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Pour les 40 ans de Cerza, Le Pays d'Auge a suivi des employés du zoo. Pour le dernier épisode de cette série de cinq portraits, découvrez Frédéric Houssaye, chargé de conservation.
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Par Gregoire BELLIERE Publié le 25 août 2026 à 18h30
Il est de ceux que l’on pourrait écouter parler des heures durant. Un véritable passionné. Il serait comparable à l’éléphant, non pas par sa taille, bien qu’élancé, mais plutôt pour l’importance accordée à la défense : celle des espèces en voie de disparition.
Spécialiste des panthères du Sri Lanka, il connaît tout par cœur, sur cette espèce dont il gère la coordination à l’échelle internationale. « Je peux vous dire qu’il reste 88 panthères du Sri Lanka, réparties dans 40 parcs zoologiques. Je sais qui elles sont, qui sont leurs parents, leurs grands-parents, et c’est moi qui vais demander aux zoos de reproduire, ou pas, pour limiter la consanguinité. » Rien que ça.
Du petit train à la conservation
Pourtant, lorsqu’il arrive au Cerza en 2005, Frédéric n’est pas encore responsable de la conservation. Il y effectue d’abord un stage consacré à l’élevage des panthères en parc zoologique, dans le cadre de ses études.
À l’issue de son stage, il est embauché pour faire… un peu de tout. Animation, conduite du safari train, goûters avec les visiteurs, nettoyage du parc : ses premières journées sont bien loin des réunions internationales qu’il mène aujourd’hui. « Le matin, avec ma petite brouette, je ramassais les papiers, je faisais les vitres et l’après-midi je faisais des goûters et du safari. »
Puis Frédéric poursuit ses études en Angleterre et décroche un master en biologie de la conservation. Il part ensuite en Indonésie pendant plusieurs mois pour étudier les macaques noirs à crête, une espèce en danger critique d’extinction.

Les animaux, eux, ne l’ont jamais vraiment quitté. « Quand j’étais petit, je voulais un lion à la maison. Mais mes parents ont acheté des faisans. Ce n’est pas pareil. » dit-il, rieur. Depuis, Frédéric a finalement trouvé un compromis : travailler quotidiennement dans un parc où vivent des lions.
Penser à l’échelle d’une population
À son retour d’Indonésie, le Cerza lui propose un poste dédié à la conservation, qui n’existait pas encore sous cette forme. Depuis, ses missions n’ont cessé de s’élargir. Il gère notamment l’association de conservation du parc, qui soutient aujourd’hui 24 projets sur le terrain et leur reverse plusieurs centaines de milliers d’euros chaque année.
Il coordonne également des programmes d’élevage pour des espèces menacées. Pour les panthères du Sri Lanka, son rôle dépasse largement les frontières du Cerza. « C’est comme les LOF pour les chiens et les chats. Il y a un programme pour chacune des espèces menacées et c’est cette personne qui va dire aux zoos de reproduire, de ne pas reproduire, d’envoyer les animaux à droite ou à gauche. »

Une responsabilité qui explique aussi son rapport particulier aux animaux. « Le travail du soigneur, c’est de s’occuper de l’individu. Mon travail, c’est de m’occuper d’une population. »
Pour Frédéric, l’un des enjeux majeurs de son métier est justement de faire le lien entre les animaux présents dans les parcs et ceux qui vivent encore dans la nature. Cette année, le Cerza a ainsi lancé son premier projet de réintroduction en 40 ans.
Cinq aras élevés au parc sont partis en Argentine en avril, dans le cadre d’un projet mené avec l’association Rewilding Argentina. Après une période de quarantaine, ils ont rejoint une grande volière où ils doivent réapprendre certains comportements avant leur retour dans la nature.
Frédéric a suivi toute la préparation sanitaire et logistique du transfert. « L’État argentin nous dit : il faut que les oiseaux soient indemnes de ça, ça, et ça… Donc on a fait plein de tests, et lancé la procédure. » Aujourd’hui encore, il échange régulièrement avec les équipes argentines et suit l’évolution des oiseaux. « Et s’il reste une place dans l’avion pour assister à leur relâcher, je signe tout de suite », explique-t-il.
Un sujet complexe
Mais cette réintroduction rappelle aussi une réalité souvent méconnue : on ne peut pas simplement relâcher les animaux nés en captivité. « Pour réintroduire, il faut d’abord que l’habitat naturel soit là. Il y a plein de gens qui vont nous dire : « Relâchez tous vos animaux. » Mais s’il n’y a plus d’habitat, plus de forêt, plus de savane, plus de nourriture, ça ne sert à rien. »
D’autres projets sont également en préparation. « J’ai une deuxième espèce en tête ». Des analyses sont notamment menées, mais Frédéric n’en dira pas plus tant que le processus n’aura pas avancé.
Un combat global
C’est finalement toute la philosophie de Frédéric qui se retrouve derrière ces projets : utiliser les animaux présents dans les parcs pour contribuer, lorsque c’est possible, à la sauvegarde de leurs cousins sauvages.
Mais son travail ne s’arrête pas là. Il accompagne aussi les projets de conservation directement sur le terrain, en Inde, en Indonésie, au Pérou ou au Sri Lanka. Le Cerza soutient aujourd’hui 24 projets de conservation et a reversé, depuis la création de son association il y a vingt ans, environ un million d’euros à des programmes menés dans la nature. « Les gens ne savent pas forcément que les parcs zoologiques travaillent aussi beaucoup pour la conservation in situ, sur le terrain. Pas seulement en donnant de l’argent, mais aussi en donnant du conseil. »
Il cite notamment le travail mené à Madagascar par une association soutenue par plusieurs parcs zoologiques. Le Cerza accompagne également des structures à l’étranger sur des questions d’éducation et de sensibilisation. Car pour lui, la conservation passe aussi par les visiteurs. Avec environ 315 000 personnes accueillies chaque année, le parc dispose d’une capacité de sensibilisation considérable.
Convaincre sans fermer les yeux
Frédéric ne nie pourtant pas les critiques adressées aux parcs zoologiques. Il reconnaît même volontiers qu’un zoo reste « un milieu fermé ». L’objectif, selon lui, est donc de faire en sorte que les animaux puissent y exprimer des comportements naturels, avec des espaces suffisamment grands et des conditions adaptées.

Et s’il défend le modèle du Cerza, il ne cherche pas pour autant à fermer les yeux sur les dérives qui peuvent exister ailleurs. « Je sais qu’il y a d’autres parcs zoologiques qui n’ont pas forcément cet aspect-là. Et ce sont ces parcs zoologiques qui font du mal à la profession. »
Lorsqu’un parc ou un centre de soins le contacte pour obtenir des conseils sur les conditions d’hébergement ou la sensibilisation du public, il répond présent, même lorsqu’il ne travaille pas directement avec l’espèce concernée. Son idée est simple : faire évoluer les choses de l’intérieur.
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