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Après l’escalade de frappes au Moyen-Orient, les analystes ont bien du mal à prédire la direction que les cours du pétrole prendront dans les prochains jours. L’industrie canadienne et les finances de l’Alberta se trouvent plongées dans l’inconnu.
Au centre-ville de Calgary, tout le monde observe et attend, raconte ainsi le directeur de la recherche sur l’énergie chez BMO marché des capitaux, Jeremy McCrea.
Les cours du baril de pétrole ont bondi à l’ouverture des marchés lundi, mais ils se sont stabilisés quelques heures plus tard, autour de 70-72 $ US pour le prix de référence nord-américain, le West Texas Intermediate.
Selon Jeremy McCrea, plusieurs facteurs aident à modérer l’effet de la guerre dans une région clé pour le monde pétrolier. Il cite notamment le fait que les réserves de pétrole ont augmenté un peu partout dans le monde.
La vraie question, que se passe-t-il si cela dure plus que quelques semaines? se demande-t-il. De la volatilité est à prévoir.
Le conflit a le potentiel de provoquer la plus importante interruption de l’approvisionnement de l’histoire, font valoir les analystes de S&P Global. Ils observent que seuls cinq navires pétroliers ont traversé le détroit d’Ormuz dimanche contre une soixantaine d'ordinaire.
Si la baisse du trafic de pétroliers se poursuit pendant environ une semaine, elle sera historique. Au-delà, elle marquerait un tournant décisif pour le marché pétrolier, avec des prix grimpant pour rationner une offre devenue rare et des répercussions sur les marchés financiers , écrit le vice-président et responsable mondial de la recherche sur le pétrole brut à S&P Global, Jim Burkhard.
Effet plutôt positif au Canada
Dans l’immédiat, les répercussions sur l’industrie pétrolière canadienne sont plutôt positives, selon Richard Masson, ancien directeur général de la Commission de commercialisation du pétrole de l’Alberta.
Cela signifie des prix plus élevés [pour leur produit] et, pour l’Alberta et le gouvernement fédéral, des redevances et des recettes fiscales plus élevées, souligne-t-il.
L'économiste de l'Université de Calgary Trevor Tombe note que l'Alberta n'est pas la seule province à jouir d'un effet positif de prix du pétrole élevé, même si c'est celle qui en profite le plus.
Dans la plupart des provinces canadiennes, incluant l'Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique, des prix du pétrole plus élevés constituent un gain net pour l'économie globale. Cela signifie que les taux de croissance économique seront un peu plus rapides si cette hausse de prix est maintenue sur une période significative. Cela pourrait signifier plus d'emplois, ce qui augmente les paiements d'impôt sur le revenu des particuliers, et ainsi de suite, dit-il.
Un prix élevé se répercute toutefois à la pompe et risque d'accélérer à l'inflation.
Un argument pour accroître la production canadienne
Richard Masson ne croit cependant pas à une hausse importante de la production au Canada pour compenser les possibles problèmes d’approvisionnement mondial. [Les pétrolières] produisent déjà tout ce qu’elles peuvent. Le Canada n’a pas de nouvelle production à offrir au monde malheureusement, souligne-t-il, ajoutant que le pays n’a pas non plus de réserve stratégique (nouvelle fenêtre) à la différence des États-Unis.
Si la situation venait à perdurer et causait une longue période de prix élevés, les entreprises augmenteront leur budget au fil du temps. Mais cela ne se fait pas rapidement , dit-il, même si des prix élevés leur permettent d’accroître leur liquidité.
Des projets d’expansion ou de nouvelles mines de sables bitumineux prennent plusieurs années à se concrétiser.
Nous sommes là pour aider.
De son côté, la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a mis en avant que la guerre en Iran prouve à quel point le monde a besoin de source sécuritaire d’approvisionnement énergétique comme le Canada peut l’être.
Cela ne fait que mettre en évidence la nécessité de notre projet de pipeline d'un million de barils par jour vers la côte ouest , a-t-elle ajouté.
Jeremy McCrea estime d'ailleurs que l'incertitude entourant l'avenir de l'industrie pétrolière au Moyen-Orient devrait stimuler la confiance des investisseurs au Canada. L'intérêt pour l'énergie canadienne persiste et cette hausse va probablement continuer de stimuler l'intérêt pour le secteur.

La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, se dit prête à répondre aux demandes des partenaires asiatiques qui auront besoin de pétrole.
Photo : The Canadian Press / Todd Korol
Pour sa part, le ministre albertain des Finances, Nate Horner, regarde attentivement l’évolution de l'impact de la guerre sur les prix. La semaine dernière, il a déposé un budget fondé sur un prix du pétrole à 60,50 $ US.
Chaque dollar de différence entre cette prévision et le cours actuel rapporte 750 millions de dollars de revenus aux coffres de la province. De quoi éliminer rapidement un déficit.
Pour l’instant, la situation risque surtout de réduire le déficit budgétaire de 2025-2026, qui est prévu à 4,1 milliards de dollars.
Nate Horner a toutefois précisé qu’il préférait conserver des prévisions conservatrices fondées sur l’équilibre entre offre et demande, plutôt que sur des risques géopolitiques difficiles à mesurer.


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