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Il y a 25 ans à Bayeux, Madame Tallien faisait flamber les enchères

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Il y a 25 ans, le lundi de Pâques, le 16 avril 2001, une toile du Baron Gérard faisait flamber les enchères à Bayeux. Le marteau de Régis Bailleul tombait à 5,8 millions de francs.

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Régis Bailleur a finalement laissé tomber le marteau à 5,8 millions de francs.

Régis Bailleur a finalement laissé tomber le marteau à 5,8 millions de francs pour cette toile du Baron Gérard représentant Thérèse Tallien. ©Frédéric Leterreux

Par Frédéric Bourgeois Publié le 19 avr. 2026 à 9h55

Il y a 25 ans, le lundi de Pâques, le 16 avril 2001, une toile du Baron Gérard, représentant Thérèse Tallien, faisait flamber les enchères à Bayeux (Calvados). Le marteau de Régis Bailleul tombait à 5,8 millions de francs. Près de 900 000 euros. Avant que le musée Carnavalet fasse valoir son droit de préemption…

« Détendez-vous, il fait beau, cela va bien se passer… » En ce lundi de Pâques, le lundi 16 avril 2001, debout sur l’estrade, marteau à la main, le commissaire priseur bayeusain Régis Bailleul, déjà associé à Agnès Nentas, détend l’atmosphère.

Sagement, le public attend patiemment avant de prendre place pour assister à la vente de Pâques, organisée exceptionnellement dans les salons du Novotel de Bayeux.

Histoire d’échauffer le marteau avant le fameux lot 38, quelques belles pièces sont mises à l’encan. Tout d’abord avec une œuvre de Jan Bruegel Le Vieux et Denis Van Asloot, représentant « Céphale et Procris », adjugée à 200 000 francs. Les enchères étaient parties à 80 000 francs.

D’autres tableaux dépassent la barre de 50 000 francs, comme une jeune cuisinière plumant une oie, attribuée à Pesne (59 000 francs), l’intérieur d’un atelier de sculpteur de Thomas (90 000 francs), l’arche de Noé de Coignet (70 000 francs), ou bien encore un palais attribué à Lambert pour 60 000 francs.

2,17 m de haut

Une pièce unique parmi les 80 portraits peints par le Baron Gérard.

Une pièce unique parmi les 80 portraits peints par le Baron Gérard. ©Frédéric LETERREUX

Mais le moment le plus attendu est l’apparition du portrait en pied de Madame Tallien. Un tableau de 2,17 m de haut ! On peut même dire que la très nombreuse assistance retient son souffle quand elle arrive devant l’estrade. Thérèse Tallien n’a rien perdu du charme qu’elle avait quand le Baron Gérard l’a immortalisée sur la toile en 1804.

« C’est une pièce unique parmi les 80 portraits réalisés par l’artiste », souligne un expert. Jusqu’à son arrivée dans le Bessin pour la vente pascale, le tableau était accroché dans un château en Belgique. Au-dessus de la cheminée. C’est dire la hauteur sous plafond…

La tension est palpable dans la salle, compte tenu de l’enchère attendue. Certains évitent de se gratter la tête, au risque de repartir avec une toile qui ne rentre pas dans le coffre de la voiture et surtout un très gros chèque à signer…

Une dizaine d’années plus tôt, une toile de Claude Monet avait déjà fait flamber les enchères à Bayeux.

Démarrées à trois millions de francs, les enchères (avec quelques appels téléphoniques de l’étranger), montent vite à quatre millions, puis cinq. Régis Bailleur laisse finalement tomber le marteau à 5,8 millions de francs. Sous les applaudissements d’une salle pleine à craquer qui avait retenu son souffle jusque-là !

Avec madame Récamier

Comme cela arrive parfois en pareil cas, un musée a fait usage de son droit de préemption. Pour un prix identique à l’issue de la plus forte enchère. Jean-Marc Léri, directeur du Musée Carnavalet de Paris, présent dans la salle, a indiqué immédiatement que le musée parisien préemptait.

Bertrand Delanoé, fraîchement élu maire de Paris trois semaines plus tôt, souhaitait que Madame Tallien rejoigne madame Récamier sur les cimaises du célèbre musée.

« Une bonne chose pour le patrimoine de la France »

Jean-Marc Léri, directeur du Musée Carnavalet de Paris, présent dans la salle, avait usé du droit de préamption.

