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«Heated Rivalry»: pourquoi une romance gay entre deux hockeyeurs passionne autant le public féminin?

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Le succès de la série Heated Rivalry n'aurait dû être qu'une affaire de niche: une romance érotique entre deux hockeyeurs rivaux, adaptée d'une série de romans canadiens et produite pour une petite plateforme locale. Pourtant, cette histoire d'amour entre Ilya Rozanov et Shane Hollander, deux joueurs de ligues concurrentes qui passent d'ennemis à amants dix-sept minutes après le début du pilote, s'est transformée en phénomène mondial –particulièrement auprès d'un public qu'il ne visait pas forcément: les femmes.

Heated Rivalry est tirée de la série Game Changers de l'autrice canadienne Rachel Reid et s'inscrit dans un sous-genre déjà très codifié: la «hockey romance», ces fictions où des joueurs d'élite aux corps sculptés se livrent à des rivalités intenses… mais finissent par se tomber dans les bras. La série devait d'abord rester confinée au catalogue de Crave, un petit service de streaming canadien, avant d'être rachetée à la dernière minute par HBO Max, qui l'a diffusée simultanément aux États-Unis. Après deux épisodes, Harper's Bazaar la rangeait déjà parmi les meilleures séries télé LGBTQ+ de tous les temps. Ce succès critique n'a pas surpris le public queer, mais il a mis en lumière un autre cœur de cible: les spectatrices, souvent hétérosexuelles, que les scènes de sexe entre hommes ne laissent pas indifférentes, résume la BBC.

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Ce phénomène n'est pas nouveau, mais son ampleur dans le cas de Heated Rivalry est remarquable. Depuis les années 1960, on sait que la romance et l'érotisme entre hommes nourrissent les fantasmes d'une partie du public féminin. L'un des cas fondateurs est celui des fans de Star Trek qui, dès la première série, se mettent à imaginer une relation amoureuse entre Kirk et Spock.

De là naîtra un genre entier, le «slash», qui associe deux personnages masculins (via une barre oblique), relayé par des fanzines photocopiés, échangés à la main dans les conventions. Lucy Neville, autrice de Girls Who Like Boys Who Like Boys: Women and Gay Male Pornography and Erotica, rappelle que ces communautés se constituaient déjà de manière très organique, bien avant qu'internet ne fournisse un terrain infiniment plus vaste à ces réécritures romantiques et à ces fanfictions.

Au Japon, dès les années 1970, des autrices de mangas «shōjo» introduisent des relations masculines dans leurs récits pour adolescentes, avant que le Boys' Love –ou yaoi– ne s'impose dans les années 1980-1990 comme un univers entier de romances entre hommes, écrites par des femmes, pour des femmes. Mais alors, pourquoi ce tropisme féminin pour les histoires d'hommes qui aiment les hommes?

Il y a d'abord une explication simple, avancée par la critique Catharine Hughes dans le New Statesman: «Parfois la réponse à la question est assez simple: qu'est-ce qui est plus excitant qu'un bel homme? Deux.» Mais beaucoup de spectatrices décrivent aussi l'attrait d'un imaginaire sexuel débarrassé des rapports de domination hétéro, d'une dynamique où la misogynie et les déséquilibres de genre ne viennent pas parasiter le fantasme.

Les travaux de chercheurs comme Henry Jenkins ou Judith Butler offrent, eux, un autre éclairage. Dès l'enfance, les jeunes filles sont invitées à s'identifier à des héros principalement masculins. Même si cette situation évolue ces dernières années, le corpus disponible reste majoritairement dominé par des protagonistes hommes. Imaginer «être un garçon» devient un réflexe narratif, qui peut s'étendre au domaine sexuel. Lucy Neville résume la thèse de Judith Butler: cette capacité à se projeter dans un corps masculin peut aussi devenir «une part de votre identité sexuelle» et beaucoup de femmes qu'elle a interrogées trouvent «très naturel» d'imaginer être un homme lorsqu'elles fantasment.

Un risque de fétichisation?

Si la romance homme/homme prospère depuis longtemps en librairie, le cinéma et les séries ont mis plus de temps à suivre. Brokeback Mountain, en 2005, laissait espérer une vague durable de grandes histoires d'amour entre hommes au cinéma, mais les récits sont restés sporadiques. Depuis quelques années, la donne change: l'adaptation de Red, White and Royal Blue, qui suit la relation entre le fils de la présidente des États-Unis et un prince britannique, est devenue, sous le nom de My Dear F***ing Prince, l'une des comédies romantiques les plus vues de l'histoire de Prime Video, au point qu'une suite est en production. Sur le petit écran, la romance et l'érotisme masculins s'invitent de plus en plus, comme sujet central ou non.

Reste une question sensible: la fascination des femmes hétéros pour ces récits risque-t-elle de fétichiser la sexualité gay? Une tribune dans les pages de Salon s'est inquiétée de la réception de Heated Rivalry sous cet angle. Lucy Neville, qui a interrogé plus de 200 hommes queer, nuance: «La réponse écrasante de leur part était qu'ils s'en fichaient complètement, tant que [la représentation] était vaguement positive. Ils disaient: “S'il y a plus de gens qui produisent du contenu gay, tant mieux”.»

Certains lui ont confié avoir grandi avec l'idée que les personnes non gays seraient «au mieux neutres, au pire homophobes» face à leur couple. Savoir que des femmes voient dans leur relation une source de plaisir et d'excitation devient alors presque une réparation symbolique.

Le pari de Heated Rivalry, lui, est déjà gagné. La série a été renouvelée pour une seconde saison, qui devrait s'inspirer du roman The Long Game, toujours centré sur Ilya Rozanov et Shane Hollander. Les acteurs Connor Storrie et Hudson Williams, qui incarnent ces deux personnages, sont devenus les nouveaux chouchous des tapis rouges. Pour Lucy Neville, ce n'est qu'un début: «Je pense que c'est un sujet que nous allons voir davantage à l'écran, surtout après le succès de Heated Rivalry. Je m'attends à ce que certains essaient de surfer sur la vague, mais je pense que c'est une bonne chose.»

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