Le cofondateur du fabricant américain de serveurs Super Micro Computer, accusé d'avoir orchestré le détournement vers la Chine de serveurs intégrant des puces d'intelligence artificielle Nvidia en violation des contrôles américains à l'exportation, a été inculpé jeudi par un procureur de New York.
Yih-Shyan "Wally" Liaw, qui siège au conseil d'administration de Super Micro, et un courtier proche de lui, ont été arrêtés jeudi en Californie, tandis que le directeur général du bureau de l'entreprise à Taïwan est en fuite, selon le communiqué de presse d'un procureur fédéral de New York, Jay Clayton.
Les trois hommes sont poursuivis pour "conspiration en vue de violer la loi américaine sur le contrôle des exportations", ainsi que pour contrebande et fraude contre les États-Unis.
Super Micro, qui n'est pas mise en cause dans l'enquête, a vu son titre chuter de plus de 11% dans les échanges électroniques après-bourse. La société de San José, au cœur de la Silicon Valley, constitue un des fournisseurs clés de la construction des centres de données pour l'IA dans le monde.
Un préjudice de 2,5 milliards de dollars
L'entreprise a annoncé, dans un communiqué, avoir mis ses deux collaborateurs en congé, assurant être "pleinement engagée à respecter l'ensemble des réglementations américaines en matière de contrôle des exportations".
Selon l'acte d'accusation, les prévenus ont utilisé une société écran en Asie du Sud-Est pour acheminer vers des clients chinois des serveurs assemblés aux États-Unis et équipés de puces Nvidia B200 et H200, pour un montant total d'au moins 2,5 milliards de dollars depuis 2024.
Ces exportations contrevenaient aux restrictions imposées par Washington, qui invoque un risque que ces technologies de calcul avancé soient utilisées à des fins militaires. Ces montages frauduleux "génèrent des milliards de dollars de profits illicites et constituent une menace directe pour la sécurité nationale américaine", a déclaré le procureur Jay Clayton.
Les autorités singapouriennes également sur le coût
Selon l'acte d'accusation, M. Liaw écrivait, le 17 janvier 2025 à son intermédiaire : "Nous pouvons vous expédier vos 512 serveurs B200 d'ici février. Dépêchons nous avant le 13 mai !", date d'entrée en vigueur d'un durcissement des restrictions américaines, décidées par l'administration du président Joe Biden et confirmées par son successeur Donald Trump.
En mars 2025, les autorités singapouriennes avaient révélé enquêter sur des serveurs Super Micro expédiés vers Singapour puis réacheminés vers la Malaisie, destination finale inconnue. L'accès des entreprises chinoises aux semi-conducteurs américains reste un enjeu stratégique de premier plan.
Cette semaine, le patron de Nvidia, Jensen Huang, a annoncé la reprise de la production de puces H200 pour honorer des commandes chinoises, dans le cadre d'un accord négocié avec l'administration Trump.


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