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GetTransfer.com, symptôme d’une «déréglementation à l’extrême»

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Le Devoir Enquête

La « déréglementation à l’extrême » du taxi au Québec a ouvert la porte à GetTransfer.com et elle continue de faire courir « des risques incroyables » à la clientèle, laissée à la merci d’une industrie qui a perdu ses garde-fous, estiment deux piliers du taxi au Québec.

« En matière de sécurité, GetTransfer est une aberration, constate Frédéric Préjent, président et directeur général de Taxelco, la plus grande entreprise de taxi au Québec. Leurs prestataires, on ne sait pas qui c’est, on ne sait pas d’où ils viennent, on ne sait même pas s’ils sont reconnus. N’importe qui peut s’improviser chauffeur ou chauffeuse, s’enregistrer sous une compagnie dont on ne connaît même pas les contrôles. »

À son avis, la réforme du transport rémunéré entrée en vigueur en 2020 a libéralisé l’industrie selon un cadre réglementaire strict, mais sans que l’État se dote des moyens nécessaires pour le faire respecter.

« La déréglementation a eu des effets positifs, c’est-à-dire donner un petit push pour la modernisation de l’industrie, mais ç’a aussi amené de grands problèmes, dont une surpopulation du nombre de chauffeurs, poursuit Frédéric Préjent. Il y avait 4400 véhicules avant l’adoption de la loi, ce qui n’était peut-être pas suffisant. Aujourd’hui, par contre, il y a à peu près 14 000 véhicules taxis à Montréal, plus 22 000 chauffeurs d’Uber. Pendant ce temps-là, le gouvernement n’a pas recruté plus de contrôleurs routiers pour surveiller l’industrie. Vous imaginez à quel point il n’y a plus de contrôle. »

La clientèle qui utilise des applications comme GetTransfer.com, résume-t-il, monte à bord de véhicules anonymes que la SAAQ n’a pas homologués et qui sont conduits par des personnes qui peuvent « s’improviser » chauffeurs sans répondre aux exigences de la loi.

Leurs coordonnées bancaires et leurs données personnelles, ajoute le p.-d.g. de Taxelco, se retrouvent entre les mains d’entités souvent étrangères. « Si celles-ci vendent vos informations, vous n’avez aucun recours, note Frédéric Préjent. Le gars est russe, il habite à Chypre : je ne pense pas qu’il va répondre si vous avez une plainte et que vous demandez un suivi. »

Ces plateformes posent aussi un risque aux personnes derrière le volant, croit Serge Lebreux, président de l’Association des taxis des régions du Québec (ATRQ).

« Que les gars travaillent pour une application qui n’a pas de notoriété au Québec, fassent confiance à quelqu’un qu’ils ne connaissent pas et lui confient l’argent issu de leur travail, ça démontre la grande vulnérabilité des chauffeurs », explique M. Lebreux au volant de son taxi de l’enseigne Porlier, présente dans l’est du Québec. « Les gens ont faim, ils empruntent sur leur carte de crédit pour manger. Qui peut les blâmer d’essayer de se faire un peu d’argent avec une entreprise inconnue qui leur permet de bons pourboires ? »

À ses yeux, le gouvernement a « donné un coup de pied dans un nid de fourmis » avec sa réforme. « Il voulait contrôler l’économie au noir dans le taxi, souligne Serge Lebreux, mais depuis l’entrée en vigueur de la loi, c’est un peu n’importe qui qui s’annonce sur Facebook. Au lieu d’améliorer le contrôle de l’industrie du transport de personnes, ç’a eu l’effet inverse. Le ministère du Revenu n’a pas atteint sa cible dans le contrôle du transport illégal. Il contrôle peut-être le taxi, mais il ne contrôle pas ce qui se passe à côté. »

Le président de l’ARTQ doute de la volonté du gouvernement de remédier à ce qu’il qualifie de « bordel » dans l’industrie du transport rémunéré. « Ça fait cinq ans que nous travaillons avec le ministère au comité national du transport rémunéré, explique Serge Lebreux. Nous en avons apporté, des solutions quasiment à coût zéro… mais ça fait un an et demi que nous n’avons pas eu de rencontre ! »

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