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Si le conflit au Moyen-Orient cause des craintes de perturbations de l’approvisionnement d’hélium chez les professionnels de la santé, les producteurs canadiens de ce gaz rare espèrent mettre cette situation géopolitique à profit.
C'est comme un vent arrière qui va nous aider, affirme Duncan Mackenzie, le cofondateur de l’entreprise Global Helium, qui possède des sites d’exploitation en Saskatchewan et en Alberta.
Le conflit a mis à mal les infrastructures du Qatar, qui fournit environ un tiers de la production mondiale d’hélium.

Les installations de Ras Laffan gérées par Qatar Energy ont été endommagées dans les bombardements iraniens, ce qui compromet l'approvisionnement de gaz naturel liquéfié et d'hélium. (Photo d'archives)
Photo : Associated Press / Maneesh Bakshi
Il est difficile d’évaluer exactement l’impact sur les prix de l’hélium parce qu’il n’existe pas de prix de référence pour ce marché. Les contrats d’approvisionnement sont négociés en privé.
Du positif pour le Canada
Bien évidemment, on peut s’attendre à ce que les contrats soient plus généreux pour les producteurs comme nous, souligne toutefois Duncan Mackenzie.
Le géoscientifique ne pense pas que la chaîne d’approvisionnement mondiale d'hélium reviendra à la normale avant trois ou quatre ans, le temps de réparer toutes les infrastructures.
Même si la situation dans le détroit d'Ormuz est réglée, je pense que l'offre canadienne sera plus attirante juste en fonction d'un peu de diversité géographique pour les acheteurs d'hélium. Il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier, estime-t-il.
L’expert en marché de l’hélium, Phil Kornbluth, fait la même lecture de la situation.
Il doit y avoir une réévaluation du risque. Le Qatar devient un peu moins attrayant. Les gens qui étaient prêts à parier gros sur le Qatar voudront peut-être diversifier leurs paris et se tourner vers l'Amérique du Nord, explique-t-il.
Avec de meilleurs prix, la rentabilité des projets s’améliore, ce qui devrait attirer plus de clients pour les projets en cours et plus d’investisseurs pour les projets encore sur la table à dessin, selon Phil Kornbluth.
Je vois cela comme une injection d'adrénaline pour les petits producteurs d'hélium en activité au Canada.
Le Canada, petit joueur mondial
Le spécialiste note toutefois qu’il ne faut pas surestimer l’effet positif de cette crise sur l’industrie canadienne. Je ne pense pas que ce soit un énorme avantage. Cela ne change pas la demande d’hélium, souligne-t-il.
Avant le début des bombardements au Moyen-Orient, le marché était plutôt en situation de surabondance d’hélium.
Même si le Canada a la cinquième réserve de ce gaz dans le monde, Duncan Mackenzie est ainsi très pragmatique : le pays ne peut pas combler le vide laissé par son concurrent du Moyen-Orient.
L’année dernière, 6 millions de mètres cubes d’hélium ont été produits au Canada, soit un dixième de la production qatarie.
C'est bien possible qu'on puisse augmenter notre offre d'une façon importante, mais on ne peut pas combler ce trou effectivement gigantesque dans l'offre mondiale, explique Duncan Mackenzie. Un petit peu est le mot clé. On peut augmenter de 50 %, mais doubler, tripler, quatre, cinq fois, cela prend du temps.
Un coup de pouce demandé au fédéral
Le directeur général de l’Association des explorateurs d’hélium du Canada, Richard Dunn, fait toutefois valoir que, même sans la guerre au Moyen-Orient, le Canada a tout intérêt à améliorer son industrie de l’hélium.
Nous avons de l’hélium, nous n’avons pas la chaîne d’approvisionnement au Canada.
Le gaz est extrait au Canada, mais il doit être envoyé aux États-Unis pour être liquéfié. Les États-Unis ne sont plus très loin d'être à l'équilibre entre l'offre et la demande. [...] Cela présente certainement un risque pour la sécurité de l'approvisionnement, souligne RIchard Dunn.
Il rappelle que c’est la cinquième crise qui touche l’industrie mondiale d’hélium en 20 ans.
L’Association demande au gouvernement fédéral d’améliorer le régime fiscal de l’hélium pour traiter le gaz comme une ressource stratégique. Richard Dunn pense que cela attirera plus d’investissements privés pour accroître la production et justifier la construction d’une usine de liquéfaction.
Avec ces mesures fiscales, nous pouvons sortir de ce cycle, nous pouvons développer notre propre approvisionnement national, affirme-t-il.
L’entreprise North American Helium a aussi demandé à Ottawa d’aider à la construction d’une usine de liquéfaction au Canada.


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