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- Le journal de deux sœurs ukrainiennes Le journal de deux sœurs ukrainiennes Le journal de deux sœurs ukrainiennes
Propos recueillis par Elisa Mignot
Publié aujourd’hui à 06h00Article réservé aux abonnés
TémoignagesOlga et Sasha Kurovska sont deux sœurs ukrainiennes. L’une vit à Paris, l’autre à Kiev. Face à ce conflit qui dure, Sasha trouve une raison d’espérer dans la capacité de l’identité ukrainienne à résister malgré l’adversité. Un courage que souligne aussi Olga, à travers l’exemple de son amie Kateryna, secouriste bénévole sur le front.
Kyiv, le 24 juin 2026,
Chères lectrices, chers lecteurs,
L’été a commencé, nous dormons les fenêtres grandes ouvertes et je me réveille chaque jour avec le pépiement des oiseaux. En ouvrant les yeux, je ressens une immense satisfaction à ce qu’on ait passé une nuit sans subir d’attaque.
Le week-end dernier, des amis d’Odessa nous ont rendu visite. Ils revenaient de vacances dans les Carpates. Nous avons fait un tour dans le quartier et nous sommes posés dans le parc juste en face de chez nous. Il y a une grande fontaine, construite il y a cent vingt-cinq ans, que je trouve magnifique, elle a été témoin de tant de choses – les guerres, les différents régimes –, et son style me rappelle l’Europe occidentale, peut-être l’Italie. Mon ami B., le père de mon filleul, a dit tout haut qu’ainsi, en promenade, entouré d’amis dans ce parc, en plein été, il avait l’impression que la guerre n’existait pas. Je n’ai rien répondu parce que c’est trop douloureux. La grande guerre a pourtant commencé il y a quatre ans et quatre mois, 1 582 jours. En lisant ce chiffre, je suis bouleversée par le fait de m’être habituée à l’idée que ce conflit dure depuis si longtemps. Pire, je dirais même que sa durée n’a plus vraiment d’importance pour moi : je sais que nous devrons construire notre vie dans un pays en guerre ou dans un pays d’après-guerre.
La semaine dernière, j’ai lu plusieurs publications dans les médias ukrainiens sur le fait que la guerre avait dépassé en durée la première guerre mondiale. Une information aussi dingue que bizarre. Je n’avais pas repensé à ce moment de notre histoire depuis des années. J’en discutais avec des amis la semaine passée lors d’une petite soirée que j’ai organisée chez moi, et on en a tous conclu qu’on portait encore beaucoup cet héritage.
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