Jean-Marc Léri, directeur du Musée Carnavalet de Paris, présent dans la salle, avait usé du droit de préamption. ©Frédéric LETERREUX

Quelques instants après l’adjudication, Jean-Marc Léri se félicitait de voir le tableau du Baron Gérard revenir sur les bords de la Seine : « Je regrette qu’il quitte la Belgique, mais c’est une bonne chose pour le patrimoine de la France. »

Le directeur du Musée Carnavalet estimait en outre que « Madame Tallien est un personnage important dans l’histoire de Paris. Elle a joué un grand rôle dans la Révolution, après et pendant l’Empire. Emprisonnée, elle a sauvé de nombreuses personnes ».

Jean-Marc Léri avait également ajouté : « Bonaparte a connu Joséphine à l’occasion d’une réception donnée chez Madame Tallien. En plus de la beauté et de la qualité du tableau, ce personnage a fait des choses extraordinaires dans sa vie. Cette œuvre réalisée par un personnage éminent de l’art français a autant une valeur artistique qu’historique. C’est pourquoi je préfère voir ce tableau dans un musée français que dans la villa d’un milliardaire de Palm Springs. »

« Notre-Dame de Thermidor »

Thérésa Cabarrus, plus connue sous le nom de Madame Tallien, est née le 31 juillet 1773 dans un village situé près de Madrid, en Espagne.

Aristocrate, fille d’un richissime financier franco-espagnol, Thérésa Cabarrus adhère aux idées des « Lumières », mais quand les Jacobins instaurent la Terreur, elle doit fuir Paris.

En 1793, elle se réfugie à Bordeaux dans sa famille. Comme nombre de ses amis girondins, elle est arrêtée et emprisonnée dans des conditions difficiles. Elle a parfois les rats comme compagnons de cellule… Jean-Lambert Tallien, représentant de la Convention à Bordeaux, qu’elle a demandé à rencontrer, la fait libérer.

Conspiration contre Robespierre

En juillet 1794, soupçonné d’avoir une attitude un peu « molle » par rapport au climat ambiant, Tallien est convoqué à Paris et Thérésa est arrêtée. Alors qu’elle va être guillotinée, elle exhorte son amant à agir, le traitant de « lâche ». Il se décide alors à entrer dans une conspiration qui se dessine contre Robespierre. Rien que ça… En juillet 1794, Tallien prend une part décisive à l’Assemblée dans l’affrontement qui fait tomber le grand révolutionnaire. Thérésa prend le surnom de « Notre-Dame de Thermidor ».

Elle devient par la suite la compagne de Barras, l’homme fort du Directoire, le nouveau régime. Dans son château, elle tient un salon où se pressent les artistes et les muses proches du pouvoir, Joséphine de Beauharnais, et Juliette Récamier, entre autres.

Trop de sang sur les mains

Elle rejette les faveurs galantes d’un jeune officier, Napoléon Bonaparte, lui préférant Ouvrard, le richissime fournisseur des armées. En juin 1795, 754 royalistes sont fusillés sur ordre de son mari. Madame Tallien n’aime plus cet homme qui, selon elle, « a trop de sang sur les mains ! »

Avant la Restauration, malgré son passé d’égérie révolutionnaire, elle épouse en 1805 un fervent monarchiste, le prince de Chimay. Preuve que l’argent n’a pas d’odeur…

« Je te défends de voir madame Tallien… »

Le coup d’État du 18 brumaire met néanmoins un terme à la carrière publique de Thérésa. Bonaparte, devenu Napoléon 1er, n’a pas la mémoire courte. Il ne l’admet pas à sa cour, ni sous le Consulat, ni sous l’Empire. Il écrit un jour à Joséphine : « Je te défends de voir madame Tallien, sous quelque prétexte que ce soit. Je n’admettrai aucune excuse. Si tu tiens à mon estime, ne transgresse jamais le présent ordre ». Devenu empereur, il lui refuse une invitation pour le bal des Tuileries, en donnant pour raison qu’elle avait « eu deux ou trois maris et des enfants de tout le monde ».

Thérèse Tallien est décédée le 15 janvier 1835 au château de Chimay, en Belgique. À sa manière, deux cents ans plus tard, elle est aussi entrée dans l’histoire (de l’art) à Bayeux.

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