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Les pays européens continuent d’alimenter la machine de guerre russe en important des hydrocarbures dont ils ne peuvent toujours pas se passer tout en critiquant Donald Trump pour son accord sur le gazole russe.
Luc Chaillot - Aujourd'hui à 06:45 | mis à jour aujourd'hui à 07:57 - Temps de lecture :
Malgré les sanctions prises après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, l’Europe continue d’acheter des hydrocarbures russes. Et Moscou se fait un malin plaisir de le rappeler au moment où les pays européens critiquent l’accord conclu par Donald Trump avec Vladimir Poutine pour importer du gazole de Russie. Selon le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak, les pays de l’Union européenne (UE) auraient versé à la Russie 285 milliards d’euros depuis 2022 pour des achats d’hydrocarbures. Les importations ont fortement diminué mais elles se seraient encore élevées à 19 milliards d’euros au cours des neuf premiers mois de 2026.
La Commission européenne a donné des chiffres un peu inférieurs. Selon Bruxelles, les pays de l’UE ont acheté 197 milliards d’euros d’hydrocarbures russes entre le début de la guerre en Ukraine en février 2022 et juillet 2026. Sans les sanctions, ils auraient acheté plus du double d’hydrocarbures à la Russie, d’après la Commission qui estime le manque à gagner à 278 milliards d’euros pour l’économie russe.
Moins d’aide que d’importations
La ministre suédoise des Affaires étrangères Maria Malmer Stenergard déplore ce paradoxe : le montant total des importations russes de l’UE depuis 2022 (hydrocarbures et autres) est supérieur à l’aide qu’elle a apportée à l’Ukraine.
La France continue notamment d’importer du gaz naturel liquéfié (GNL) de Russie. Selon l’ONG allemande Urgewald, près des trois quarts des volumes de GNL russe livrés dans l’UE en septembre 2026 ont été réceptionnés dans des ports français. La France possède plusieurs terminaux méthaniers et le groupe TotalEnergies détient 20 % du projet gazier Yamal dans l’Arctique russe. Les Amis de la Terre accusent la France d’être « un maillon stratégique » dans le marché gazier russe. « Ces importations européennes soutiennent directement la guerre de Poutine, à travers les taxes imposées sur les entreprises de production ou d’exportation de gaz », dénonce l’ONG.
Un tanker russe livre du gaz naturel liquéfié dans le port français de Montoir-de-Bretagne en avril 2026. Photo Sipa /Sébastien Salom-GomisLes importations de GNL russe devraient en principe cesser à la fin de l’année car un embargo total a été décrété par Bruxelles à partir de janvier 2027, mais la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient risque de retarder ce calendrier.
La Slovaquie et la Hongrie continuent pour leur part à importer du pétrole russe par un oléoduc. Ces pays enclavés sont en effet exemptés du régime de sanctions.
Une victoire pour Poutine
Donald Trump ne s’est pas privé de critiquer l’hypocrisie des pays européens au moment où ceux-ci dénoncent son « deal » avec Vladimir Poutine pour acheter du gazole russe. Le président américain cherche à nouer des accords commerciaux avec la Russie sans attendre la fin de la guerre en Ukraine avec un premier objectif : faire baisser les prix à la pompe aux États-Unis, à trois semaines d’élections de mi-mandat qui risquent de lui faire perdre sa majorité au Congrès. Les effets sur les cours risquent cependant d’être minimes.
À défaut d’avancées militaires en Ukraine, l’accord sur le gazole signé dans le dos des Ukrainiens et des Européens est une victoire pour Vladimir Poutine qui espère depuis 2022 une levée des sanctions sur le secteur énergétique russe. Volodymyr Zelensky a dénoncé un « cadeau » fait à la Russie. « Cela ne fait qu’alimenter l’effort de guerre de Poutine », affirme le président ukrainien.
Les États-Unis pourraient injecter 4 milliards de dollars dans l’économie russe en achetant du gazole russe. Certains experts estiment toutefois que le Kremlin aura du mal à fournir les volumes prévus à cause des frappes ukrainiennes qui auraient réduit de moitié les capacités de raffinage de la Russie selon Kiev.


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