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Après 12 ans de moratoire, de nouveaux puits de gaz de schiste pourraient voir le jour au Nouveau-Brunswick. Le gouvernement de Susan Holt prétend que le contexte géopolitique mondial a changé et que des avancées technologiques justifient de réévaluer la fracturation hydraulique. A-t-il raison? Voici quelques éléments de réponse.
Pour justifier l'examen du moratoire sur la fracturation hydraulique, la première ministre Susan Holt cite les relations commerciales difficiles avec les États-Unis, qui affaiblissent l'économie de la province.
Le prix de l’énergie, le prix des produits d'épicerie, le prix de l'essence, [les Néo-Brunswickois] ont du mal à joindre les deux bouts et ils ressentent l'incertitude de l'état du monde qui nous entoure, a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse, la semaine dernière.
Le gouvernement cherche donc des solutions localement pour accroître son indépendance économique et énergétique. C’est pour cela qu’il étudie la possibilité de miser sur le gaz de schiste.
Le temps est venu d'assurer notre autonomie et de protéger notre souveraineté.
L’économiste et professeur à la Faculté des hautes études publiques de l'Université de Moncton Pierre-Marcel Desjardins affirme que certaines entreprises ont souffert de la guerre commerciale.
Il cite notamment des joueurs de l’industrie forestière. Je pense au Groupe Savoie, par exemple. Mais c’est vraiment du cas par cas, précise-t-il.

Des produits faits à partir de bois franc sont touchés par la nouvelle série de tarifs. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck
La première ministre Susan Holt a également déploré, la semaine dernière, que la province dépende des États-Unis pour s’approvisionner en gaz naturel. Dans le contexte actuel, la situation doit changer, selon elle.
Le directeur scientifique de l'Institut de l'énergie Trottier à Polytechnique Montréal, Normand Mousseau, apporte toutefois des nuances à ces affirmations.
Au niveau national, canadien, on est un exportateur massif vers les États-Unis, on ne dépend pas des États-Unis. Du côté des Maritimes, on importe du pétrole des États-Unis, mais au net, on n’est pas dépendant des États-Unis, croit-il.
L’économiste Pierre-Marcel Desjardins croit qu’il est judicieux de favoriser la production locale d’énergie. Je suis de l’avis qu’il faut diminuer notre dépendance envers les États-Unis. Donc, dans cette optique, tout effort est le bienvenu, croit-il.
Pour ce qui est de la fracturation hydraulique, précisément, Pierre-Marcel Desjardins estime qu'il y aurait des avantages économiques à explorer cette avenue. Il cite la diversification des marchés, mais aussi les revenus gouvernementaux liés aux redevances et les impacts de ces activités, comme la création d'emplois.
Il y a toutefois l’aspect environnemental où je n’ai pas toutes les informations pertinentes et je ne peux donc pas dire si les bénéfices sont supérieurs aux coûts, nuance l’économiste.
Un choix risqué
Pendant que le Nouveau-Brunswick se penche sur le gaz de schiste, la tendance mondiale est à l'électrification et les marchés internationaux pour le gaz naturel sont extrêmement concurrentiels, souligne Normand Mousseau.
Il explique que si le Nouveau-Brunswick choisissait d’utiliser le gaz de schiste uniquement pour répondre aux besoins de la province, l’énergie produite serait plus coûteuse que la moyenne en Amérique du Nord.

Une tour de forage aux États-Unis. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Nick Oxford
Et pour rendre la chose rentable, il faudrait exporter le gaz de schiste et donc en produire davantage, ce qui signifierait de nombreux forages.
Il va falloir en faire des puits, beaucoup. Parce que c’est comme ça qu’on abaisse les coûts. Le matériel de forage doit rouler 24 heures par jour, explique Normand Mousseau.
Le gaz de schiste n’est pas une énergie de transition, rappelle le directeur scientifique de l'Institut de l'énergie Trottier. Son exploitation à grande échelle constituerait un virage économique majeur.
Une fois qu’on s’engage là-dedans, les investissements, les projets de loi, les pressions vont aller là, les lobbys vont se construire et, après ça, reculer ou se transformer devient presque impossible, affirme-t-il.
Avancées technologiques minimes
Lorsque le gouvernement néo-brunswickois a annoncé son intention d’évaluer la relance de l’exploitation du gaz de schiste, le ministre des Ressources naturelles, John Herron, a soutenu que les technologies liées au gaz naturel ont beaucoup évolué depuis la mise en place du moratoire il y a 12 ans.
De son côté, Normand Mousseau estime qu’il n’y a pas eu de transformations technologiques majeures dans le secteur au cours des dernières années.

Un puits de gaz de schiste. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Selon lui, il y a eu des améliorations qui ont permis de réduire les coûts d’exploitation.
La façon dont on construit les puits en est un exemple. Les puits sont plus longs sous la terre, ce qui signifie qu’il y a moins de sites de forage en surface. On n’est plus obligés de construire des routes et des infrastructures sur terre aussi rapprochées qu’avant, il y a un peu moins de coûts pour l’entreprise, explique Monsieur Mousseau.
Les inquiétudes environnementales
Au-delà des questions géopolitiques et technologiques, le ministre John Herron a affirmé que le projet verrait le jour uniquement si toutes les normes environnementales étaient respectées.
Il a précisé que du gaz naturel est extrait en toute sécurité aujourd'hui dans la province.
Il y a actuellement une petite quantité de gaz de schiste qui est exploitée dans la région de Sussex. Ce territoire a été exempté du moratoire en 2019.
Le professeur au Département de chimie et biochimie de l’Université de Moncton Olivier Clarisse a mené des recherches sur les déchets radioactifs qui peuvent être libérés lors de l’exploitation du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick.
[Les recherches] indiquent un impact environnemental limité, mais néanmoins mesurable, dans les secteurs ayant fait l’objet d’activités d’exploration et de production.
Selon Olivier Clarisse, toute reprise de l’exploitation du gaz de schiste devrait s’accompagner, au minimum, de la mise en place d’un programme indépendant de surveillance environnementale à long terme, permettant de documenter l’évolution de la qualité des milieux naturels, de détecter rapidement toute dégradation et d’assurer une gestion fondée sur des données scientifiques robustes.
Un des enjeux environnementaux majeurs est lié au déversement des eaux contaminées après la fracturation, précise Normand Mousseau.
De plus, malgré une amélioration du taux de recyclage de l’eau – qui atteint aujourd’hui environ 50 % contre 20 à 25 % il y a dix ans –, l'exploitation du gaz de schiste en requiert toujours d’importantes quantités, fait-il remarquer.
Aussi, si les cas avérés de dommages aux nappes phréatiques restent limités, le manque de données sur l'état des eaux souterraines avant l'exploitation constitue une préoccupation majeure, souligne Normand Mousseau.
Les consultations se termineront en janvier 2027 et un rapport du groupe de travail sera remis. Des mises à jour sur le travail accompli seront communiquées tous les mois, précise le gouvernement.


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