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Heather McPherson, la voix pragmatique du NPD

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Sans chef depuis bientôt un an, le Nouveau Parti démocratique (NPD) entame la dernière ligne droite de sa course à la direction. Le prochain chef, qui sera élu à Winnipeg le 29 mars, aura la lourde tâche de rebâtir le parti de gauche et de reconstruire une base au Québec. Le Devoir s’est entretenu avec les deux favoris.

À peine installée à table, Heather McPherson nous met en garde. « Je vais essayer de parler en français, mais c’est difficile pour moi. Je sais que je dois apprendre », admet-elle, encore en train d’enlever son manteau d’hiver, dans un petit café à quelques pas du parlement canadien.

Malgré ses six années passées comme élue à la Chambre des communes, l’Albertaine s’exprime encore dans un français plutôt rudimentaire. « C’est difficile, je suis une petite vieille », laisse tomber la députée de 53 ans, avec un rire nerveux.

Elle ne considère toutefois pas son niveau de maîtrise de la langue comme un frein à ses ambitions de diriger le parti fédéral. Selon elle, elle fait face aux mêmes défis que Jack Layton, qui avait pourtant réussi à conquérir le cœur du Québec en 2011 et ainsi à porter le parti à l’opposition officielle à Ottawa pour la première (et dernière) fois de son histoire. « Quand il a commencé comme chef, il ne parlait pas très bien français. Ça lui a demandé beaucoup de travail », souligne-t-elle.

Comme ses adversaires, la députée d’Edmonton Strathcona rêve de recréer la vague orange du « bon Jack ». Mais, contrairement à son principal rival, le cinéaste et journaliste Avi Lewis, elle estime que cela doit passer par un virage pragmatiste.

« C’est le moment de rebâtir notre parti, et il faut le faire en construisant une grande table. Il est tout aussi nécessaire d’aller chercher les personnes qui votent pour les conservateurs, celles qui votent pour les libéraux et les personnes qui n’ont pas voté aux dernières élections. Je veux parler à tout le monde », indique-t-elle.

Au lancement de sa campagne, à l’automne dernier, elle avait appelé son parti à être plus inclusif, soutenant qu’il devait cesser de se livrer à une sorte de « test de pureté » auprès de ses partisans. La députée albertaine avait aussi soutenu, en 2019, l’expansion du pipeline Trans Mountain.

La même approche

Tant durant notre entrevue que lors des deux débats de la course à la direction, Heather McPherson fait valoir son « plan d’urgence nationale pour le logement », qui prévoit la construction de 1,2 million de logements sociaux d’ici 2035.

Elle suggère aussi la création d’une charte nationale des droits des locataires, pour plafonner les hausses annuelles de loyer, ainsi que d’un fonds de prévention de l’itinérance, pour offrir une option locative aux ménages à risque d’expulsion.

Or, ces mesures étaient déjà proposées par le dernier chef néodémocrate, Jagmeet Singh. Et elles n’ont visiblement pas réussi à convaincre l’électorat, l’an dernier : le NPD n’a remporté que 7 sièges et 6,3 % des suffrages, contre 25 sièges et 17,8 % des appuis en 2021.

Heather McPherson reste convaincue que le message de la formation doit demeurer le même, malgré les perturbations causées par le président américain. « La question [électorale centrale] l’an dernier, c’était Trump. Mais quand j’ai visité d’autres villes dans le pays, que ce soit Montréal, Saskatoon ou Nanaimo, c’était toujours la même chose [qui était soulevée] : le logement, le système de santé et le coût de la vie. »

Une interprétation visiblement différente de celle de son collègue Alexandre Boulerice, qui avait déclaré au Devoir que la piètre performance du NPD était liée au fait que le parti n’avait pas su s’adapter à la guerre commerciale avec les États-Unis.

Mme McPherson entend, si elle devient cheffe de la formation, continuer à mettre en avant les mêmes enjeux, qui, selon elle, trouvent encore plus d’écho depuis l’arrivée de Mark Carney, qu’elle estime orienté davantage à droite. « C’est une grande opportunité pour le NPD », affirme-t-elle.

Former le gouvernement

Présenter le NPD comme la seule option progressiste au Parlement canadien est la stratégie qu’elle compte utiliser pour rallier les électeurs du Québec, qu’elle juge plus à gauche que ceux des autres provinces. « Pour les Québécois qui cherchent une alternative progressiste, c’est le NPD, la réponse », souligne-t-elle.

Elle sait que le chemin sera long, mais dit avoir bon espoir de mener le parti au pouvoir un jour — même s’il ne l’a jamais été dans son histoire.

« Combien d’élections cela prendra-t-il pour y parvenir ? » lui demande-t-on. « Au moins 20 ou 30, j’espère », répond-elle, avant de demander que la question soit répétée en anglais en voyant notre réaction.

Non sans rire de sa première réponse, elle évoque l’ancienne première ministre de l’Alberta Rachel Notley, qui a fait passer le NPD provincial de 4 sièges à 54 entre 2012 et 2015. « C’est intéressant, la politique. Des fois, c’est lent, mais parfois ça va très vite. On ne sait jamais. Peut-être deux ou trois », conclut-elle finalement.

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