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Frappes israéliennes au Liban : la diaspora entre inquiétude et sentiment d’impuissance

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Au lendemain de frappes israéliennes sur le Liban dont le bilan s'élève désormais à plus de 300 morts, Ali Okmen, à Toronto, a vécu un ascenseur émotionnel.

En effet, s'il s'est d'abord réjoui de l'annonce d'un accord de cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis mercredi, son soulagement a été de courte durée : des frappes israéliennes sans précédent se sont abattues sur le Liban qui, précise Washington, n'est pas concerné par la trêve.

C’était ridicule, lance Ali Okmen dans son restaurant, Lebanese Garden. Il aurait absolument dû être inclus.

Ici, les membres de notre famille célébraient la nouvelle, confie-t-il.

On a appelé la famille et les amis au pays, ils étaient vraiment heureux du cessez-le-feu. Et quelques heures plus tard, on a eu la confirmation qu'il ne s'appliquait apparemment pas au Liban.

Il suit ces événements avec impuissance à plus de 9000 km du pays d'origine de son épouse.

Nous sommes tous très inquiets pour nos familles, nos cousins, nos amis, confie Ali Okmen. Beaucoup de gens paniquent; ils ont abandonné leur maison, leur appartement, parce qu'il n'y a plus vraiment de zones sûres.

Nos proches nous appellent en pleurant pour nous dire qu'ils n'ont nulle part où aller. Et nous, nous ne pouvons pas les aider. C'est très frustrant.

Même son de cloche pour Raghda Mikati, arrivée au Canada avec son mari et avec ses enfants en 2019. Elle décrit une double vie insupportable.

D'un côté, on est physiquement en sécurité, dit-elle, mais d'un autre côté, émotionnellement, on vit la crise au quotidien à travers nos proches.

Portrait de famille de Raghda Mikati avec son mari et ses enfants.

Raghda Mikati est arrivée au Canada avec son mari et ses enfants en 2019.

Photo : Photo soumise par Raghda Mikati

On écoute les nouvelles, on vérifie les messages, on attend des réponses, raconte-t-elle.

Parfois, un simple silence ou un retard de leur part à répondre devient comme une source d'angoisse. On essaie de continuer sa vie, mais intérieurement, on porte cette inquiétude en permanence.

Pour cette Torontoise, la solidarité au sein de la communauté libanaise du Grand Toronto est un pilier essentiel pour traverser cette épreuve.

Elle explique que les membres de la diaspora, originaires de toutes les régions du Liban, maintiennent un lien constant pour se soutenir mutuellement dès que l'un d'entre eux est personnellement touché par la tragédie.

On est toujours ensemble, dit-elle, même si on ne se rencontre pas souvent. Sur les groupes WhatsApp, on est toujours ensemble, on est très solidaires.

Vera Mokbel aimerait pouvoir faire venir les autres membres de sa famille au Canada. Arrivée à Windsor en 2016 du Liban, elle n'y est pas retournée depuis août 2023.

 Un portrait de Vera Mokbel.

Vera Mokbel n'est pas retournée au Liban depuis août 2023.

Photo : GABRIEL NIKUNDANA

J'avais prévu d'y retourner avant la guerre, mais maintenant, je me sens comme coincée, confie-t-elle. Je ne peux pas prendre le risque à cause de mes enfants, car il n'y a pas de sécurité là-bas.

Je ne sais pas quoi faire. Je ne peux pas y aller, ils ne peuvent pas venir et la distance me donne encore plus de douleur.

Natasha Feghali, elle, est née au Canada. Je suis une Canadienne de première génération, explique-t-elle. Mon père a immigré du Liban.

Portrait de Natasha Feghali.

Natasha Feghali est la présidente du Conseil de la communauté libanaise de Windsor-Essex.

Photo : Photo soumise par Natasha Feghali

Elle a encore beaucoup de famille et d'amis qui vivent au Liban, avec lesquels elle échange constamment ces derniers jours.

Cela nous met tous les larmes aux yeux, dit-elle. Nous ressentons beaucoup d'émotion, de tristesse, de deuil et de perte.

Des gens que nous aimons sont pris là-dedans chaque jour et on ne sait jamais quand on va recevoir cet appel pour nous annoncer que quelqu'un est décédé, que des enfants sont morts ou qu'ils ont perdu leur maison.

Elle se sent néanmoins privilégiée de vivre à l'abri du conflit.

Nous qui ne vivons pas là-bas sommes libanais par le sang, la culture et l'héritage, dit-elle, mais nous devons être conscients que nous vivons à l'extérieur et que nous sommes protégés par le pays où nous résidons.

Une amie m'a dit un jour : "Nous sommes toutes les deux libanaises, mais nous ne sommes pas libanaises de la même façon." Cela m'a frappée.

Cette guerre est catastrophique, renchérit-elle, à cause des pertes et de la pression sur le système médical, sans parler de l'économie.

Imaginez ce que tous les pays du Levant perdent en revenus touristiques alors que la haute saison commence dans deux semaines, souligne-t-elle. Le tourisme représente une part considérable de leur PIB qui rapporte des milliards de dollars, dit-elle, et tout le monde annule son voyage parce que les gens ont peur.

Les décideurs doivent s'asseoir à la table et résoudre ce conflit, affirme-t-elle.

Ce qui se passe est comme un jeu politique entre les pays, mais au milieu, il y a des gens innocents, souligne Vera Mokbel. Je pense que le monde entier devrait être contre une guerre comme celle-ci.

Selon une source proche du dossier interrogée par La Presse canadienne, des négociations doivent débuter la semaine prochaine à Washington.

Avec les informations de Louna Marchet et d'Ali Chiasson, de CBC

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