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Malgré le protocole d’accord signé par l’Iran et les États-Unis, les frappes américaines reprennent et les appels à venger la mort du guide suprême Khamenei ravivent le conflit. Entretien et analyse avec Thierry Coville, chercheur à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) et spécialiste de l’Iran.
Propos recueillis par Mondo Guest - Aujourd'hui à 08:30 - Temps de lecture :
« Ce sont les limites de la méthode de Donald Trump. Les Américains ne sont pas entrés dans le détail des clauses. Ils sont restés dans des généralités avec différentes interprétations possibles. Par exemple, sur “la libre circulation maritime dans le détroit d’Ormuz”, il y a deux interprétations possibles. Pour les Iraniens, le trafic peut reprendre mais sous leur gestion et celle du sultanat d’Oman, avec des frais de passage à la clé. Pour les Américains, une forme de taxation du passage dans le détroit est inacceptable, leur but étant de revenir à une libre circulation internationale. C’est une impasse sur laquelle il n’y a, pour le moment, pas de discussion. »
« Les Iraniens ont une énorme méfiance à l’égard de Donald Trump. Le détroit d’Ormuz est leur meilleur instrument de pression pour avancer sur tous les autres points dans les négociations : le programme nucléaire iranien, la fin des sanctions économiques et la reconstruction du pays. Du côté américain, on se rend bien compte de l’impact du blocage de cette crise sur leur économie. Avec les élections de mi-mandat qui approchent, Donald Trump ne peut pas se permettre que le détroit reste bloqué. »
« La crédibilité de l’Europe en Iran est devenue nulle »
Le journal radical iranien Hamsharhi a publié une liste de cibles à abattre pour venger la mort du guide suprême Ali Khamenei. Le successeur de ce dernier, Mojtaba Khamenei a affirmé que « la vengeance doit être accomplie ». On retrouve en tête de cette liste Donald Trump et Benjamin Netanyahou, mais également de nombreux leaders européens, dont Emmanuel Macron. Est-ce une menace réelle ?« Les Gardiens de la révolution insistent beaucoup sur le fait qu’Ali Khamenei est mort en martyr. L’idée de le venger dans les cercles religieux chiites en Iran est, malheureusement, une réponse logique. Je ne pense pas que la menace soit bien réelle, mais tout cela fait partie de la stratégie des plus radicaux des Gardiens de la révolution.
Il faut bien comprendre que la composition du pouvoir iranien est complexe. Elle est divisée par trois mouvances politiques majeures. Les “durs” sont très influents au Parlement - le journal Hamshahri leur appartient d'ailleurs - et sont contre la paix. Il y a ensuite les militaires, qui ont gagné en prestige, ils sont assez radicaux mais favorables au protocole d’accord. Et puis enfin on trouve les “pragmatiques”, réunis autour du président Masoud Pezeshkian. Ce sont ces trois groupes qui se réunissent et discutent. Et je pense que le groupe des “durs”, les plus radicaux, avance le mieux ses pions suite aux appels à venger la mort de Khamenei. »
« La grande perdante, c’est l’Europe. À force d’adopter une lecture intéressée du droit international, nous ne sommes plus écoutés. En 2018, l’Europe n’était pas en capacité d’aligner ses actes à ses principes et de maintenir ses relations économiques avec l’Iran. Aujourd’hui, l’Europe est incapable de condamner les agressions israélo-américaines sur la base du droit international. Nous avons une vraie peur d’entrer en conflit diplomatique avec les États-Unis à cause de notre dépendance économique et technologique. Notre crédibilité en Iran est devenue nulle, mais elle se détériore aussi auprès de tous les pays émergents. »


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