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«Il m’est impossible de me regarder à l’écran » : Bill Nighy (Love Actually) se confie sur ses débuts timides et ses rôles cultes

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INTERVIEW - La star a présenté en clôture du festival Canneséries sa nouvelle série California Avenue. Le comédien anglais a régalé les journalistes d’anecdotes romanesques.

Pour le grand public, qui l’a découvert en rockeur narcissique dans Love ActuallyBill Nighy restera à jamais l’exemple du gentleman anglais imprévisible et excentrique. À 76 ans, le comédien britannique continue d’enchaîner les tournages et les projets. Il a illuminé, mardi, la cérémonie de clôture de Canneséries, en venant présenter la comédie familiale douce-amère California Avenue, dans laquelle il joue un grand-père fantasque. Produite par la BBC, la série cherche encore un diffuseur en France. Cela n’a pas empêché Bill Nighy de régaler d’anecdotes romanesques les journalistes français. Généreux et modeste, le natif du Surrey, volontiers taquin, est un conteur né.

TV MAGAZINE. - Vous êtes à Canneséries pour présenter California Avenue , le récit semi-autobiographique de l’enfance de son créateur Hugo Blick dans l’Angleterre des années 70. Qu’est-ce qui vous a plu dans le rôle de Jerry, ce grand-père, qui vit à la marge ?
Bill Nighy. Je suis tombé amoureux de cette histoire drôle et romantique, qui ne cochait aucune des cases habituelles, et dont les références culturelles, exigent d’avoir plus de 50 ans pour les comprendre ! Hugo Blick a eu une enfance peu banale et a vécu chez ses grands-parents. Il suit des êtres ordinaires et droits, qui essaient de garder le cap dans des circonstances économiquement et émotionnellement difficiles. Nos personnages ont le droit de discuter de choses triviales, de regarder la télé. Libérer les droits des émissions en question n’a d’ailleurs pas été aisé, ni bon marché. En outre, j’adore Helena Bonham Carter, qui campe mon épouse dans California Avenue. C’est la deuxième fois que nous sommes mariés à l’écran, mais cette fois ça se termine mieux, et en plus nous vivons dans une caravane ! Que demander de plus ?

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Êtes-vous impatient de monter les marches et de voir la série projetée dans l’auditorium Lumière, qui abritera dans 15 jours le Festival de Cannes ?
Je le dis, en dehors de toutes contraintes promotionnelles : California Avenue est le projet le plus spécial de ma carrière. Mais il m’est impossible de me regarder sur écran. Je ne resterai pas dans la salle : j’irai boire un verre en attendant ! Cela m’enlève tout plaisir de me voir jouer. Sans doute, ai-je une mauvaise vision de moi-même. Ma voix, ma performance me semblent déformées. Je vois tous les petits défauts. Quand je fais du doublage pour la postsynchronisation, je leur demande de ne pas me passer les images.

Avec Helena Bonham Carter, dans California Avenue. BBC

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Jerry est un personnage excentrique de plus dans une filmographie qui en fourmille (Love Actually, Emma, Good Morning England ). Vous avez un attrait particulier pour ce type de rôle ?
L’excentricité est un excellent cheval de Troie pour le jeu. Je n’aime pas les performances spectaculaires. Je veux pouvoir garder ma voix, plutôt que de m’échiner à prendre un accent qui n’est pas le mien. Je suppose que c’est une forme d’insécurité. J’ai tellement souvent l’impression de ne pas être à la hauteur mais j’adore pouvoir faire rire le public. C’est le Graal.

