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Grippe, neige, grève : le cocktail explosif qui met les urgences dans le rouge

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Depuis lundi, les médecins libéraux sont en grève, tandis que les épidémies hivernales et la neige surchargent les services d’urgences.

Depuis lundi, les médecins libéraux sont en grève, tandis que les épidémies hivernales et la neige surchargent les services d’urgences. (Photo d’illustration)

LOIC VENANCE / AFP

Depuis lundi, les médecins libéraux sont en grève, tandis que les épidémies hivernales et la neige surchargent les services d’urgences. (Photo d’illustration)

Plusieurs urgentistes disent être « débordés », « sous l’eau ». Entre épidémies hivernales, neige et verglas qui provoquent chutes et accidents, et grève des médecins libéraux, les services d’urgences et Samu sont surchargés d’appels et de patients, alertent ce mardi 6 janvier des représentants d’urgentistes.

« On est à saturation complète », glisse dans un message à l’AFP Louis Soulat, chef des urgences du CHU de Rennes, notant « l’absence complète de médecins généralistes en salle de régulation » du SAS d’Ille-et-Vilaine, le Service d’accès aux soins qui associe habituellement Samu et médecins généralistes libéraux pour répondre aux appels au 15.

Depuis lundi, les médecins libéraux de ville et des cliniques, mécontents de choix politiques qui « les piétinent », sont lancés dans une grève de dix jours, prévue pour s’intensifier progressivement jusqu’à un point d’orgue ce week-end. Selon la fédération de l’hospitalisation privée (FHP), 80% des blocs opératoires seront arrêtés du 10 au 14 janvier.

« Conjonction de trois phénomènes »

Partout en France des cabinets sont fermés et des cliniques cessent de traiter les soins non programmés, les renvoyant systématiquement, sauf urgences vitales, vers l’hôpital public. Résultat : les Samu-SAS enregistrent « une hausse de 30 à 50% » des appels au 15, selon un communiqué de Samu urgences de France (SUDF), l’un des deux grands syndicats d’urgentistes.

« Il y a énormément d’appels » de personnes dont le médecin traitant est en grève, explique à l’AFP Agnès Ricard-Hibon, représentante SUDF et urgentiste dans le Val d’Oise. Elle observe « la conjonction de trois phénomènes » : « une épidémie de grippe » intense qui surcharge les services, « la neige et le grand froid », qui multiplient « les passages pour traumatologie », et cette grève. Le nombre de cas à traiter « dépasse les capacités ».

« Les patients grippés sous oxygène ne peuvent pas être placés dans les couloirs, et embolisent les salles d’examen », poursuit-elle. Les cas urgents sont priorisés mais les autres patients subissent « de longues heures d’attente ».

La situation est « intenable »

A Nice, Antibes et Cannes, on a vécu lundi « une des plus grosses journées depuis quelques années », avec « un flux constant sur Nice, d’environ 100-110 patients en même temps », pour une capacité de 80 brancards, et l’obligation de se « délester sur d’autres services », dit à l’AFP Pierre-Marie Tardieux, chef du pôle urgences à Nice.

Au 15, qui enregistre « habituellement 1.600-1.700 appels » quotidiens, « on était à plus de 2.100-2.200 », nourris par la grippe, le retour des vacances et la grève qui a « un impact important », selon lui.

Pour les équipes, éprouvées par plusieurs semaines d’épidémie et des tensions sur les effectifs pendant les fêtes, la situation est « intenable », souligne SUDF.

Plans blancs

Divers établissements ont déclenché des plans blancs (dispositif permettant notamment la mobilisation de renforts, ou la déprogrammation de soins non-urgents), comme l’hôpital Nord Franche-Comté, ou plusieurs hôpitaux de Savoie. « Les hôpitaux publics ne pourront pas compenser à eux seuls » l’interruption d’une partie de l’offre privée, écrit la direction de l’hôpital de Chambéry dans un communiqué.

La presse locale fait aussi état de plans blancs au CHU de Nantes, en Bretagne notamment à Saint-Brieuc et Douarnenez, dans les Deux-Sèvres, ou encore à Dax (Landes).

Les urgences adultes de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris sont aussi « soumises à une forte tension, liée notamment à un afflux important de patients âgés de plus de 75 ans », « plus marquée à Paris et dans les Hauts-de-Seine ». « À ce stade, il n’est pas possible de dissocier » l’impact relatif aux épidémies hivernales, des conditions climatiques ou de la grève, précise l’AP-HP.

Ces derniers jours, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a répété « prendre les mesures » nécessaires pour que les Français continuent d’être soignés, y compris des réquisitions de médecins.

« Je suis très inquiet » pour les jours à venir et la « grève dure » des blocs, alors que les autorités « peinent à savoir qui fait vraiment grève », soupire Pierre-Marie Tardieux. « On comprend le mouvement », dit-il, mais pour l’hôpital, qui « sert d’amortisseur, et de caisse de résonance à cette grève, ce sera vraiment dur ».

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