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Pendant que ses concurrents sont en vacances, l’ancien Premier ministre multiple les interviews et déplacements. Mais aussi, et surtout, les polémiques.
Par Anthony Berthelier et Marie Haynes
EN BREF • Gabriel Attal multiplie les déplacements et interviews pendant l’été pour se démarquer de ses concurrents en vue de l’élection présidentielle de 2027.
• Sa stratégie médiatique agressive vise à rattraper Édouard Philippe, mais elle suscite des polémiques, notamment sur les thèmes abordés et les médias choisis.
• La communicante Émilie Zapalski y voit « une stratégie à l’ancienne » qui « révèle surtout ses failles ».
Au bénéfice du août ? Candidat déclaré à l’élection présidentielle, Gabriel Attal prend le contre-pied de ses concurrents et principaux adversaires. Pendant que Marine Le Pen, Édouard Philippe ou Jean-Luc Mélenchon profitent de quelques jours de repos, loin de l’actualité, lui fait le choix d’investir la saison estivale pour poursuivre sa campagne.
Comme vous pouvez le voir dans notre vidéo en tête de l’article, l’ancien Premier ministre ne ménage pas sa peine. Après un déplacement en Bretagne pour parler des salaires fin juillet, une virée à Annecy, puis en Vendée où il a mis en scène son volontarisme face à la communauté des gens du voyage, le tout agrémenté de plusieurs longues interviews dans la presse, il doit se rendre ce jeudi 6 août dans les Bouches-du-Rhône rencontrer des agriculteurs.
Le but de cette tournée tous azimuts ? Saturer l’espace médiatique et afficher sa détermination pour in fine essayer de rattraper Édouard Philippe. Pour l’heure, le maire du Havre fait effectivement office de favori parmi les héritiers du macronisme, fort de ses scores dans les sondages d’intentions de vote, toujours plus hauts que ceux de son lointain successeur à Matignon. Une recette payante ?
Pourquoi les autres se taisent
Pour les autres candidats, la réponse est clairement non. Selon la pratique théorisée par l’entourage de Bruno Retailleau ou d’Édouard Philippe, les Français n’ont pas encore la tête à l’élection présidentielle, et ne souhaitent pas entendre parler de politique pendant l’été. « Le risque c’est de griller des cartouches avec des propositions qui tombent à l’eau », estime aussi une source de gauche à l’Assemblée nationale, favorable à l’idée d’observer une courte période de trêve.
Gabriel Attal, lui, ne veut pas perdre de temps. « Il est dans son pré-match avec Édouard Philippe, il doit rattraper du terrain », estime la spécialiste en communication politique Émilie Zapalski, sans quoi son aventure vers 2027 pourrait prendre fin à l’automne. D’où cette stratégie de « carpet bombing » aoûtienne qui reprend la communication à tous crins, qu’il avait déjà fait sienne au gouvernement, surtout à Matignon. On se souvient par exemple de son aller/retour express en Haute-Garonne pour apaiser la fronde agricole, quand il avait discouru devant les paysans avec les bottes de paille comme décor.
Reste qu’à sept mois de l’élection présidentielle, la tournée du jeune candidat s’accompagne de diverses polémiques. Outre Jean-Luc Mélenchon, qui ne le lâche pas d’une semelle sur les réseaux sociaux, pointant du doigt ici son action à Matignon sur le front des incendies ou là sa vision de l’administration, l’ancien Premier ministre est critiqué pour les thèmes qu’il aborde et les médias qu’il privilégie. Tous très à droite.
Dimanche 2 août, c’est dans les colonnes du Journal du Dimanche (média figure de proue dans la galaxie Bolloré) qu’il décide d’annoncer sa proposition de « plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 ». Tant pis si l’ancien Premier ministre, qui complète son interview d’une formule choc pour permettre à la France de « rouler à 140 km/h » partage la Une avec deux personnalités qui portent la voix de la Russie de Vladimir Poutine, dont Philippe de Villiers. Simple coïncidence ? En tout cas, cela ne dérange son entourage qui explique à L’Express que « trois pages d’exposition et une Une au milieu de l’été, ça ne se refuse pas. Sinon on ne parle à personne. »
« Assez maladroit et très grossier »
Deux jours après cet entretien, Gabriel Attal a fait le choix d’investir un sujet particulièrement polémique : l’installation illégale des gens du voyage dans certaines communes. Après un entretien accordé au Figaro, il s’est rendu en Vendée, accompagné d’une flopée de journalistes, dans un camp d’une centaine de caravanes.
Le résultat ? Un duplex en direct sur CNews (un autre média détenu par le groupe Bolloré) et une algarade délicate avec un représentant de la communauté. Cet homme lui a reproché la présence de caméras, ne souhaitant pas être filmé, avant de rappeler les manquements des collectivités à leur égard. Pour rappel, seuls 12 départements sur 95 respectent ses obligations d’accueil. De quoi ternir quelque peu l’opération de communication planifiée par Gabriel Attal et son équipe.
« Si l’idée est de concurrencer Édouard Philippe sur sa droite, c’est assez maladroit et très grossier, estime ainsi Émilie Zapalski, pour qui la tournée aoûtienne de l’ancien ministre révèle surtout ses failles. » « Il ne s’est pas encore trouvé politiquement. On sent une incapacité à se construire, au-delà de la communication, une personnalité qui prend à bras-le-corps les sujets et qui en fait quelque chose », assure encore la spécialiste, en évoquant une « stratégie à l’ancienne », prompte en l’espèce à cibler des « boucs émissaires. »
Dès lors, pour Gabriel Attal, dont les racines sont au Parti socialiste, le risque est de brouiller la ligne qu’il a tant bien que mal réussi à construire dans le débat public ces derniers mois. Difficile effectivement de paraître le plus crédible en sautant d’un sujet à l’autre, un jour sur les salaires, le lendemain sur le bien-être animal, et le troisième au chevet des agriculteurs. Comme toutes les saisons, celle des cartes postales aura une fin.


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