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Pendant que les vacanciers profitent de la mer, eux restent prêts à appareiller en quinze minutes. Rencontre avec les bénévoles de la SNSM, en veille tout l’été… et toute l’année
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Par Sophie Quesnel Publié le 14 juil. 2026 à 21h20
L’été, certains consultent les horaires des marées pour choisir le meilleur moment où poser leur serviette. Eux les regardent avant de prendre rendez-vous chez le coiffeur. « Si ça sonne pendant qu’on me coupe les cheveux, je finirai le deuxième côté demain » annonce Jean-Claude Durand, vice-président de la SNSM de Dives-sur-Mer (Calvados).
La formule fait sourire. Pourtant, elle résume parfaitement la vie des sauveteurs bénévoles de la SNSM. Ici, impossible de décrocher vraiment. Le téléphone reste toujours à portée de main. Une intervention peut tomber à n’importe quelle heure, sept jours sur sept, été comme hiver.
Dans les locaux de la station, les combinaisons de survie sont suspendues, les sacs de secours prêts à être embarqués, les radios chargées. Tout est en ordre. Tout est prêt. Car lorsque le CROSS Jobourg déclenche une intervention, le compte à rebours commence.
« Quinze minutes après l’appel, le bateau doit être parti. Ça veut dire qu’il faut être habillé, à bord, la radio allumée et prêt à appareiller. »
À la SNSM, « il y a deux familles », explique le vice-président de la station. D’un côté, les nageurs sauveteurs saisonniers, employés par les communes pour surveiller les zones de baignade. De l’autre, les équipiers embarqués. Ceux qui interviennent bien au-delà des 300 mètres, par tous les temps, dès qu’une vie est en danger ou qu’un bateau est en difficulté.
« Nous, on est bénévoles. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, dès qu’il y a une personne ou une embarcation en difficulté, on part. Il n’y a pas d’arrêt. »
L’été est, sans surprise, la période la plus chargée. Depuis le début de la saison, la station a déjà réalisé dix-huit interventions et porté assistance à plus d’une trentaine de personnes.
Les grandes opérations spectaculaires restent rares. Le quotidien est souvent fait de plaisanciers tombés en panne, de kitesurfeurs emportés par le vent, de planchistes incapables de regagner la plage ou de baigneurs surpris par les courants.
« Il y a toujours le plaisancier du dimanche qui remet son bateau à l’eau en se disant : » Ça ira bien. « Sauf que l’entretien coûte cher, alors certains le repoussent… jusqu’au jour où ça tombe en panne. »
Il y a aussi ceux qui sous-estiment la mer.
Quelques jours plus tôt, un jeune dérive au large sur une petite planche, à Houlgate. Sa mère donne l’alerte. Son père plonge pour aller le chercher.
« Sauf qu’il nageait encore moins bien que son fils. Finalement, on est allés récupérer les deux. »
Une anecdote qui prête presque à sourire, si elle ne rappelait pas une réalité bien connue des sauveteurs : la mer ne pardonne pas l’improvisation.
« Les gens pensent toujours que la mer ne bouge pas. Ici, avec l’estuaire, les bancs de sable et les courants, Houlgate est l’une des plages les plus dangereuses de Normandie. »
Pour limiter les risques, les nageurs sauveteurs passent leurs journées à faire de la prévention. Au rythme des marées, ils déplacent les limites de la zone de baignade afin que les vacanciers restent dans le secteur le plus sûr.
« Le risque zéro n’existe pas. Mais si on faisait deux fois moins de prévention, on aurait beaucoup plus d’interventions. »
Au total, la station rassemble une trentaine de bénévoles, dont treize équipiers embarqués. Tous ne prennent pas la mer. Certains assurent l’entretien du matériel, d’autres tiennent les stands lors des manifestations nautiques ou participent à la collecte de fonds.
Car faire vivre une station de sauvetage a un coût. Plus de 80 % de son budget provient de financements privés, des dons, des adhésions, des ventes de produits dérivés et des subventions locales. Le sauvetage des personnes reste gratuit, mais les moyens nécessaires pour intervenir, eux, ne le sont pas.
Recruter de nouveaux équipiers devient d’ailleurs de plus en plus difficile.
« Il faut habiter près de la station, être disponible immédiatement, accepter de se former régulièrement… et tout ça, pour zéro rémunération. Quand les gens l’apprennent, ça calme un peu. »
Car derrière chaque sortie en mer, il y a des heures d’entraînement, d’entretien des bateaux, de recyclage aux premiers secours et d’exercices avec l’hélicoptère Dragon 76.
« Nous sommes des bénévoles, mais avec des gestes professionnels. »
Une exigence indispensable lorsque chaque minute compte.
Alors, pendant que les vacanciers profitent d’une journée en mer ou d’un coucher de soleil sur la plage, eux continuent de vivre au rythme des marées. Le téléphone reste chargé, posé sur la table. Il peut sonner au beau milieu d’un repas de famille, un dimanche, un 15 août… ou un 1er janvier.
Parce que, sur cette portion de côte, l’été est la saison des vacances pour beaucoup. Mais pour eux, c’est surtout celle où il faut être prêt à partir sauver des inconnus.
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