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En trois ans, le nombre de personnes en attente d’un examen par imagerie par résonance magnétique (IRM) a augmenté de plus de 50 000 au Québec. Une hausse marquée, qui s’explique notamment par une pénurie de technologues en imagerie médicale et par une demande accrue pour ces procédures, selon Santé Québec.
Les IRM servent entre autres à détecter certaines maladies, à diagnostiquer un cancer et à en préciser le stade, ou à aider à planifier le traitement.
Selon les chiffres de la société d’État, le nombre de Québécois en attente de cet examen est passé de 94 714 en décembre 2022 à 146 328 en décembre 2025. Cela représente une augmentation d’environ 55 %.
En 2025, près de 82 000 personnes patientaient depuis plus de trois mois, ce qui est considéré comme « hors délai ».
Selon le Dr Grégoire Bernèche, président de l’Association des radiologistes du Québec, les délais d’attente en IRM au Québec entraînent déjà des « catastrophes ». « Il n’y a pas une semaine qui passe sans que je voie un patient qui a attendu trois ou six mois, puis qui aurait dû être vu avant parce qu’il a un cancer, puis là, le cancer est trop avancé. »
Un retard pour obtenir un examen par IRM peut par ailleurs avoir un effet domino sur tout le parcours de soins, explique-t-il. « Si on veut savoir si notre chimiothérapie fonctionne pour notre cancer, tant qu’on n’a pas l’IRM, l’oncologue ne pourra pas agir sur le problème et changer le traitement, par exemple. »
Les médecins se sentent bien souvent « impuissants » face à l’attente des patients pour un examen par IRM, dit le Dr Normand Blais, président de l’Association des médecins hématologues et oncologues du Québec. « On demande les examens qui sont requis, et on attend notre tour. Puis on espère qu’ils ne vont pas se faire trop tard et que ça n’aura pas de conséquences sur la santé du patient. »
Attente éprouvante
Les délais d’attente peuvent aussi entraîner beaucoup de stress chez les patients. Cindy Mercier raconte d’ailleurs que les quelque 12 mois d’attente pour obtenir un examen par IRM pour son fils Nathan, âgé d’un an et demi, ont été éprouvants.
À la naissance, le bébé a manqué d’oxygène. « Trois mois après l’accouchement, on a commencé à voir des séquelles. Il n’utilisait pas son côté droit », relate la mère, qui vit en Beauce. En mars 2025, la famille a rencontré une neurologue au CHU de Québec–Université Laval. L’examen par IRM a alors été demandé dans un délai de trois mois ou moins.
Après environ un an d’attente, soit peu de temps après que Le Devoir eut posé des questions à l’établissement, Nathan a finalement pu être examiné. L’examen du bambin devait être réalisé sous sédation, ce qui nécessitait une équipe d’anesthésie et une surveillance supplémentaire, a expliqué le CHU de Québec–Université Laval. L’établissement a précisé avoir pris des mesures ces derniers mois pour réduire les délais pour ce type particulier d’IRM, notamment en ajoutant des plages horaires.
De son côté, Mme Mercier se dit « soulagée » que son fils ait finalement pu être examiné. L’année d’attente a toutefois été rude pour la famille. « Ça a engendré beaucoup de stress. On est allés voir plusieurs spécialistes pour nous aider. Donc, tu manques du travail, tu cours partout. »
Réseau sous pression
De façon générale, Santé Québec attribue notamment la situation actuelle en IRM à une « pénurie » de technologues en imagerie médicale. Elle dit travailler avec les ordres professionnels et les établissements de santé afin d’améliorer l’attractivité et la rétention de ces employés dans le réseau.
Au cours des dernières années, le nombre de technologues en imagerie médicale est resté relativement stable, autour de 5700 personnes, précise Lisa Fiset, porte-parole de la société d’État. Or, la demande d’IRM a augmenté, ce qui a accentué la pression sur les équipes. Cette hausse des requêtes s’expliquerait entre autres par le vieillissement de la population et l’évolution des pratiques médicales.
Les établissements priorisent toutefois les examens d’imagerie selon la gravité des cas afin d’éviter des conséquences importantes, notamment pour les cancers, affirme Santé Québec.
Une « question de volonté » ?
Durant la pandémie de COVID-19, les listes d’attente pour avoir un examen en IRM avaient aussi explosé au Québec, rappelle le Dr Grégoire Bernèche. « On a été capables de réabsorber de gros volumes. Et on pourrait encore le faire aujourd’hui. C’est vraiment juste une question de volonté de la part de Santé Québec », souligne-t-il.
Durant la crise sanitaire, Québec avait encouragé les établissements à recourir davantage au privé pour réduire les listes d’attente en imagerie, fait notamment valoir le médecin.
Actuellement, des ententes avec des laboratoires privés sont fréquemment utilisées pour répondre à la demande, indique Santé Québec. Mais, selon le Dr Bernèche, cette approche devrait être employée de façon plus soutenue pour désengorger le réseau. « Évidemment, le but est d’optimiser le système public avant. Il y a entre autres énormément d’équipements brisés ou désuets qui n’ont pas été remplacés », dit-il.
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