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Une célèbre citation d’Heinrich Heine dit que « de tous les mondes créés par l’humain, celui des livres demeure le plus vaste ». L’écrivain allemand du début du XIXe siècle défendait la littérature, les mots, son art : rien de plus normal. Les techniques d’immersion dans les univers virtuels, celles des œuvres que propose PHI dans sa nouvelle programmation Cinéma VR, font quand même un peu, beaucoup, passionnément enrichir le constat de Heine : de tous les mondes créés par l’humain maintenant, dans notre univers hypertechnique, celui de la réalité virtuelle apparaît de loin le plus vaste.
La programmation de la deuxième mouture du volet Cinéma VR de PHI se poursuit tout le printemps sous le titre Habiter l’absence. La présentation sur fauteuil, avec casque VR, rassemble quatre œuvres d’animation toutes intéressées par des questions de mémoire. « Ces projets entremêlent narration intime et vécus collectifs, chacun interrogeant la manière dont l’expérience sensorielle réactive le passé et reconfigure le présent », résume la présentation.
Prenons Flow, d’Adriaan Lokman, qui ouvre la sélection. L’œuvre de 15 minutes, lauréate du prix Special Immersive Jury Award à la biennale de Venise 2023, permet à l’humain qui s’y plonge d’entrer dans un monde où les êtres et les choses autrement invisibles se révèlent par les courants d’air qui les effleurent. Des lignes représentent les mouvements ondulatoires. Elles remplissent graduellement l’espace environnant du spectateur, puis entrent en douce collision avec la surface des personnes, des objets et des lieux habités.
Ce courant, ce flux, ce flow du titre fait penser aux lignes du carnet de sketches d’un artiste. Les traits révèlent les formes qui elles-mêmes amplifient d’autant plus le mouvement que beaucoup de « scènes » suivent des transports à pied, en automobile, en train, jusque dans les airs avec des oiseaux. Ce portrait tridimensionnel dévoile un autre vaste monde imaginaire matérialisé qui fait encore se questionner sur ce qui est vrai ou faux, réel ou irréel.
L’émerveillement prend une autre tournure avec la production suivante, Ferenj, construite autour de souvenirs reconstruits de la réalisatrice Ainslee Alem Robson. Sa création réalisée avec une infinité de gros points colorés en mouvement donne l’impression de s’engouffrer dans un espace numérique de trames Benday surdimensionnées et en 3D.
La puissante mécanique expressive sert à interroger le rapport de l’artiste à son identité complexe, une femme d’origine éthiopienne vivant aux États-Unis. La narration parle de cette position socioculturelle dissonante, intersectionnalisée et, surtout, du regard que portent les autres sur cette identité multiple.
Si Flow ne défend probablement rien d’autre que la valeur intrinsèque et autotélique du jeu artistique, Ferenj concentre évidemment notre temps identitaire et diversitaire. Cette création woke possède d’indéniables qualités esthétiques tout en assumant une part de fonction didactique, morale et politique.
On peut en dire autant de Less Than 5 Grams of Saffron. Cette fois, on croise virtuellement Golnaz, jeune immigrée iranienne de 23 ans installée en Allemagne. Elle achète une pincée de safran qui éveille en elle des souvenirs douloureux ; la mort de son père sous les balles des policiers, l’exil avec sa mère. L’œuvre très courte et très touchante de Négar Motevalymeidanshah a reçu le Special Jury Prize lors de Venice Immersive 2025. L’animation se fait à l’aide d’images évoquant les constructions en papier qui donnent l’impression de plonger dans un livre pour enfants.
Le programme se termine avec The Art of Change, où une femme du futur entre cette fois en dialogue avec ses versions passées. Simone Fougnier et Vincent Rooijers multiplient les inventions stylistiques pour engendrer plusieurs lieux abstraits. Les liens entre cette vie humaine en quelque temps et les espaces touffus et colorés qui s’enchaînent ne sont pas évidents. Ils importent moins au total que la richesse des environnements exposés, prouvant encore une fois que de tous les mondes créés par l’humain maintenant, celui de la réalité virtuelle apparaît de loin le plus vaste…


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