Au nord de la Bretagne, il existe une île sans eau courante ni électricité où François-Xavier Delmas revient dès qu’il le peut. Il y retrouve ses frères et sœurs, glisse son kayak de mer entre les rochers, ouvre un livre, prépare un thé. Sur cette pointe de granit à l’abri du tourisme, le fondateur du Palais des Thés retrouve ce qui l’anime depuis près de quarante ans: le goût de la lenteur et de l’évasion, qu’il a trouvé dans une plante qu’il estime «magique». Le thé. A raison de plusieurs voyages par an en Asie, en Afrique et en Europe, il sillonne les plantations comme d’autres arpentent les salles de rédaction. Lui qui rêvait d’être journaliste est devenu «chercheur de thé», selon le titre qu’il a lui-même inventé.
Lorsqu’il ouvre le premier Palais des Thés, en 1986, Paris ne connaît guère que les sachets industriels ou les salons de thé aux accents britanniques. Avec des amis, il imagine une cave à thé loin des stéréotypes. «On y sentirait les feuilles, on les regarderait, on raconterait leur histoire, comme des sommeliers avec le vin», imaginait-il sans rien y connaître. Récits historiques, études scientifiques, il lit tout ce qu’il trouve sur le sujet, mais les débuts sont difficiles. La première boutique, rue de l’Abbé Grégoire dans le VIe arrondissement, peine à décoller. Après dix-huit mois, les caisses sont presque vides. «Mes associés, tous des amis, commencent alors à douter mais je ne pouvais pas supporter que l’aventure s’arrête», raconte-t-il. Il rachète donc les 75 parts. Grâce à des articles de presse positifs sur ses ateliers pédagogiques, il rencontre un client japonais qui lui achète d’importantes quantités de thé et lui offre son premier billet d’avion pour le Japon. «Je ne connaissais rien de concret sur le thé. Dans les plantations, j’ai pu découvrir que c’était tout à la fois un paysage, une culture, une somme de gestes transmis de génération en génération.»


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