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Entre culture générale et ateliers pratiques, l’examen «Un des Meilleurs Ouvriers de France » vise à maintenir l’excellence et le savoir-faire d’un ensemble de métiers. Visite guidée au cœur des épreuves de la classe sommellerie.
Théo Meunier - 11 mai 2026 à 08:30 | mis à jour le 11 mai 2026 à 16:05 - Temps de lecture :
« C’est une finale de Ligue des champions, un match pour une médaille olympique », martèlent les organisateurs. Depuis 1924, le COET-MOF orchestre l’examen des « Meilleurs Ouvriers de France », les célèbres MOF, à raison d’une session tous les trois ans. Les métiers de bouche sont souvent mis en avant, mais ceux de l’artisanat, de l’industrie ou du bâtiment sont aussi concernés. Au total, 93 métiers seront distingués lors de cette 28e session. « C’est un diplôme pour transmettre un savoir-faire mais aussi pour innover dans chacune des professions », avance Stéphanie Brossé-Verbiest, secrétaire générale du COET-MOF. « C’est d’ailleurs une exception culturelle française », rappelle-t-elle.
Lundi 27 avril, 46 sommeliers – dont sept femmes – étaient présents à l’école de Paris des métiers de la table (EPMT) pour participer aux épreuves. Le menu de la journée est copieux. En entrée, les candidats doivent répondre à un QCM de 60 questions sur la culture du vin au sens large, voire de la boisson en général. « J’ai trouvé certaines questions abordables, mais j’ai buté sur d’autres, notamment celle où l’on devait dire dans quel État américain se trouvait un certain lac », tente de se remémorer Steve Gellot, qui officie au restaurant Anne de Bretagne à la Plaine-sur-Mer (Loire-Atlantique). Le sommelier de 33 ans confie avoir intégré la sophrologie et le yoga à sa préparation pour apprendre à mieux maîtriser son stress.
« C’est toujours impressionnant »
La partie théorique laisse ensuite sa place à la pratique. Les candidats sont invités à déguster trois paires de vins. « Ce qu’on demande c’est d’identifier le cépage et une forme de climatologie ou de profil de vins », précise Manuel Peyrondet, élu meilleur sommelier de France en 2008.
Après une courte pause déjeuner, les candidats patientent dans la salle d’examen et sont appelés par numéro pour participer aux trois ateliers de l’après-midi. Le premier est celui de la commercialisation. « Les candidats se trouvent face à des clients qui ont commandé une boisson. Ils doivent expliquer l’histoire de cette boisson tout en transmettant des émotions. Le tout en anglais », précise Philippe Faure-Brac, le président de classe de cet examen, qui arbore la médaille que reçoivent les lauréats du MOF, dorée et ornée d’une cravate tricolore.
Les candidats font face à un jury de deux personnes composé de sommeliers, de cavistes voire de journalistes de la presse spécialisée. « Même si on en connaît certains, voir tous ces professionnels attablés avec leurs médailles, c’est toujours impressionnant. Lors du premier atelier, j’ai eu une grosse montée de stress, c’est un certain niveau d’excellence », avoue Logan Guignot-Trufley, chef sommelier au Château Lafaurie Peyraguey à Bommes (Gironde).
Accorder mets et vin
Après la commercialisation, vient le service. « Veuillez ouvrir au bilame et servir au panier cette bouteille de vin. Vous disposez de cinq minutes à partir de maintenant », énonce un membre du jury en lançant son chrono. Les gestes sont millimétrés, ordonnés. Le bilame désigne un type de tire-bouchon composé de deux lames qui permet d’extraire le bouchon tout en le laissant intact. Quant au service au panier, il consiste à placer la bouteille dans un panier en osier puis de verser sans passer par une carafe. « J’ai hésité une petite seconde mais j’ai bien pris les bons ustensiles. J’ai fait deux petites gouttes et j’ai oublié de présenter le bouchon au deuxième membre du jury, ça risque d’être pénalisé », regrette Steve Gellot. « Je m’étais pourtant entraîné, mais c’est dur de tenir le chrono qu’on nous impose », souligne-t-il.
Le dernier atelier est celui de l’accord mets-vin. Au « top » on soulève la cloche pour découvrir le plat préparé par les apprentis de l’EPMT. Deux bouteilles de vin sont placées à côté de l’assiette. Les candidats doivent goûter le plat – un filet de rouget-barbet assaisonné d’un jus de viande, d’agrumes et de poivre – et déterminer lequel du vin rouge ou du vin blanc proposé s’accorde le mieux tout en justifiant son choix. « On évalue l’analyse du plat et de ses saveurs. Quant au vin, ils doivent en déterminer les caractéristiques principales », chuchote Philippe Faure-Brac pour ne pas perturber les deux candidats.
Philippe Faure-Brac, président de classe sommellerie" et Stéphanie Brossé-Verbiest, secrétaire générale du COET-MOF. Photo COET MOF/MICHEL DUPRE
Une finale à l’automne
Au terme de ces épreuves, certains des candidats seront probablement qualifiés pour la finale de l’examen qui aura lieu sur deux jours en octobre prochain. Pas de certitude toutefois. Car le MOF n’est pas un concours, mais bien un diplôme d’État, équivalent à un bac +2. Le jury peut tout aussi bien sélectionner tous les candidats ou aucun d’entre eux. « Cette année, on a déjà deux métiers qui n’envoient personne en finale », explique Stéphanie Brossé-Verbiest.
« La sélection permet de faire le tri », abonde le chef Philippe Faure-Bracq. Sans préjuger des résultats, le chef de classe commence à dévoiler à son audience les grandes lignes des épreuves à venir. « Il devrait y avoir un service en salle et en réel, un grand oral et une nouvelle épreuve de commercialisation et de gestion. Toutes ces composantes font le cœur et la richesse de notre métier », conclut le chef de classe.


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