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Avant même que n'éclose l'affaire Thélyson Aurélien, les Éditions de l'Observatoire avaient lancé pour ses livres un label original et éloquent : "Livre sanctuaire, 100 % humain". On y lit : "L'auteur s'engage vis-à-vis de son éditrice, de ses lecteurs et lectrices à ne pas utiliser l'IA générative dans la rumination, la composition et l'écriture de son ouvrage".
Il n'est pas étonnant que le premier à arborer ce label soit Gaspard Koenig. En 2013, il publiait l'excellent roman Humus et revenait en début de cette année avec Aqua, nouveau roman à teneur philosophique et politique, qui évoque les pénuries d'eau à venir et les conflits que cela entraînera.
Philosophe, romancier, essayiste prolifique, arpenteur de nos futurs, il analyse notre glissement vers les crises majeures de l'épuisement de nos ressources.
Selon Gaspard Koenig ("Humus"), les vers de terre peuvent nous sauverDans Consonno, il se demande "Que restera-t-il de l'humanité après sa disparition ?", une question vertigineuse qui se pose désormais. Pour le voir, il s'est rendu à 50 km au nord de Milan, dans les ruines du village de Consonno, créé de toutes pièces en 1966 par un utopiste italien qui rêvait d'en faire un "Las Vegas italien" mais ce symbole de l'hubris bâtisseuse d'alors échoua rapidement ne laissant que des vestiges.
Rien ne disparaît, mais tout se digère.
Avec un botaniste et un architecte, il y découvre une nature qui a très vite repris ses droits et envahi tout. "En 50 ans, la végétation a poussé partout. Cet espace qui semblait si ordonné et bien délimité est devenu confus et inextricable. Nos plans les plus rigoureux, nos matériaux les plus résistants, ont été emportés dans la danse des vivants qui utilisent tout ce dont ils ont besoin et détruisent le reste."
De belles ruines
La première conclusion est donc que dans un monde sans nous, la planète s'en remettra. Il montr, e en détail, ce processus qui attaque le béton comme l'acier.
Encore faut-il qu'il y ait de "bonnes" ruines. L'architecte belge Bob Van Reeth nous disait qu'il faut imaginer, dès leur conception, que nos constructions donneront de "belles ruines", comme nous l'a laissé l'Antiquité.
Mais pour cela encore faut-il penser, dit Gaspard Koenig, le mécanisme de décomposition dès la construction. Si le biologiste Olivier Hamant prône la robustesse de nos objets et constructions, Gaspard Koenig y ajoute l'obligation d'une décomposition possible. "Je rêve que les industries passent de l'obsolescence programmée des produits à la décomposition anticipée (réutilisation longue, déchets minimaux)."
"Aqua" : Gaspard Koenig nous livre un vrai roman qui est aussi une vraie leçonCar tout ne redevient pas humus. À Tchernobyl, la nature est revenue mais transformée, mutée. "Là, nous sommes les voyeurs de notre propre extinction". Un continent de plastique flotte sur l'océan, les PFAS sont des polluants éternels, nos déchets nucléaires resteront dangereux durant des siècles.
Gaspard Koenig explique que "les ruines d'aujourd'hui seront nos paysages de demain", même si on échappe à l'apocalypse. Et il avance l'idée d'un principe de digestion, d'une architecture qui se dissipe avec le temps, qui accueille l'humus au lieu de le repousser.
Consonno, Essai, Gaspard Koenig, Éditions de l'Observatoire, 22 € version numérique 16 €
EXTRAIT
"Nous touchons du doigt une nouvelle morale : est bien ce qui est digeste, c'est-à-dire, ce qui se dilue progressivement dans son environnement. On a le droit de faire tout ce qu'on sait défaire. […] Il est temps de passer de la destruction à la digestion."
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