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Un adolescent sera jugé de ce mercredi à vendredi, à huis clos, pour avoir mortellement poignardé une surveillante de son collège l'an dernier en Haute-Marne, un meurtre qui avait provoqué une onde de choc dans tout le pays. Son procès aura lieu devant le tribunal pour enfants de Chaumont : étant âgé de moins de 16 ans, il ne pouvait comparaître devant la cour d'assises des mineurs.
Au matin du mardi 10 juin 2025 à Nogent, bourg haut-marnais habituellement paisible de 3 500 habitants, Mélanie, assistante d'éducation de 31 ans, est tuée de plusieurs coups de couteau à l'entrée du collège Françoise-Dolto. Quentin G., alors âgé de 14 ans et élève de troisième dans l'établissement, est interpellé juste après les faits, commis lors d'un contrôle inopiné des sacs des élèves par des gendarmes devant le collège, destiné à détecter d'éventuelles armes blanches.
En garde à vue, il a reconnu avoir voulu s'en prendre à une surveillante, « n'importe laquelle », selon le procureur de Chaumont, Denis Devallois. D'après le magistrat, Quentin G. ne présentait « aucun signe évoquant un possible trouble mental », n'exprimait aucun regret ni « aucune compassion pour les victimes », et faisait preuve d'une « certaine fascination pour la violence et la mort ».
Faire « le plus de dégâts »
L'adolescent « apparaît en perte de repères quant à la valeur de la vie humaine, à laquelle il ne semble pas attacher d'importance particulière », avait encore dit le procureur. Il aurait mûri son projet quelques jours avant les faits, après qu'une autre surveillante l'aurait « sermonné » alors qu'il embrassait sa petite amie au sein du collège. Il a expliqué aux enquêteurs qu'il ne supportait plus « le comportement des surveillantes en général » dans son établissement, qui auraient eu, selon lui, « une attitude différente selon les élèves ». Le collégien n'avait toutefois aucun « grief particulier » contre Mélanie, chargée notamment de vérifier les carnets de correspondance à l'entrée de l'établissement.
Le jour des faits, il a pris dans la cuisine familiale le plus gros couteau afin de faire « le plus de dégâts », selon ses déclarations en garde à vue. Armée de ce couteau de cuisine dont la lame mesurait 20 centimètres, il a porté sept coups à la victime avant d'être maîtrisé par un gendarme. Ce dernier a été blessé à la main, entraînant une incapacité totale de travail de 10 jours.
La gendarmerie devant le collège Françoise Dolto de Nogent (Haute-Marne), le jour du drame. Photo AFP/Jean-Christophe Verhaegen
L'adolescent avait déjà fait l'objet de deux sanctions disciplinaires en novembre et décembre 2024 pour avoir frappé deux autres élèves, un camarade de classe et un collégien de sixième. Il a été mis en examen pour « meurtre sur une personne chargée d'une mission de service public », une circonstance aggravante, et placé sous le statut de témoin assisté pour des « violences aggravées » sur le gendarme qui l'a arrêté. Il a été ensuite placé en détention provisoire dans un quartier pour mineurs d'une maison d'arrêt.
Du fait de son jeune âge, Quentin G. encourt une peine de 20 ans de réclusion criminelle au lieu d'une peine de prison à perpétuité. Son avocat, Me Antoine Chateau, avait déclaré à l'époque se dissocier de certaines affirmations du procureur, soulignant la nécessité de mener des expertises psychologiques et psychiatriques. Il n'a pas souhaité s'exprimer avant le procès.
« Désinhibition de la violence »
Ancienne coiffeuse reconvertie dans l'Éducation nationale, Mélanie travaillait au collège Françoise-Dolto de Nogent depuis septembre 2024. Mère d'un garçon de quatre ans à l'époque et conseillère municipale à Sarcey, commune voisine de Nogent, elle était décrite par ses proches comme une femme « solaire », « douce » et « gentille ».
Quelques jours après son meurtre, une marche blanche avait réuni environ 1 500 personnes à Nogent. La jeune femme a été faite chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume. Ce drame avait provoqué une vive émotion dans le monde éducatif et la classe politique. Une minute de silence avait été observée dans les établissements scolaires du pays.
Le président de la République Emmanuel Macron avait déploré une « désinhibition de la violence » pour laquelle « il va falloir évidemment apporter des solutions ». Il avait notamment estimé que l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux était porteur d'« épidémies de violences » qu'il fallait « absolument réguler ». Le gouvernement espère la mise en œuvre d'un texte interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans à la rentrée prochaine, si députés et sénateurs se mettent d'accord d'ici là.


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