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Groenland : le pays face aux convoitises de Donald Trump

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Donald Trump ne cache pas son souhait se prendre possession du Groenland, "à l'amiable" ou "par la manière forte". Comment réagissent les autorités sur place, et quel est le sentiment exprimé par la population ? Éléments de réponse. 

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Un paysage figé dans la neige, une capitale de moins de 20 000 habitants à proximité du cercle polaire, et l'impression d'être au bout du monde. Mais le Groenland convoité par les États-Unis, est désormais au cœur de toutes les attentions. Dans le port de pêche de Nuuk, la capitale groenlandaise, l'issue d'une éventuelle intervention américaine ne fait guère de doute. "Bien sûr que nous sommes inquiets. Nous n'avons quasiment pas d'armes, pas de soldats. J'espère que la France viendra nous aider", confie un pêcheur. "Les Américains n'auraient même pas besoin d'envoyer des militaires. Nous avons deux navires, mais leur canon est en panne", ironise un autre homme.

Pour Najannguaq Hegelund, une jeune mère de famille groenlandaise, suivre l'actualité est devenu difficile. "Je n'y arrive plus, c'est beaucoup trop stressant", dit-t-elle. Cela fait un an que le président américain fait pression sur son pays. "Au début, ça nous faisait sourire. On pensait qu'il passerait à autre chose. Mais en fait, c'est comme si nous étions un objet, une marchandise qu'il peut échanger, acheter ou annexer. Je pensais que l'époque où on pouvait s'emparer comme ça du pays des autres était révolue", poursuit Najannguaq Hegelund.

Pourquoi Donald Trump s'intéresse-t-il autant à cette île de 57 000 habitants seulement ? "J'aimerais conclure un accord à l'amiable, mais si ce n'est pas possible, nous utiliserons la manière forte", a-t-il encore déclaré le 9 janvier. Le Groenland possède un sol riche en terres rares inexploitées. Mais surtout, ce territoire autonome du Danemark occupe une position stratégique. À mesure que la banquise recule, la Chine, la Russie et les États-Unis s'y livrent une compétition d'influence en Arctique. Les États-Unis possèdent déjà une base militaire au nord du Groenland.

À défaut de moyens militaires, à Nuuk, la résistance prend d'autres formes. David Røgilds est créateur de mode. Dans sa boutique, il transforme à présent les vêtements en manifestes. "Un slogan simple : 'Le Groenland n'est pas à vendre'. Nous avons des t-shirts noirs, blancs, des sweats à capuche. Nous ne pensions pas que ça durerait aussi longtemps, alors on va devoir trouver d'autres idées", explique-t-il.

Ses créations sont vite devenues populaires et traduisent l'inquiétude de beaucoup face aux ambitions américaines. "Je ne crois pas que la société américaine soit meilleure que la nôtre, loin de là. Je n'aime pas leur système. Si vous êtes pauvre, vous n'avez aucune aide et vous devez tout payer à l'hôpital", argue le designer.

Pour gagner l'opinion, l'Amérique pourrait sortir le carnet de chèques. Washington réfléchirait à proposer une somme de 10 à 100 000 dollars par citoyen groenlandais. "Où est mon chèque ? L'argent peut acheter beaucoup de choses, mais pas nous", se moque une passante. Le renseignement danois soupçonne aussi des opérations d'influence américaine pour tenter de bâtir un mouvement séparatiste au Groenland en instrumentalisant la défiance à l'égard du Danemark.

Pas de quoi lancer les Groenlandais dans les bras de Washington, selon Pele Broberg, député et chef du parti indépendantiste Naleraq, qui milite plutôt pour un pacte de libre association. "Nous ne voulons pas remplacer un pouvoir colonial par un autre, nous voulons l'indépendance", tranche-t-il. Une indépendance qui passe par une reconquête culturelle. Dans un atelier, les femmes travaillent les intestins et la peau de phoque. Une tradition inuite pour en faire des costumes traditionnels. Hors de question pour elles de s'imaginer sous influence américaine. "Je m'inquiète pour notre langue, notre culture. Ils ne vivent pas comme nous. Nos cultures sont tellement différentes", avance une artisane. "On essaie simplement de se remettre de la colonisation. Et tout ce qu'on veut, c'est d'être Groenlandais", abonde une autre.

Les Groenlandais disent avoir toujours admiré les États-Unis, des alliés perçus comme des gardiens de la démocratie. Aujourd'hui, la confiance se fissure.

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