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Présenté en compétition à la Mostra de Venise en 2025 et après onze années de travail, "Girl" est un film sur les blessures de la violence au sein de la famille.
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 02/08/2026 06:05
Temps de lecture : 4min
Roy Chiu (Chiang) et 9m88 (Chuan) dans le film "Girl" de Shu Qi. (MANDARIN VISION)
La célèbre actrice taïwanaise Shu Qi, 50 ans, signe son premier long-métrage avec Girl, un drame familial méthodiquement dépeint dans un Taïwan de la fin des années 1980. En salles mercredi 5 août, le film s'attache à plonger les spectateurs dans un environnement sombre et éprouvant où les violences conjugales et intrafamiliales s'installent avec une glaçante précision. Bien que très présents, les coups laissent progressivement place aux cicatrices invisibles qui imprègnent et définissent les personnages féminins. À travers ce récit, Shu Qi s'intéresse à la transmission générationnelle de ces schémas brutaux.
Girl nous happe au sein de l'environnement dysfonctionnel dans lequel grandit la jeune Hsiao-Lee (Xiao-Ying Bai). Son père, Chiang (Roy Chiu), alcoolique et violent, et sa mère, Chuan (la chanteuse 9m88), enfermée dans sa propre détresse, ne lui accordent que très peu d'attention. Encore moins de réconfort. Renfermée et solitaire, l'adolescente fait la rencontre de Li Li-li (Audrey Lin), nouvelle élève américano-taïwanaise qui la prend sous son aile et lui ouvre la voie à une possible émancipation. Témoin de la liberté et de l'impertinence de Li Li-li, Hsiao-Lee commence à vivre, loin de son quotidien infernal. Les deux amies sèchent les cours, sortent, s'amusent, font des rencontres... Ce qui fait grandir chez Hsiao-Lee, un désir empressé de trouver sa voie.
En ayant également recours à des flashbacks – souvenirs de jeunesse de Chuan – Shu Qi souligne subtilement que les blessures héritées de la domination patriarcale subie par les protagonistes féminines se répètent, tout en les liant aussi entre elles. Chuan, elle-même désabusée par la figure paternelle, est chassée de chez ses parents à un très jeune âge. Envoyée chez sa tante, pour qui elle va désormais travailler, elle se marie rapidement. Comme l'explique la réalisatrice, les traumatismes de Chuan "rendent terrifiant le fait de fonder une famille" et "rendent impossible la réconciliation avec soi-même".
Au-delà du huis clos familial, Girl s'intéresse à une violence plus diffuse. Elle est systémique. Pas seulement au sein de la famille, on la retrouve également à travers d'autres interactions sociales. En abordant des thématiques comme le manque, la privation, la misogynie ordinaire et l'absence de choix, la réalisatrice donne à voir toute la complexité d'une femme, enfermée dans un système dont elle reproduit, malgré elle, les mécanismes. Elle subit, en tant que fillette d'abord, puis femme, épouse et mère, une structure humiliante dans laquelle elle se sent impuissante. Ne souhaitant pas le même sort pour sa fille, elle manifeste envers Hsiao-Lee une dureté où transparaissent toute sa frustration et son dégoût pour elle-même.
Inspirée par sa propre enfance, Shu Qi présente Girl dont elle termine le scénario en 2023 après avoir retrouvé l'inspiration en assistant à la Mostra de Venise en tant que membre du jury. Dans sa note d'intention, elle ajoute : "En tant que réalisatrice d'un premier film, il y a inévitablement quelques défauts, mais c'est une histoire que je souhaite profondément partager, une histoire qui ouvre une conversation sur l'impact puissant de la famille, pour le meilleur et pour le pire."
Cette oppression palpable transperce, prend aux tripes, fait hurler... Elle est tyrannique et constante. Au visionnage du film, elle laisse un goût amer et sinistre. On y croit profondément. Et cette réalité passe aussi par une mise en scène soignée. L'accent porté sur la lumière et les tons narre parfaitement la légèreté ou l'intensité des scènes. Celles d'extérieur, donc hors de la maison familiale, sont généralement plus lumineuses, chaleureuses et laissent entrer les couleurs.
Bai Xiao-Ying (Lin Hsiao-Lee) et Lai Yu-Fei dans un extrait du film de Shu Qi, "Girl". (MANDARIN VISION)
Inversement, au sein du foyer, tout est sombre, éclairé par des néons blafards et un décor terne. Shu Qi a aussi pensé le travail sonore comme un prolongement de la réalisation. Elle use également de plusieurs scènes métaphoriques visant à enclore ou, au contraire, à offrir des portes de sortie à ses personnages : des passages grillagés, des cadres enfermant – telle que la penderie en tissu dans laquelle Hsiao-Lee dort pour échapper à son père la nuit –, des plans filmés à travers des miroirs ou encore des brèches dans le mur de l'école…
Sans jamais céder au pathos, Shu Qi signe un premier long-métrage d'une grande sensibilité. C'est dans une tension permanente entre enfermement et affranchissement que l'histoire trouve sa force, portée par l'interprétation remarquable de 9m88 dont le détachement et la résignation transcendent l'écran. De la même manière, Roy Chiu est terrifiant en "chef de famille" imprévisible. Un film qui pourrait être d'une tristesse profonde, en laissant le mal-être consumer les spectateurs du début à la fin, mais qui s'applique tout de même à proposer une lueur d'espoir et d'indépendance dont on a bien besoin.
"Girl", au cinéma le 5 août 2026. (2025 MANDARIN VISION CO. LTD. ALL RIGHTS RESERVED)
Genre : Drame
Réalisation : Shu Qi
Avec : 9m88, Roy Chiu, Xiao-Ying Bai, Audrey Lin
Pays : Taïwan
Durée : 2h04
Sortie : 5 août 2026
Distributeur : Ad Vitam
Synopsis : Taïwan, 1988. Hsiao-lee, une jeune adolescente timide, peine à trouver sa place au sein de sa famille dysfonctionnelle. Elle voit sa vie bouleversée par sa rencontre avec Li-li, une jeune fille vive et insouciante qui lui permet de s'évader de son quotidien. Mais lorsque le passé douloureux de sa mère ressurgit, d'anciennes blessures refont surface. Partagée entre un lourd héritage familial et son ardent désir de liberté, Hsiao-lee doit trouver sa propre voie.
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