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"Ici, on a le droit de faire du bruit" : à Montpellier, ces séances de cinéma pas comme les autres

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Des rires, des voix et quelques allées et venues : au cinéma Nestor Burma de Montpellier, les séances Ciné Relax accueillent chacun à son rythme.

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Au cinéma Nestor Burma de Montpellier, Ciné Relax permet aux personnes en situation de handicap et à leurs proches de profiter d'un film sans craindre les regards.

Au cinéma Nestor Burma de Montpellier, Ciné Relax permet aux personnes en situation de handicap et à leurs proches de profiter d’un film sans craindre les regards. (©Métropolitain / LP)

Par Léa Pippinato Publié le 20 oct. 2026 à 6h10

« Mais maman, pourquoi les autres enfants ont le droit d’aller au cinéma et pas moi ? » Cette question, Lucas, 9 ans, l’a posée à sa mère après qu’une spectatrice lui a demandé de se taire pendant un film. Atteint d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), le garçon peine parfois à rester assis et silencieux durant toute une projection. Depuis, sa famille a trouvé une alternative au cinéma Nestor Burma, dans le quartier de Celleneuve, à Montpellier.

Ce dimanche 18 octobre 2026, à 16 heures, petits et grands se retrouvent pour une nouvelle séance Ciné Relax, autour du film Le Corset. Ici, les réactions spontanées ne suscitent ni reproches ni regards désapprobateurs. Une liberté qui change beaucoup de choses pour les personnes en situation de handicap et leurs proches.

Une sortie en famille longtemps impossible

À l’origine de cette initiative montpelliéraine, il y a notamment l’expérience personnelle de Fabienne Desmons, mère de trois enfants, dont Noé, aujourd’hui âgé de 22 ans et autiste. Pendant longtemps, les sorties au cinéma ont représenté un véritable casse-tête pour cette famille de cinq personnes. Le jeune garçon avait besoin de se déplacer, de quitter la salle puis d’y revenir à son rythme, des habitudes difficiles à concilier avec les exigences des projections traditionnelles.

« Ce qui était très compliqué, c’était surtout le regard des gens », confie l’organisatrice, qui se souvient aussi du malaise ressenti par ses deux autres enfants face aux réactions du public. Faute de solution, les parents se répartissaient les rôles : l’un accompagnait le frère et la sœur au cinéma, tandis que l’autre restait à la maison avec Noé. « Moi, je voulais qu’on aille au cinéma tous ensemble. »

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C’est cette frustration qui l’a poussée à développer localement un dispositif né à Paris en 2005, à l’initiative de parents confrontés aux mêmes difficultés. D’abord baptisé Ciné-ma différence, le projet s’inspire des séances destinées aux bébés, où les pleurs et les déplacements sont acceptés. Le principe repose sur une idée simple : adapter les conditions de projection plutôt que demander à chaque spectateur de se conformer aux mêmes règles.

Une salle où chacun trouve sa place

À Nestor Burma, l’expérience commence avant même le lancement du film. À l’entrée, des bénévoles vêtus de gilets bleus accueillent les familles et expliquent les particularités de la séance aux nouveaux venus. Les spectateurs sont prévenus : certains pourront parler, rire, se lever ou sortir temporairement. Le dispositif reste ouvert à tous, sans distinction d’âge ou de handicap.

Avant chaque projection, l'équipe informe les spectateurs des particularités de Ciné Relax et répond aux questions des familles.

Avant chaque projection, l’équipe informe les spectateurs des particularités de Ciné Relax et répond aux questions des familles. (©Métropolitain / LP)

« C’est pour les personnes qui ne sont pas en mesure de respecter les codes attendus au cinéma, c’est-à-dire rester immobile et silencieux pendant une heure et demie », précise Fabienne Desmons. Les personnes autistes ne sont donc pas les seules concernées. Des spectateurs porteurs de trisomie, de troubles cognitifs ou de la maladie d’Alzheimer peuvent également profiter de ces projections, au même titre que les familles sans besoin particulier.

"C’est pour les personnes qui ne sont pas en mesure de respecter les codes attendus au cinéma, c’est-à-dire rester immobile et silencieux pendant une heure et demie"

Pour limiter les sources d’inconfort, plusieurs ajustements sont prévus. Le son est moins fort, les lumières s’éteignent progressivement et peuvent être rallumées si quelqu’un éprouve une angoisse. Publicités et bandes-annonces disparaissent également du programme, afin d’éviter une attente trop longue avant le film. Même l’horaire de départ compte : quelques minutes de décalage peuvent perturber les personnes qui ont besoin de repères précis.

Mais pour la responsable, le changement le plus important reste l’atmosphère générale. « Comme le principe, c’est d’être accueilli de façon bienveillante et chaleureuse et que personne n’ait le droit de critiquer, souvent, finalement, les personnes concernées sont assez sereines. » Sans la crainte permanente de déranger, les parents se détendent aussi, ce qui peut contribuer à apaiser leurs enfants.

