Après le détroit d’Ormuz, l’Iran et ses alliés houthis du Yémen menacent de bloquer l’accès à la mer Rouge et au canal de Suez. Les armateurs s’en détournent déjà en se repliant sur des routes maritimes plus longues et plus coûteuses.

Luc Chaillot - Hier à 20:00 - Temps de lecture :

Le canal de Suez est à son tour dans le collimateur, alors qu’il représentait en temps normal 12 à 15 % du commerce maritime mondial et 20 % du trafic de conteneurs, ainsi que 12 % du pétrole et 8 % du gaz naturel liquéfié. Photo Sipa /Chine Nouvelle Le canal de Suez est à son tour dans le collimateur, alors qu’il représentait en temps normal 12 à 15 % du commerce maritime mondial et 20 % du trafic de conteneurs, ainsi que 12 % du pétrole et 8 % du gaz naturel liquéfié. Photo Sipa /Chine Nouvelle

En plus de la crise pétrolière, la guerre au Moyen-Orient entraîne une crise logistique qui risque de perturber l’économie mondiale. La quasi-fermeture totale du détroit d’Ormuz et les menaces sur la mer Rouge poussent les compagnies maritimes à chercher des routes alternatives, avec comme conséquence un rallongement des délais et des coûts de transport en forte hausse.

Depuis le début de l’offensive américano-israélienne, le trafic a chuté de 95 % dans le détroit d’Ormuz où transitait 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié. L’Arabie saoudite peut contourner en partie le blocus en exploitant au maximum de sa capacité un oléoduc Est-Ouest long de 1 200 kilomètres qui relie le Golfe persique à la mer Rouge. Il permet de transporter cinq millions de barils de pétrole par jour mais la récente entrée en guerre aux côtés de l’Iran des rebelles Houthis du Yémen, qui contrôlent une partie de la mer Rouge, risque de le rendre inutile.

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Une escalade possible en mer Rouge

Après avoir observé une certaine retenue, la milice pro-iranienne a recommencé à lancer des missiles sur Israël et promis de nouvelles frappes pour soutenir l’Iran. Ira-t-elle jusqu’à perturber le trafic maritime mondial en s’attaquant à des navires et à leurs équipages, comme elle l’avait fait pendant la guerre à Gaza en solidarité avec la population gazaouie ?

La menace est prise très au sérieux par les armateurs. Le trafic par le canal de Suez qui reprenait progressivement depuis le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas est à nouveau très ralenti, alors qu’il représentait en temps normal 12 à 15 % du commerce maritime mondial et 20 % du trafic de conteneurs, ainsi que 12 % du pétrole et 8 % du gaz naturel liquéfié. Les navires du groupe danois Maersk, numéro deux mondial du transport maritime, n’y passent plus. L’armateur français CMA CGM a pris la même décision. Dimanche, l’Iran a d’ailleurs menacé d’une nouvelle escalade en s’attaquant au détroit de Bal el-Mandeb, porte d’entrée sur la mer Rouge et sur le canal de Suez.

Des coûts en hausse répercutés sur le consommateur

Une partie du trafic est à nouveau redirigé vers la route maritime contournant l’Afrique du Sud, plus longue de 10 à 15 jours « Au moins 60 % des volumes transportés empruntent désormais le cap de Bonne-Espérance », constate Kpler, une des principales agences mondiales d’analyse de données et de suivi des navires. Certains experts prévoient des coûts de transport en hausse de 30 à 70 % pour certains types de marchandises.

L’allongement des routes maritimes qui s’ajoute à la hausse du pétrole fait craindre un effet inflationniste pour la consommation mondiale. « Ces hausses seront répercutées sur nos clients et, par conséquent, sur les consommateurs », a prévenu Vincent Clerc, le directeur général de Maersk, sur la BBC.

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