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À quelques heures d’un grand rassemblement péquiste à Québec, Christine Fréchette a suggéré que le camp souverainiste faisait le lit de Donald Trump pour « affaiblir le Canada » et qu’un Québec indépendant serait difficilement viable. La cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) brandit « l’épouvantail Trump » pour faire oublier son bilan, a répliqué Paul St-Pierre Plamondon.
« Il y a comme un alignement des astres, a souligné Christine Fréchette, vendredi, lors d’un passage à Gatineau. Le Parti québécois (PQ) cherche à créer une sorte de division entre le Québec et le reste du Canada, puis je pense que Trump ne voit pas d’un mauvais œil non plus l’idée qu’il y ait des divisions à l’intérieur du Canada. »
La première ministre sortante devrait « amener des solutions et être rassurante », a fait valoir Paul St-Pierre Plamondon, plutôt que « de tenter de coller ses adversaires à nos adversaires communs ».
La cheffe de la CAQ a aussi soutenu vendredi que l’indépendance représenterait un péril économique. « Un référendum, c’est beaucoup d’incertitudes. Ce serait difficile, a lancé Mme Fréchette en matinée lors d’une annonce en matière de logement à Saint-Eustache. Ça ne se fera pas à coût nul. »
Cette prise de position tranche avec l’opinion exprimée par d’anciens premiers ministres. Le ministre des Finances sortant, Eric Girard, avait également noté, en 2023, que l’indépendance ne représenterait pas un naufrage économique et que le budget de l’an 1 du PQ était un exercice « plausible ».
Le contexte a toutefois changé, croit Christine Fréchette. « Avec la guerre tarifaire, il y a beaucoup d’incertitudes. Les gens retiennent leurs projets d’investissement, et ça crée des pertes d’emplois. »
Questionné à ce sujet, Charles Milliard, chef du Parti libéral, a concédé qu’un Québec souverain viable économiquement était « possible », mais « largement non souhaitable ». « Avec la situation tarifaire actuelle, c’est encore pire », a-t-il ajouté.
Fréchette-Carney, une proximité qui dérange
Pendant ce temps, les camps adverses se sont montrés agacés par la proximité dont font preuve la première ministre sortante et Mark Carney après l’entente de Churchill Falls, puis les contrats octroyés au chantier maritime Davie et à l’usine d’Alstom de La Pocatière.
« Ce n’est pas subtil, leur affaire, au duo Carney-Fréchette, a critiqué la co-porte-parole solidaire, Ruba Ghazal. On les voit tout le temps ensemble, en train de faire de grandes annonces. »
« Mme Fréchette, son objectif, son ambition, a quant à lui clamé le leader conservateur Éric Duhaime, c’est de devenir la cheffe de la succursale du Parti libéral du Canada. »
L’aspirant premier ministre péquiste, lui, s’inquiète que l’ensemble constitue « la plus grande ingérence du fédéral dans nos affaires et notre élection depuis 1995 ». Dans la foulée, il a demandé au Directeur général des élections du Québec de se pencher sur la relation entre l’organisme fédéraliste Mission Leadership Québec (MLQ) et la CAQ.
Mercredi, Le Journal de Québec a révélé que MLQ, un organisme souhaitant contrer la montée de l’indépendance, avait obtenu un contrat de la CAQ pour recruter l’auditoire d’une assemblée publique de Christine Fréchette en début de campagne.
« Depuis quelques mois, le fédéral multiplie les annonces, a indiqué PSPP. On voit une coordination, aussi, sur la tournée de Christine Fréchette aux États-Unis, où le fédéral et la CAQ collaborent. Ensuite, on voit [la conclusion d’un contrat sur] Churchill Falls, où [le premier ministre] Mark Carney est très, très impliqué. Et on voit ensuite cet organisme obscur qui est lié au fédéral qui soutient la CAQ. »
Informé des allégations de Paul St-Pierre Plamondon, MLQ a assuré avoir travaillé dans les règles de l’art. « On a arrêté toutes nos activités durant la campagne électorale », a indiqué Marlot Marleau, qui occupe la présidence de l’organisme et qui était autrefois au PLQ.
De son côté, Charles Milliard a dit que son parti n’entretenait pas de relation avec Mission Leadership Québec. « Je n’ai pas eu de contrat particulier ou d’offre particulière. La CAQ a décidé de faire affaire avec eux. M. St-Pierre Plamondon a l’air d’y voir un complot », a-t-il dit, avant d’ajouter qu’il ignorait si « l’organisme avait pour mission de faire la promotion du fédéralisme ».
Quatre partis sur cinq à Québec
Ces passes d’armes au sujet de l’indépendance et de l’intrusion d’Ottawa dans les élections québécoises sont survenues à quelques heures d’un grand ralliement du PQ organisé au Centre Vidéotron — probablement le plus grand rassemblement de la carrière de Paul St-Pierre Plamondon.
La région de la capitale nationale a fait l’objet de toutes les convoitises, ou presque, vendredi : exception faite de celle de la CAQ, toutes les caravanes ont défilé dans le 418. Le bal des promesses a commencé à Lévis, où Éric Duhaime a présenté le troisième lien version conservatrice : un pont à haubans accroché entre l’île d’Orléans et la rive sud au coût de près de 3 milliards de dollars.
Le camp solidaire avait choisi Le Pantoum, vivier de l’émergence musicale de Québec, pour annoncer l’injection de 500 millions de dollars supplémentaires par année en culture, destinée à contrer à la fois la « concurrence accrue des géants américains » et la place grandissante de l’intelligence artificielle générative dans la création.
Lauberivière, le plus important centre d’accueil pour sans-abri de la capitale québécoise, a été l’hôte de l’engagement des libéraux à verser annuellement 60 millions de dollars supplémentaires à la lutte contre l’itinérance — une somme qui, de l’aveu même de Charles Milliard, ne suffira pas à donner un toit aux 12 000 personnes itinérantes dénombrées au Québec.


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