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Groenland: l'Europe a tenu bon face à Donald Trump. Et maintenant?

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«Nous avons le cadre d'un futur accord.» C'est par ces mots, ce mercredi 21 janvier sur son réseau social Truth, que le président américain Donald Trump a désamorcé la crise qu'il avait initiée sur le Groenland. S'il n'a été élaboré qu'au sein de l'OTAN et doit donc encore convaincre le Danemark et le Groenland, cet accord respectera la souveraineté danoise et facilitera simplement les manœuvres militaires américaines sur ses bases, ainsi qu'un accès aux ressources minérales et une coopération accrue pour la sécurité de l'Arctique, selon Axios.

Le pire de la crise semble donc derrière nous et la perspective d'une intervention armée, écartée. Les Européens en sortent même victorieux… et y voient plus clair sur leur gestion des relations avec le 47e président des États-Unis. Doivent-ils se montrer conciliants pour se le mettre dans la poche? Doivent-ils faire preuve de fermeté et prendre des sanctions? Le débat divise. La première année de Donald Trump II et plus particulièrement cette crise du Groenland laissent entrevoir une voie hybride, combinant les deux approches. C'est ce qu'explique sur The Atlantic Thomas Wright, directeur de la planification stratégique au Conseil national de sécurité pendant l'administration Biden.

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L'Europe a ainsi besoin de dirigeants qui susurrent à l'oreille de Donald Trump –comme le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte, qui maîtrise la flatterie de par son passé de Premier ministre de coalitions aux Pays-Bas. Mais il lui faut aussi des chefs d'État qui jouent les durs –à l'image du discours tout en lunettes d'Emmanuel Macron à Davos. En effet, Donald Trump ignore ceux qui ne font que lui cirer les bottes, rompt les promesses et les accords conclus avec eux, et montre les muscles dès qu'une opportunité se présente. À l'inverse, le président américain pourrait se vexer de manière irrémédiable et quitter l'OTAN si les Européens ne se plaçaient que dans la confrontation.

L'approche douce est ridiculement efficace

Cette dernière semaine illustre bien ces dynamiques. Samedi 17 janvier, le président américain menace de nouveaux droits de douane les huit pays qui ont envoyé des troupes au Groenland. Lundi 19 janvier, il refuse à nouveau d'exclure l'usage de la force pour s'emparer du territoire danois. Et mercredi 21 janvier, au Forum économique de Davos, il insulte l'Europe: «Sans nous, vous parleriez tous allemand et peut-être un peu japonais», s'écrie-t-il, tout en réaffirmant que le Groenland ne devrait être qu'à lui. Mais il écarte dans le même temps toute intervention armée.

Si ce «cadre d'un futur accord» est bien l'issue de la crise, cela actera la victoire de la diplomatie danoise. Voilà un an que Copenhague se montre ouvert à des négociations sur tout ce que veulent les États-Unis, en plus de leur acheter de nombreux avions militaires. Le Danemark a cependant toujours eu deux lignes rouges qu'il n'a jamais franchies: l'intégrité territoriale du Groenland et le droit de son peuple à disposer de lui-même.

Beaucoup d'autres dirigeants européens ont, au contraire, répondu au harcèlement de Donald Trump par la flatterie inconditionnelle, si ce n'est la compromission, tout en essayant de modérer ses positions en coulisses. Ils ont accédé à ses demandes d'augmenter leur budget alloué à la Défense à 5% du PIB. Ils ont fait le dos rond face aux droits de douane imposés. Mark Rutte a même appelé Donald Trump le «papa» de l'Europe.

Cette approche douce est facile à tourner en ridicule, mais les Européens en ont tiré quelques succès. Le 47e président des États-Unis a arrêté de menacer de quitter l'OTAN. Il a repris son soutien à l'Ukraine en lui vendant des armes et en lui fournissant du renseignement. Et c'est aussi cette approche qui a ouvert un chemin au désamorçage de la crise du Groenland: le message de Donald Trump sur Truth Social parle bien d'un accord direct avec Mark Rutte.

«Je ne veux pas que les Européens fassent tout ce que les Américains leur demandent» 

Dans l'autre sens, l'approche ferme a aussi ses mérites. Si Donald Trump a fini par acquiescer à des «négociations directes» qui semblent loin de lui donner le contrôle du Groenland, c'est parce que le Danemark a tenu bon sur certaines lignes rouges. Les États-Unis n'avaient alors plus qu'une option: une guerre contre l'un de ses plus proches alliés –guerre que la loi américaine n'autorise clairement pas et que certains Républicains ont repoussée au Sénat. Donald Trump ne pouvait tout simplement pas se permettre une crise entre les pouvoirs civils et militaires, le tout pour un motif qui n'emporte pas du tout l'adhésion de la population.

La solidarité européenne a aussi produit son effet. L'Union européenne s'est mise d'accord pour imposer 93 milliards d'euros de droits de douane aux États-Unis si Donald Trump mettait sa menace à exécution contre les pays ayant envoyé des soldats au Groenland. D'autres dirigeants, comme Emmanuel Macron, ont aussi fait valoir le «bazooka européen»: l'instrument anti-coercition.

Il ne faut pas non plus négliger l'impact des marchés financiers. Selon le Trésor américain, les alliés de l'OTAN et les membres de l'Union européenne détiennent plus de 3.310 milliards de dollars de dette américaine –plus du triple de ce qu'a la Chine. Mardi 20 janvier, le rendement de l'obligation américaine à dix ans a atteint son plus haut niveau depuis août. L'inquiétude pour l'administration Trump? Que les investisseurs revendent les bons du Trésor américain si le conflit s'aggrave. Par ailleurs, les indices boursiers ont également plongé au point d'effacer un mois de croissance –de quoi peut-être susciter de nouvelles accusations de délits d'initié contre Donald Trump.

Alors, pour mieux gérer les prochaines crises avec des États-Unis qui ne sont définitivement plus des alliés fiables, les Européens pourraient suivre le conseil d'un certain J.D. Vance. «Je pense que beaucoup de nations européennes avaient raison à propos de notre invasion de l'Irak», déclarait l'année dernière le vice-président américain, partisan de la frange non interventionniste. Et de poursuivre: «Franchement, si les Européens avaient été un peu plus indépendants, un peu plus courageux, peut-être auraient-ils pu empêcher ce désastre stratégique. […] Je ne veux pas que les Européens fassent tout ce que les Américains leur demandent. Je ne pense pas que ce soit dans leur intérêt, ni dans le nôtre.»

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