«Du temps que la Nature en sa verve puissante/Concevait chaque jour des enfants monstrueux,/J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante, /Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.» En contemplant certains tableaux de la peintre Anne Loch (1946-2014), au Zentrum Paul Klee, on retrouve quelque chose de la sensualité et des sensations qu’évoque le célèbre sonnet de Baudelaire. En particulier devant ces pétales plus grands que des mains; face à ces froissements, ces plis et ces dentelles immenses et désordonnés mais qui s’organisent tout de même en ombres et couleur éclatante, en nuances de noirs et de rouge sang, en tourbillons chiffonnés qui mènent au centre de cette corolle colossale. On se sent aspiré vers le cœur secret de cette pivoine énorme, exposée en trois exemplaires qui occupent tout un pan de mur: les toiles qui représentent ces géantes rouges sont plus hautes – 2,2 mètres – et plus larges – 1,8 mètre – que vous.
C’est la première découverte que l’on fait au Zentrum Paul Klee: pour voir vraiment la peinture d’Anne Loch, il faut être en face d’elle. Debout. Il faut éprouver en personne sa monumentalité, prendre la mesure de l’échelle que l’artiste a choisie, celle qui donne à une fleur les dimensions d’un arbre, si bien que la fleur en devient presque monstrueuse. Son gigantisme et sa vigueur renvoient aux gestes de l’artiste, au corps de celle qui peint qu’on imagine totalement engagé. Ne se fait-elle pas prendre elle-même en photo devant ses roses énormes, devant ses fleurs formidables qu’elle reproduisait en nuances de jaune, de rose vif, de blanc, d’orange sur fond de feuilles ou de ciel?


11 hour_ago
14























.jpg)






French (CA)