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Les frappes ukrainiennes qui importent le conflit en Russie et en Crimée fragilisent Vladimir Poutine au moment où la population russe souffre des pénuries de carburants et commence à se lasser de l’effort de guerre.
Luc Chaillot - Aujourd'hui à 20:20 - Temps de lecture :
Le rapport de force s’est inversé dans la guerre en Ukraine. C’est désormais la Russie qui est sur la défensive. Le front est quasiment gelé tandis que la nouvelle stratégie de l’Ukraine consiste à porter le conflit sur le sol russe et en Crimée, la péninsule annexée par la Russie en 2014, pour contraindre Vladimir Poutine à négocier une fin des hostilités.
L’Ukraine lance des attaques massives loin du front grâce à des usines de drones qui tournent à plein régime. Les frappes visent des installations pétrolières, des équipements militaires et des infrastructures de transport. Le but est d’isoler la Crimée du reste de la Russie. Les stations-service sont à court de carburants et la région où les Russes avaient l’habitude de passer leurs vacances subit des coupures d’électricité incessantes. En Russie, les drones ukrainiens ont perturbé le forum économique de Saint-Pétersbourg qui se tenait début juin avec 130 pays invités. Les attaques s’étendent jusqu’à la périphérie de Moscou où la principale raffinerie de pétrole a été incendiée.
Un report des élections ?
Les pénuries d’essence provoquent de longues files d’attente dans les stations-service. Les efforts de Vladimir Poutine pour maintenir les grandes métropoles à l’écart de « l’opération spéciale » en Ukraine sont réduits à néant et les Russes commencent à se lasser de l’effort de guerre. Mardi, une troisième région russe a décrété l’état d’alerte renforcée, une mesure qui permet en principe de reporter les élections législatives de septembre prochain. Certains services de sécurité poussent le président russe à décider d’un report du scrutin.
Dimanche, le maître du Kremlin a fini par reconnaître l’existence de « pénuries », en minimisant leurs conséquences. « Si cette situation perdure, une explosion sociale et le chaos sont de plus en plus probables », s’inquiète Viatcheslav Markhaïev, député du Parti communiste russe, qui dénonce la corruption, la crise économique et les pertes humaines en Ukraine. Pour l’élu, « l’équipe qui dirige le pays depuis un quart de siècle semble avoir perdu le contact avec les besoins de la population ».
Une cote de popularité en chute libre
Les spécialistes de la Russie décrivent un président russe paranoïaque et « bunkerisé » qui ne sort quasiment plus de Moscou et de Saint-Pétersbourg. Vladimir Poutine a peur pour sa vie et craint d’être renversé, selon un service de renseignement européen. La cote de popularité de Vladimir Poutine est en chute libre, d’après les rares enquêtes d’opinion, de même que la confiance envers l’armée et l’intégrité des élections. Le Kremlin se prépare à lancer une nouvelle mobilisation pour faire face au manque de volontaires prêts à se battre en Ukraine, où l’armée russe enregistre de lourdes pertes. Mais cette mesure très impopulaire est repoussée après les élections de septembre.
En difficulté, Vladimir Poutine est aussi fragilisé par le changement d’attitude de Donald Trump. Le président américain n’est plus enclin à faire pression sur l’Ukraine pour qu’elle cède aux exigences maximalistes de la Russie, même si le président russe réclame toujours le contrôle de la totalité de la région du Donbass.


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