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Gaspard Estrada : entre le Venezuela et l’UE, un «nouvel agenda» dicté par la pression internationale

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ENTRETIEN - Selon ce spécialiste de l’Amérique latine, l’ouverture affichée par Caracas envers l’Union européenne, à travers notamment des libérations de prisonniers, relève avant tout d’un signal politique en faveur d’un rapprochement encore fragile.

Gaspard Estrada est politologue et membre de l’unité du Sud Global à la London School of Economics, et coordinateur de América Latina. Mirar al futuro, Presses de la Fondation Felipe Gonzalez, Madrid, 196 pages, 2022.


LE FIGARO. - De quelle façon interprétez-vous l’annonce par Caracas, ce 12 janvier, d’un «nouvel agenda» avec l’Union européenne: s’agit-il d’un véritable tournant diplomatique ou d’un signal politique dans un contexte de forte pression internationale ?

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Gaspard ESTRADA. - Je pense qu’il s’agit d’un signal politique dans un contexte extrêmement tendu. Les autorités vénézuéliennes tentent d’obtenir de l’oxygène en cherchant à renouer avec l’Union européenne et les principales capitales européennes, alors que ces dernières n’avaient pas reconnu la victoire de Nicolás Maduro en 2024 et, par extension, la légitimité de Delcy Rodriguez. Pour mener à bien cet objectif, plusieurs prisonniers politiques ont été libérés, notamment ceux qui avaient une double nationalité d’origine européenne. Ces libérations interviennent alors que deux courants semblent se former à la tête de l’État vénézuélien: d’une part, la famille Rodriguez, Delcy et son frère Jorge (président de l’Assemblée nationale), partisans d’une ouverture progressive et d’un compromis avec les États-Unis en matière pétrolière, et d’autre part les militaires Diosdado Cabello, en charge de la sécurité et des services de renseignements, et Vladimir Padrino, ministre de la Défense, partisans du statu quo. Pour l’instant, tout le monde fait bloc. Mais on ne peut pas exclure des dissensions à l’avenir, notamment si les pressions internationales s’accentuent.

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Dans quelle mesure les gestes récents du pouvoir vénézuélien, accords pétroliers avec les États-Unis et libération de prisonniers politiques, peuvent-ils suggérer à l’UE des avancées crédibles en vue d’un rapprochement ?

Il me semble que les capitales européennes vont dans un premier temps essayer de comprendre les dynamiques à l’œuvre au sein de ce gouvernement intérimaire avant de réaliser un rapprochement – notamment en matière de libérations d’opposants, de libertés publiques et de la reconnaissance des créances (impayées) des entreprises européennes anciennement présentes sur place. Néanmoins, il est clair que la nouvelle donne créée par l’enlèvement de Nicolás Maduro tend à augmenter l’engagement diplomatique européen au Venezuela.

L’Europe doit être présente sur le terrain, ainsi que dans le dialogue politique plus global concernant l’avenir du Venezuela, en affirmant la singularité de sa voix.

L’UE a refusé de reconnaître la réélection de Nicolás Maduro en 2024 et a soutenu l’opposition. Quels obstacles politiques et institutionnels cela pose-t-il à une normalisation des relations avec Caracas?

C’est en effet une des problématiques soulevées par cette nouvelle donne. Comment soutenir la démocratisation du Venezuela sans l’imposer de l’extérieur ? La réponse n’est pas simple. Lorsqu’on pense à l’opposition vénézuélienne, les noms de María Corina Machado et d’Edmundo Gonzalez Urrutia reviennent naturellement. Or, ces deux dirigeants ne sont pas sur place, ce qui empêche leur action politique. Par ailleurs, d’autres chefs de file de l’opposition au régime sont à Caracas et subissent les pressions du gouvernement – notamment Henrique Capriles, ancien candidat à la présidence de la République en 2012. Tant que l’ensemble de l’opposition ne dispose pas des conditions normales d’exercice de ses droits civiques et politiques et qu’il n’existe pas de calendrier précis de retour aux urnes dans un cadre réellement compétitif et transparent, il sera difficile de normaliser les relations avec Caracas, me semble-t-il.

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La reprise du dialogue entre Caracas et Washington, après cinq ans de rupture, change-t-elle la donne pour l’UE dans sa stratégie vis-à-vis du Venezuela ? L’Europe risque-t-elle de se trouver marginalisée dans ce processus ?

L’Europe doit être présente sur le terrain, ainsi que dans le dialogue politique plus global concernant l’avenir du Venezuela, en affirmant la singularité de sa voix, tant sur la question politique et économique que sur le plan du respect du droit international. Si elle ne le fait pas, elle risque effectivement d’être marginalisée.

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