiques (CEAD), le metteur en scène Claude Poissant était aussi auteur. Trois de ses pièces ont été publiées — Passer la nuit (Les herbes rouges, 1988), Si tu meurs, je te tue (Les herbes rouges, 1996) et Les enfants d’Irène (Dramaturges, 2000) —, mais l’homme a écrit ou participé à l’écriture d’une vingtaine de textes de théâtre, sans parler des traductions, des adaptations, des allocutions et même de quelques chansons.
À l’automne 2025, sous la houlette de Martin Faucher, de nombreux artistes et artisans ont rendu sur la scène du théâtre Denise-Pelletier (TDP) un vibrant hommage à Claude Poissant. Dans cette savante juxtaposition de bouleversants témoignages, il était surtout question du metteur en scène et du directeur artistique, de l’ami et du mentor. Un an plus tard, l’heure est venue de faire découvrir ou redécouvrir les écrits de Claude Poissant grâce à une série de mises en lecture intitulée Infiltrer les rêves.
Alexandre Cadieux, responsable du centre de documentation du CEAD et codirecteur artistique de l’événement, explique : « L’idée a germé dans l’esprit de Nicolas Gendron, conseiller artistique au TDP de 2017 à 2026. Rapidement et tout naturellement le CEAD et le PàP ont embarqué. Alors que Patrice Dubois s’est emparé de Si tu meurs, je te tue, une pièce à six personnages créée en 1993, et Benoît Vermeulen des Enfants d’Irène, un texte pour sept interprètes qui a vu le jour en 2000, Anna Sanchez va mettre en lecture le collage que nous avons réalisé Sarah Berthiaume et moi. »
Une pensée en marche
À partir de Passer la nuit, une pièce à six personnages créée en 1983 (justement à la salle Fred-Barry !), une ode à la nuit campée dans un bar enfumé, une sorte de portrait de génération, Berthiaume et Cadieux ont imaginés Dépasser la nuit, une courtepointe qui témoigne d’une volonté de faire dialoguer les écrits de Poissant avec le présent. « On a voulu que l’entreprise soit intergénérationnelle, explique Cadieux. Dans la construction de la partition aussi bien que dans sa mise en lecture, qui va prendre la forme d’un genre de cabaret littéraire, on a souhaité que soit jeté sur la matière textuelle un regard neuf, sans a priori, qu’on en effectue autrement dit une lecture contemporaine. »
« Une bonne partie des écrits de Claude ne sont pas publiés, précise Berthiaume. Si bien qu’il nous a fallu faire un collage au sens propre, à partir de photocopies de vieux tapuscrits plus ou moins lisibles. Ciseaux en main, on s’est donné beaucoup de permissions. On n’a pas fait les choses à moitié et on ne l’a pas regretté. C’était un véritable voyage dans la pensée en marche d’un homme et d’un artiste. Il en résulte une sorte de radiographie de son parcours, des balbutiements de la toute fin des années 1970, où on est vraiment dans la création collective, jusqu’en 2021, où il adapte La métamorphose de Kafka en transposant l’action dans le Québec de la fin des années 1950, à l’aube de la Révolution tranquille. »
Un collier de perles
Pour s’emparer des fragments glanés ici et là par Berthiaume et Cadieux, des textes destinés à la jeunesse aussi bien qu’aux adultes, des dialogues crus et d’autres tendres, des monologues peaufinés et d’autres, disons plus bruts, des chansons et même des déclarations faites par Poissant à la presse, on a choisi six interprètes parmi lesquels quatre « nouveaux venus » : Sarya Bazin, Delphine Bertrand, Catherine Larochelle, Jean-Moïse Martin, Pierre-Alexis St-Georges et Vladmir Victor.
S’il fallait trouver une constante dans cet ensemble pour le moins hétéroclite, Berthiaume penche pour le style. « C’est une langue très foisonnante, très visuelle, mais aussi très construite. Les dialogues de Claude sont percutants. Ses personnages sont souvent engagés dans une crise identitaire propre à la jeunesse et ils ont allègrement recours à des mots d’esprit, des piques assassines. » À en croire Cadieux, l’exercice du collage aurait permis de récupérer la moindre perle. « Il y a des textes qu’on aimait dans leur ensemble, mais qui s’effritaient dès qu’on essayait d’en retirer un morceau, généralement parce qu’ils reposaient sur les gestes et les accessoires. Mais on a pu saisir plusieurs petites merveilles, ici un court poème, là une brève chanson. Ce qui est très émouvant, en tout cas pour moi, c’est d’entendre dans tous ces personnages la voix distincte et inimitable de Claude. »


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