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La scène d’ouverture à Holyrood Palace en 2019 plonge directement dans le sujet tragi-comique. John Davidson, qui vit depuis des décennies avec le syndrome de Gilles de la Tourette, fait partie des sujets écossais honorés de l’Ordre de l’Empire britannique par la reine Élisabeth II.
Tous les invités ont revêtu leurs plus beaux atours pour la cérémonie solennelle. L’« ambassadeur du syndrome » hésite à rejoindre l’assemblée des héros du jour et leurs proches. Sa marraine le convainc et l’accompagne dans la grande galerie cérémonielle. Et alors que John Davidson rejoint sa place, il lâche à tue-tête un gros, un immense, un incroyable : « Fuck the Queen ! »
Il faut l’écrire comme c’est dit et si le mot choque, aussi bien ne pas regarder ce film bien intitulé I Swear (devenu Plus fort que moi, au lieu du plus fidèle Je jure), un portrait bourré de jurons et de gestes autrement vulgaires. Toutes les références sexuelles y passent et ce héros du quotidien confronté à des difficultés pour le moins extraordinaires ne peut pas préparer une tasse de thé sans annoncer que le lait a été remplacé par un fluide corporel.
John Davidson existe et on le découvre en vrai pendant le générique. Quand le réalisateur Kirk Jones (What to Expect When You’re Expecting, 2012) l’a rencontré pour la première fois, son inspiration lui a balancé : « On couche ensemble ? »
Le résultat de leur collaboration atypique raconte la vie de cet humain hors norme, du moment où il découvre la malchance qui lui tombe dessus au début de son adolescence jusqu’à son implication sociale pour faire connaître et respecter de tous sa condition. Il s’agit bel et bien d’un biopic on ne peut plus conventionnelle autour d’une ixième histoire de résilience. Le sujet à la fois comique et dramatique n’en demandait ni plus ni moins.
Les tics de gestes et de paroles jalonnent le récit et multiplient les effets parfois amusants, souvent malaisants. Quand John croise un lampadaire, il ne peut s’empêcher de l’embrasser. Il ne faut pas se tenir à sa droite d’où partent des coups parfois brutaux. Les maladresses répétées aux frais d’inconnus lui valent évidemment d’être renvoyé de l’école, battu, traîné devant un tribunal.
L’intérêt du film tient en bonne partie à la performance des deux acteurs qui incarnent John. Le jeune (Scott Ellis Watson) fait comprendre le drame de la découverte de sa condition avec ses effets sur sa famille immédiate. Robert Aramayo incarne l’adulte et sa performance a été unanimement saluée et déjà récompensée de quatre grands prix. Il s’est préparé au rôle en suivant John Davidson dans son quotidien.
Cela noté, il faut bien le reconnaître : jouer avec justesse une personne vivant avec un handicap ou une condition atypique peut s’avérer extrêmement payant pour un comédien ou une comédienne. Le film s’inscrit en plus dans une vague très porteuse d’ouverture du centre médiatique à la marginalité qui a récemment ajouté Un p’tit truc en plus (2024) et Facteur A (2026).
Ce héros de plus dans le genre s’avère toutefois assez unique, à la fois woke par son illustration de la diversité et de l’inclusion et antiwoke par les propos qu’il tient involontairement. Pour une fois, le traumavertissement n’est pas exagéré. À la cérémonie de remise des prix BAFTA, le vrai John Davidson a involontairement crié une épouvantable insulte raciste pendant la présentation de deux comédiens noirs.
I Swear a aussi et peut-être surtout le mérite de rendre hommage à la bienveillance, vertu trop souvent négligée dans notre monde de mépris sourds et de compétitions darwiniennes. John Davidson croise bien quelques personnages bornés et vilains dans sa vie résumée. Au total, on retient surtout qu’il a eu la chance d’être aimé et aidé par une poignée d’êtres immensément généreux qui l’ont aidé à s’insérer dans la communauté des humains. Il a même reçu une médaille royale. Vive la reine !


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