Des gilets bleus pour veiller sur les spectateurs

Dans la petite salle de Celleneuve, trois à cinq volontaires assurent l’accueil et restent disponibles tout au long de la projection. Leur présence rassure notamment les parents dont les enfants ont besoin de circuler. Certains se placent près des escaliers ou des sorties pour éviter qu’un jeune spectateur ne se retrouve dehors sans accompagnement.

Les films familiaux sont souvent privilégiés afin de proposer des histoires accessibles à des spectateurs d'âges et de sensibilités variés.

Les films familiaux sont souvent privilégiés afin de proposer des histoires accessibles à des spectateurs d’âges et de sensibilités variés. (©Métropolitain / LP)

« Si une famille vient avec un enfant neuroatypique et la fratrie, et que l’enfant a besoin de sortir, on peut demander à une bénévole de s’asseoir avec les frères et sœurs », détaille Fabienne Desmons. Une aide discrète, mais précieuse pour les familles qui souhaitent profiter du film ensemble.

Cette organisation repose sur un partenariat entre le cinéma municipal et l’association Sésame Autisme Occitanie-Est. Les projections ont lieu chaque troisième dimanche du mois, au tarif unique de 3,50 euros.

« Pour une fois, j’ai pu rigoler autant que j’aime »

Au fil des années, les bénévoles ont vu des spectateurs prendre confiance, parfois jusqu’à pouvoir fréquenter les salles ordinaires. Noé, le fils de Fabienne, en est un exemple. Lors de ses premières visites, il ne tenait pas plus de dix minutes devant l’écran. Progressivement, il a réussi à rester une heure et demie, soit la durée d’un film entier.

« On a vu les enfants évoluer », se réjouit sa mère, qui tient toutefois à rappeler que l’objectif n’est pas de leur apprendre à rester sages. « Le but, c’est de passer un bon moment. » Pour certains, la découverte d’un cadre rassurant facilite ensuite l’accès aux projections classiques, parfois avec un casque antibruit.

Sylvie, venue avec sa fille Mélina, 25 ans, connaît bien ces difficultés. Plus jeune, cette dernière parlait beaucoup pendant les films, sans toujours parvenir à baisser la voix. Sa mère se rappelle une spectatrice qui leur avait adressé plusieurs « chut » lors d’une sortie au cinéma. Une expérience désagréable qui les avait poussées à chercher une solution plus adaptée.

Les établissements médico-sociaux peuvent également accompagner des groupes d'adultes lors des projections.

Les établissements médico-sociaux peuvent également accompagner des groupes d’adultes lors des projections. (©Métropolitain / LP)

« Mélina était très bavarde, très pipelette, et du coup elle parlait à haute voix », raconte Sylvie, dont la fille fréquente le dispositif depuis ses débuts. Aujourd’hui, la jeune femme est plus calme et peut aussi assister à des projections traditionnelles. Elle utilise parfois un casque pour atténuer le son. Les deux habituées, qui habitent à proximité du Nestor Burma, apprécient toujours ce rendez-vous de quartier.

Sophie, elle, a découvert Ciné Relax avec Lucas, 9 ans, et sa petite sœur Emma, 6 ans. Pour cette mère de famille, les premières séances ont surtout permis de retrouver une certaine tranquillité. « La première fois, j’étais encore un peu stressée. Je lui répétais de rester tranquille, par habitude », se souvient-elle. Lorsque son fils s’est levé pour se dégourdir les jambes, elle a constaté que personne ne semblait gêné. « Je crois que c’est là que j’ai commencé à me détendre. »

Désormais, les deux enfants attendent ces sorties avec impatience. Lucas connaît ses habitudes et tient même à choisir les sièges, « ni trop près, ni trop loin » de l’écran. Lors d’une précédente projection, il avait encouragé le personnage principal à voix haute, comme devant un match de football. Sa sœur lui avait alors rétorqué : « Lucas, il peut pas t’entendre, il est dans l’écran ! » Une remarque qui avait déclenché un fou rire familial.

Ces réactions spontanées font aussi le charme de ces rendez-vous. Fabienne se souvient d’une spectatrice qui, après une comédie, avait confié : « Pour une fois, j’ai pu rigoler autant que j’aime ! » D’ordinaire, elle retenait ses éclats de rire par peur de déranger. Une autre fois, un petit garçon avait ri presque sans interruption pendant le film, jusqu’à entraîner toute la salle dans son hilarité.

Les prochains rendez-vous à Montpellier

Les séances Ciné Relax se poursuivent au cinéma Nestor Burma, situé au 2, rue Marcellin Albert, dans le quartier de Celleneuve à Montpellier. Organisées une fois par mois, elles sont ouvertes à tous les publics, avec ou sans handicap, au tarif unique de 3,50 euros. Les projections bénéficient d'un son réduit, d'un éclairage adapté et de la présence de bénévoles pour accompagner les spectateurs.

Deux prochains rendez-vous sont déjà annoncés : le dimanche 29 novembre 2026 avec Le Noël d'Ernest et Célestine, suivi d'un goûter, puis le dimanche 13 décembre à 16 heures avec Le Mystère Lucy Lost. Le programme et les horaires sont à retrouver sur le site du cinéma Nestor Burma.

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