Vous n’êtes pas un enfant de la balle. Comment vous est venue votre vocation d’acteur ?
Cela m’a pris du temps d’accepter que je fusse devenu un acteur professionnel. Je me suis inscrit à une école de théâtre parce que j’avais rencontré une fille, qui suivait, elle-même des cours. Cette romance a été brève, mais j’étais fou d’elle. J’y suis allé lui faire plaisir. Puis, j’y suis resté faute de plan B. J’étais nul à l’école. J’avais fugué très tôt avec un copain. On avait 15 ans et nous voulions nous rendre dans le Golfe persique, dont la forme était très jolie sur une carte. On ne se posait pas plus de questions. Notre périple s’est arrêté à Marseille. Nous n’avions pas d’argent, nous avions faim et étions effrayés par les gens qui traînaient sur les quais du port. Alors, nous avons contacté le consulat. Il m’a fallu deux ans pour rembourser à mon père les 20 livres qu’avait coûtés mon rapatriement. Plus âgé, je me suis installé à Paris pour écrire, j’avais la tête pleine de clichés romantiques. Je dévorais les ouvrages d’Ernest Hemingway, F. Scott Fitzgerald, Ford Maddox Ford, James Joyce.

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Y a-t-il un rôle qui a changé votre façon de jouer?
Il m’a fallu dix ans pour avoir le cran de jouer face à une caméra. J’ai passé mes premières années de carrière à être très complexé. Je n’arrivais pas à me résoudre à faire quoi que ce soit sur scène. Je peignais les décors de la troupe, je conduisais la camionnette… Je me contentais de petits rôles en espérant que les spectateurs prendraient ma gêne pour une grande profondeur intérieure. Puis,j’ai rencontré le dramaturge Ken Campbell, connu pour son théâtre expérimental. Il ne faisait jamais de répétition. Il m’a jeté sur scène et sous sa direction nous avons fait un spectacle de huit heures. J’y tenais seize rôles différents : un garde-frontière sibérien, un ambassadeur chinois, un habitant du Yorkshire, qui avait aperçu une soucoupe volante. Ma peur s’est évaporée, j’étais forcé de jouer et j’ai compris que j’en étais capable. Moi qui adorais me disqualifier d’office, j’étais stupéfait ! Je dois aussi beaucoup au réalisateur David Hare, qui m’a offert mes premiers rôles principaux. Ce que personne d’autre que lui n’était disposé à faire.

En 2003, vous campez le rockeur loser sur le retour de Love Actually , Billy Mack. À 54 ans, vous rentrez dans la pop culture et dans la conscience collective.
Je trouvais le rôle superbe, mais je n’aurais jamais imaginé un tel impact ! Quand je sortais dans la rue, tous les gamins du quartier me courraient après. Ils reprenaient mes répliques et criaient : « Hé, les enfants, n’achetez pas de drogue. Devenez une rock star et on vous les donnera gratis ». J’imagine que ma nécrologie inclura cette phrase aussi ! La notoriété de ce rôle m’a aidé de manière surprenante : à obtenir mon visa de travail pour les États-Unis en un temps record ou passer les contrôles d’immigration pour entrer sur le territoire américain. L’agent m’a sorti cette phrase et je ne savais plus où me mettre ! Je suis un homme très chanceux d’avoir pu jouer dans plusieurs films devenus culte : Love Actually, Il était temps ou Pirates des Caraïbes. Sur ce dernier projet, je n’avais pas compris que j’allais travailler avec un uniforme de capture de mouvement. J’attendais dans ma loge qu’on me donne un beau costume et je me suis retrouvé avec un pyjama et une calotte couverte de capteurs (rire). Je faisais peine à voir alors que je devais jouer la créature la plus effrayante de l’océan !

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Films, séries et même clip musical pour Florence + The Machine , vous ne vous arrêtez jamais ! Êtes-vous un éternel curieux ?
Il n’y aurait pas beaucoup de gens avec qui je tournerai dans un clip pop. Mais j’adore Florence Welsh que je connais bien. Elle est extraordinaire, à l’image de sa collaboration avec la cinéaste Autumn de Wilde, qui a signé ses vidéos, ses photos de disque. Je veux rester ouvert aux nouvelles expériences et opportunités.

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