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Christine Fréchette promet d’imposer sa marque à la tête du gouvernement québécois si les membres de la Coalition avenir Québec (CAQ) lui donnent les clés du bureau du premier ministre, même si le temps sera compté avant les élections générales.
« Six mois, comme on le dit souvent, c’est une éternité en politique », lance l’aspirante première ministre dans un entretien avec Le Devoir. « On l’a vu au fédéral avec l’arrivée de M. Carney », ajoute-t-elle.
Durant cette « éternité », son équipe apporterait notamment de l’aide aux Québécois touchés par la hausse des prix à l’épicerie et à la station-service due à l’embrasement au Moyen-Orient, tout en se préparant à une campagne électorale où la CAQ jouera sa survie, dit-elle.
La candidate à la succession de François Legault se dit favorable à ce que des « produits de consommation courante » additionnels soient exonérés de taxes ainsi qu’à une baisse des frais d’immatriculation des véhicules afin de donner une bouffée d’oxygène aux Québécois devant composer avec la flambée des coûts de transport.
« Au début, M. Trump nous disait que [l’intervention militaire en Iran] allait durer deux, trois semaines, et que tout allait être beau. On n’est plus là », dit Christine Fréchette, tout en mettant en avant son « profil économique fort », selon elle indispensable.
« Il ne faut pas qu’on coche soit la “case nationaliste”, soit la “case économique” pour les grandes décisions. Il faut que, systématiquement, on coche ces deux cases-là », fait-elle valoir.
À ses yeux, les quelque 20 500 membres de la CAQ ne désigneront pas seulement la personne qui défendra les couleurs du parti lors du débat des chefs, mais aussi la personne qui tiendra les commandes de l’État québécois « dans un contexte de grand tumulte » avec les États-Unis de Donald Trump. « Ça dépasse le débat des chefs, précise-t-elle. Il faut gouverner. Ça, c’est exigeant. Ça requiert des qualités nombreuses, multiples, et de faire en sorte aussi d’aller rallier les électeurs, les Québécois, l’automne prochain. »
Si Mark Carney a sauvé le Parti libéral du Canada, elle peut sauver la CAQ, estime-t-elle.
Pour y arriver, Christine Fréchette demande aux membres de la CAQ de lui donner le mandat d’« offrir quelque chose de différent aux Québécois » : de nouvelles « priorités », un nouveau « style », de nouvelles « approches ». Un chèque en blanc, quoi ? « Non », répond-elle, tout en énumérant quelques-unes de ses promesses de campagne, comme celle d’élargir la portée de la Charte de la langue française aux classes de formation professionnelle, puis d’éducation aux adultes.
La députée de Sanguinet a proposé de nouvelles mesures pour renforcer la présence de la langue française, mais pas pour renforcer la laïcité. « Au cours des prochains mois, on va voir s’il y a d’autres actions qui sont requises », mentionne-t-elle quelques jours après l’adoption du projet de loi 9 interdisant le port de signes religieux aux éducatrices en garderie et la fin des prières de rue non autorisées.
La Constitution doit rassembler
Christine Fréchette ne se formalise pas du ralliement du ministre Simon Jolin-Barrette, auteur des lois 21 et 96, à la candidature de Bernard Drainville lundi — même si elle pensait qu’il s’astreindrait à un devoir de réserve jusqu’à la toute fin de la course.
Contrairement à Bernard Drainville, Christine Fréchette exclut la possibilité de recourir au bâillon pour limiter le temps consacré à l’examen du projet de constitution du Québec et forcer son adoption par l’Assemblée nationale avant le coup d’envoi de la campagne électorale. « Ça ne doit pas culminer avec ça », affirme-t-elle.
Elle estime par ailleurs « souhaitable » que le projet de « texte fondateur » soit aussi avalisé par des élus d’opposition. « Il faut qu’il y ait de l’adhésion au-delà de notre ligne », fait-elle valoir.
D’ailleurs, elle « salue » les amendements apportés au projet de loi 1 par Simon Jolin-Barrette en ce sens, à commencer par le retrait de l’article 29 sur le droit à l’avortement. « S’il y a d’autres ajustements, je pense qu’il faut les considérer, [dans la mesure où] ça cadre avec l’ADN du texte », affirme-t-elle.
La Terre va-t-elle arrêter de tourner si le projet de constitution n’est pas adopté avant la fin juin ? « Non, effectivement », répond sans ambages Christine Fréchette, avant de promettre de le « ramener », au besoin, après les élections générales… si la CAQ obtient un troisième mandat de suite.
Réflexion sur son Conseil des ministres
Projetée dans un avenir où elle serait donnée gagnante, Christine Fréchette s’emploie déjà à former son Conseil des ministres. « J’ai commencé à faire des scénarios, indique-t-elle. Je n’ai pas encore finalisé ce à quoi ça ressemblerait. C’est un travail hypercomplexe. On bouge une personne, puis il y a toute une série en chaîne qui s’active. »
Si elle devient première ministre, son gouvernement respectera la zone paritaire femmes-hommes, en plus d’être ouvert à des députés qui ont refusé de briguer un nouveau mandat l’automne prochain.
Comme Lionel Carmant à la Santé ?
« Pas à la Santé, non », rétorque-t-elle.
À la tête de la CAQ, Christine Fréchette s’affairerait également à prévenir tout éclatement de la coalition d’anciens adéquistes, péquistes et libéraux rassemblés par François Legault depuis 15 ans.
« On va maintenir cette coalition-là. Mais il va falloir des gestes de tout un chacun », prévient-elle au cours de l’entrevue. Bernard Drainville s’est quant à lui assis à la table éditoriale du Devoir la semaine passée.
À quelques jours de l’annonce du vainqueur, elle invite déjà les membres du parti à se préparer à « tourner la page sur la campagne » et sur les accrochages qui se sont produits entre Bernard Drainville et elle. « La campagne, ça crée une coquille, une bulle particulière. Des fois, il peut y avoir des choses qui laissent des traces, mais moi, je pense qu’il ne faut pas s’attarder à ça », déclare-t-elle au terme d’une course à deux qui, par nature, est plus « personnelle » puisque les candidats se retrouvent immanquablement dans « la dynamique “je définis l’autre” ».
« Et je vais avoir besoin de Bernard. »
Selon elle, son adversaire ex-journaliste l’a poussée à montrer de quel bois elle se chauffe. « Bernard a fait de moi une meilleure candidate », souligne-t-elle au cours d’une course où la politicienne a participé à ses deux premiers débats « à vie », notamment.
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