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Hautes comme un immeuble de dix étages : ces colonnes de terre des Alpes ne tiennent debout que grâce au rocher posé sur leur sommet

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Au-dessus de Renon, dans les Dolomites, des colonnes de terre compactée tiennent debout depuis des millénaires, chacune coiffée d’un bloc rocheux qui la protège de la pluie. Ces cheminées de fée, parfois hautes de plusieurs mètres, ne doivent leur survie qu’à un équilibre précaire : le jour où leur chapeau tombe, la colonne s’effondre en quelques saisons à peine.

Un chapeau de pierre, une course contre le temps

Il suffit de lever les yeux vers les versants boisés du plateau du Renon pour apercevoir ces silhouettes étranges, plantées dans le paysage comme des sentinelles de terre. Chaque colonne porte, en équilibre à son sommet, un bloc de pierre plus résistant que le reste de la formation. Ce chapeau n’est pas un simple ornement : c’est lui, et lui seul, qui empêche l’érosion de raser la colonne entière.

À retenir

  • Les cheminées de fée de Renon sont des colonnes de till glaciaire protégées de l'érosion par un bloc rocheux sommital, dont la chute entraîne leur effondrement en quelques années.
  • Une étude de 2026 montre que la part des éboulements issus de versants nord au-dessus de 2000 mètres dans les Dolomites est passée de 4 % (1970-1999) à 12 % (2000-2025), en lien avec le dégel du permafrost.
  • Le phénomène touche tout le massif, de la Cima Falkner à la Marmolada (qui pourrait disparaître dès 2040) jusqu'aux Alpes, où l'été 2026 a battu le record d'éboulements établi en 2022.

Le mécanisme relève de ce que les géologues appellent l’érosion différentielle. Autour du pilier, la pluie et le vent grignotent patiemment le sol environnant, année après année. Sous le bloc protecteur en revanche, la matière reste à l’abri, comme sous un parapluie minéral posé là par hasard.

Le résultat de ce travail silencieux, c’est un paysage sculpté qui semble figé, alors qu’il est en réalité extrêmement vulnérable. Dès que le bloc sommital bascule ou se détache, la colonne perd sa protection et disparaît en l’espace de quelques années seulement, rongée par les éléments qu’elle tenait jusque-là à distance.

Le till glaciaire, mémoire fragile des glaciers disparus

Pour comprendre pourquoi ces colonnes existent précisément à cet endroit, il faut remonter aux grandes glaciations qui ont façonné les Dolomites. En avançant puis en reculant, les glaciers ont laissé derrière eux d’épaisses couches de till, un mélange hétérogène de sable, de graviers et de blocs de toutes tailles, charriés puis abandonnés sans tri particulier.

Cette matière, compactée mais relativement meuble, forme aujourd’hui le corps même des cheminées de fée. Elle n’a rien d’une roche dure et homogène : c’est un sédiment fragile, sensible à l’humidité, qui se désagrège facilement sans protection en surface.

C’est justement cette fragilité qui rend le site de Renon aussi spectaculaire que menacé. Le till raconte l’histoire d’un climat passé, celui des glaciers qui recouvraient autrefois la région, mais il n’a pas été conçu pour résister indéfiniment aux intempéries actuelles sans l’aide de ses chapeaux de pierre.

Quand une pluie dure plus qu’une roche tendre

Ce qui menace les cheminées de fée de Renon n’est qu’un symptôme d’un phénomène bien plus large qui touche l’ensemble des Dolomites. Une étude publiée en 2026 dans la revue Natural Hazards and Earth System Sciences, signée Bonometti, Dattola, Frattini et Crosta, s’est penchée sur le déclenchement des chutes de blocs dans ce massif. Les chercheurs ont constaté que la part des éboulements issus de versants orientés au nord, au-dessus de 2000 mètres d’altitude, est passée de 4 % entre 1970 et 1999 à 12 % entre 2000 et 2025. Un schéma directement lié au dégel progressif du permafrost, ce sol habituellement gelé en permanence qui agit comme un ciment naturel pour la roche.

Cette même étude identifie trois périodes de l’année où les chutes de blocs se multiplient dans les Dolomites : novembre, la fenêtre février-avril, puis le mois d’août. Des pics qui coïncident avec les cycles de gel et de dégel, lesquels fragilisent peu à peu les fractures rocheuses. Le cas de la Cima Falkner, dans les Dolomites de Brenta, illustre bien ce processus : en juillet 2025, le Guardian rapportait l’évacuation de centaines de personnes après une série d’éboulements sur ce sommet. Le service géologique local avait alors pointé un phénomène géomorphologique probablement lié à la dégradation du permafrost, avec des fractures autrefois remplies de glace désormais totalement vides.

Le reste du massif n’est pas épargné. La Marmolada, plus haut glacier des Dolomites, perdait déjà entre sept et dix centimètres par jour selon une évaluation de septembre 2024, un rythme qui pourrait la faire disparaître dès 2040. Plus largement, dans les Alpes, le géomorphologue Ludovic Ravanel, directeur de recherche au CNRS au laboratoire Edytem, a qualifié l’été 2026 d’année record en matière de déstabilisations rocheuses, dépassant le précédent record de 2022 qui comptait 300 éboulements. Rien que dans le massif du Mont-Blanc, environ 400 écroulements rocheux étaient attendus pour cette même saison, avec un isotherme zéro degré observé entre 4200 et 4500 mètres pendant six semaines cumulées. Et les pluies intenses jouent aussi leur rôle : fin juin 2026, un orage entre Merano et Avelengo, dans la province de Bolzano, a produit une coulée de débris après environ 50 millimètres de précipitations en une heure selon le météorologue Dieter Peterlin, blessant légèrement cinq personnes et contraignant 69 habitants à évacuer leur logement.

Face à ce constat, les cheminées de fée de Renon apparaissent comme un symbole presque paradoxal. Elles ont survécu des siècles grâce à un simple caillou posé en équilibre, pendant que les montagnes qui les entourent se fissurent sous l’effet du réchauffement. Leur sort dépend toujours du même détail minuscule, un bloc qui tient encore, mais dont la chute, un jour, ne surprendra personne.

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Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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