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Gaz de schiste : l’autonomie énergétique fait bondir l’appui à 56 % au Québec

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Longtemps considéré comme politiquement enterré au Québec, le gaz de schiste semble retrouver une certaine acceptabilité lorsqu’il est présenté non seulement comme une ressource à exploiter, mais comme un moyen de réduire la dépendance énergétique du Québec envers les États-Unis.

Un nouveau sondage Synopsis-La Presse, réalisé auprès de 1000 Québécois du 10 au 13 septembre, montre d’abord une population pratiquement coupée en deux sur la question : 38 % des répondants se disent favorables à « l’exploitation des réserves de gaz naturel de schiste au Québec », contre 37 % qui s’y opposent.

Le quart des répondants demeure indécis.

Mais les résultats changent considérablement lorsque la question est placée dans le contexte de la sécurité énergétique.

Dans une seconde question, les répondants ont été informés qu’une grande partie du gaz naturel consommé au Québec transite par les États-Unis et que Donald Trump avait évoqué la possibilité de couper l’approvisionnement en gaz de l’Ontario — et, par conséquent, du Québec — en réponse aux menaces canadiennes de suspendre les exportations d’électricité.

Lorsqu’on leur demande ensuite s’ils seraient favorables à l’exploitation du gaz de schiste québécois afin « d’accroître son autonomie énergétique », 56 % répondent favorablement, contre seulement 25 % qui s’y opposent. La proportion d’indécis tombe à 19 %.

Cet argument modifie considérablement l’acceptabilité déclarée de la filière : entre les deux questions, l’appui passe de 38 % à 56 %, tandis que l’opposition recule de 37 % à 25 %.

« La souveraineté énergétique, il y a une grande sensibilité par rapport à ça », observe Youri Rivest, associé chez Synopsis, dans La Presse.

Une majorité jusque chez les péquistes

Les résultats par affiliation politique sont peut-être encore plus révélateurs.

Sans le contexte de l’autonomie énergétique, l’exploitation du gaz de schiste obtient davantage d’appuis chez les électeurs conservateurs, à 62 %, et caquistes, à 48 %. Les électeurs libéraux sont parfaitement divisés, avec 38 % pour et 38 % contre, tandis que l’opposition domine chez les électeurs péquistes et solidaires.

Lorsque l’enjeu de l’autonomie énergétique est introduit, le portrait change.

L’exploitation du gaz de schiste obtient alors 77 % d’appui chez les électeurs conservateurs, 64 % chez les caquistes, 64 % chez les libéraux et 51 % chez les péquistes.

Québec solidaire est le seul des principaux partis dont les électeurs ne franchissent pas la barre des 50 %.

Le résultat suggère donc que le débat sur le gaz naturel ne se superpose plus parfaitement aux lignes partisanes habituelles lorsque la question est formulée en termes de sécurité d’approvisionnement.

Cette évolution survient alors que le gaz de schiste est revenu dans la campagne électorale québécoise.

Christine Fréchette, qui avait rouvert la porte au dossier pendant la course à la direction de la CAQ, a réagi au sondage samedi en affirmant percevoir davantage d’ouverture chez les Québécois.

La cheffe caquiste ne s’est toutefois pas engagée à relancer l’exploitation. Elle affirme vouloir mesurer l’acceptabilité sociale avant d’aller plus loin et a indiqué samedi ne pas être encore rendue au point de conclure qu’il fallait procéder.

Éric Duhaime va beaucoup plus loin. Le Parti conservateur du Québec propose de lever l’interdiction actuelle et de permettre l’exploitation du gaz naturel de la formation d’Utica, sous certaines conditions d’acceptabilité sociale et de retombées locales.

Une industrie interdite depuis 2022

Une relance nécessiterait un important changement législatif.

En 2022, le gouvernement Legault a fait adopter la Loi visant principalement à mettre fin à la recherche et à la production d’hydrocarbures. Depuis le 23 août de cette année-là, il est interdit de rechercher ou de produire du pétrole et du gaz naturel sur l’ensemble du territoire québécois.

Le gouvernement du Québec souligne lui-même être devenu le premier État en Amérique du Nord à interdire ainsi la recherche et la production d’hydrocarbures.

La loi avait d’ailleurs bénéficié d’un très large consensus à l’Assemblée nationale : elle avait été adoptée le 12 avril 2022 par 96 voix contre aucune, avec 10 abstentions.

Quatre ans plus tard, le contexte politique et géopolitique n’est cependant plus exactement le même.

Le conflit commercial avec les États-Unis a remis au premier plan la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement transfrontalières, au moment même où le Québec continue de consommer du gaz naturel sans en produire sur son territoire.

Le sondage Synopsis-La Presse ne démontre pas qu’un consensus existe désormais pour renverser l’interdiction de 2022. À la question générale, les Québécois demeurent presque exactement partagés.

Il montre toutefois quelque chose de politiquement significatif : dès que le gaz québécois est présenté comme un outil d’autonomie énergétique face aux États-Unis, l’équilibre bascule et une majorité de répondants se montre favorable à son exploitation.

À quelques semaines du scrutin, une filière que Québec avait légalement condamnée il y a seulement quatre ans vient donc de retrouver une place dans le débat énergétique québécois.

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