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Deux hommes ont été condamnés pour avoir contraint une personne vulnérable à les héberger chez elle, près d’Alençon. Ils organisaient leur trafic de drogue depuis son appartement.
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Par Romaric Larue Publié le 4 sept. 2026 à 18h03
« Ils ont squatté son logement, elle a été obligée de dormir avec deux hommes et deux chats dans un clic-clac », s’indigne Lucie Bougard, substitute du procureur. Deux hommes, âgés de 24 et 19 ans, étaient jugés devant le tribunal correctionnel d’Alençon, vendredi 4 septembre 2026, après avoir forcé une personne en situation de handicap à Damigny (Orne), près d’Alençon, à les héberger dans son appartement. Qu’ils ont transformé en repaire de stupéfiants pour organiser leur trafic.
Le point de départ de ce dossier : l’interrogatoire d’un homme entendu dans une autre affaire liée à la drogue. Celui-ci a indiqué qu’une « grande quantité de stupéfiants » se trouvait dans le logement de sa compagne.
Des squatteurs
Lorsque les policiers s’y sont rendus pour la perquisition, ils sont tombés sur deux hommes suspects. Interpellés, ils transportaient sur eux des sachets avec du cannabis.
Ces individus logeaient ici depuis une quinzaine de jours, hébergés par la locataire, l’un d’eux vivant sinon à la rue. En réalité, tout porte à croire que ce soi-disant service était contraint.
Les deux hommes, « frères de cœur », avaient investi la chambre de l’habitante, où elle n’avait plus le droit de mettre les pieds. « Ils se sont approprié sa chambre, se sont même accaparé tout le logement. Ils se croyaient chez eux. Ils ont installé leur trafic et un climat de terreur », a pointé du doigt Me Alexandra Girard, avocate de la victime.
Cuisiner du crack
La résidente a décrit aux enquêteurs un trafic orchestré : « Ils recevaient des appels et partaient après. Il y en avait toujours un qui restait à l’appartement. » Elle parle aussi d’une « forte odeur » récurrente d’ammoniac, utilisée pour fabriquer du crack. Au cours de la perquisition, les forces de l’ordre ont fait main basse sur du cannabis, de l’argent liquide, des sachets de conditionnement, des téléphones et des cartes SIM prépayées.
Peu loquaces à l’audience, les prévenus reconnaissent leur activité illicite. Leur business durait, disent-ils, depuis deux mois. Le plus âgé est considéré comme la « tête pensante ».
« Il achetait les plaquettes, faisait des photos et vidéos, découper la marchandise, la détailler dans des sachets, en garder une partie pour sa consommation et aller vendre le reste », a résumé Laurence Décimo-Bréant, présidente de l’audience.
L’homme était épaulé par le jeune de 19 ans, notamment pour les livraisons. Il utilisait également son compte bancaire pour les paiements par virement, son aîné étant sous curatelle renforcée, donc pas maître du sien.
Les prévenus étaient également poursuivis pour le vol de la télévision de leur hôte. Cette dernière devait à l’un d’eux une dette de cocaïne à hauteur de 200 €. Pour en régler une partie, ils lui auraient pris son téléviseur, selon eux, avec « son autorisation », pour le vendre à 30 €.
Le plus âgé était, en plus, soupçonné de dégradations. Impulsif, il a cassé un frigo, un micro-ondes, la porte du salon ou encore un carreau.
« Elle fait des cauchemars »
Présentée par son avocate comme une personne « vulnérable » et « influençable », la victime fait l’objet d’une mesure de curatelle renforcée. Affaiblie, elle est porteuse du syndrome de William-Beuren.
Elle garde aujourd’hui les stigmates de cet épisode : « Je suis beaucoup stressée. J’ai du mal à dormir, cette histoire défile sans cesse dans ma tête », a-t-elle témoigné aux juges. « Elle fait des cauchemars. Depuis, elle a été accueillie trois semaines à l’Esat à L’Aigle car elle avait peur en restant chez elle », a ajouté son avocate.
Les deux hommes avaient jusqu’ici un casier vierge. L’aîné, sans emploi, a un logement depuis peu. Dépendant à l’alcool et au cannabis, il a fumé jusqu’à « trente joints par jour ».
Lui aussi sous curatelle renforcée, il présente un léger retard intellectuel, et ne sait ni lire ni écrire. Mais, selon l’expert psychiatrique, il reste responsable de ses actes.
« Un point commun : leur vulnérabilité »
Le Parquet a requis douze mois de prison dont huit avec sursis contre lui. « On ne prend pas assez compte sa personnalité, notamment ses troubles. Son casier est vierge, il a respecté le contrôle judiciaire et essaie de s’en sortir en trouvant un logement », a défendu son avocate, Me Élodie Giard.
Son comparse consomme du cannabis depuis sept ans, de la cocaïne depuis un an. Il est sans emploi.
Douze mois de prison dont six avec sursis ont été demandés à son encontre. « Le point commun entre tous les protagonistes de cette affaire : leur vulnérabilité », a souligné Me Stéphanie Lelong, avocate du deuxième prévenu.
« C’est un jeune de 19 ans, qui n’est pas en mesure de donner son numéro de téléphone ou la profession de ses parents. » Selon elle, un travail d’intérêt général (TIG) lui « permettrait de s’insérer ».
Douze mois de prison avec sursis
Les deux hommes ont été reconnus coupables du trafic de stupéfiants mais relaxés pour le vol. Ils écopent de douze mois de prison avec sursis.
Le plus jeune devra effectuer 70 heures de TIG. Le plus âgé, lui, est aussi condamné pour les dégradations : il devra rembourser 270 € à la victime.
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